Au début, on prévoyait l’apocalypse. Puis une très grosse récession. Et maintenant, les économistes constatent que l’économie roule passablement mieux que prévu, notamment au Québec.

Francis Vailles Francis Vailles
La Presse

La présentation de Matthieu Arseneau, le jeudi 3 septembre, m’a convaincu que la situation, sans être le paradis, s’améliore nettement. L’économiste faisait état de la conjoncture économique du Québec et du Canada au Symposium sur les finances publiques, organisé par la Chaire de recherche en fiscalité et en finances publiques (CFFP) de l’Université de Sherbrooke.

À l’aide de nombreux tableaux et graphiques, le chef économiste adjoint de la Banque Nationale a su dresser une synthèse fort intéressante de la situation.

D’abord, nul doute que le plongeon de l’économie ce printemps a été plus brutal que tout ce que nous avions connu précédemment. En deux mois, au Canada, le PIB a reculé de 18,2 %, ce qui est bien plus important que la chute de 4,7 % en 10 mois de la crise financière de 2008, ou encore la dégringolade de 5,4 % en 18 mois de 1981. Même la grippe espagnole de 1919 n’avait pas lessivé l’économie de cette façon (- 6,8 % en 12 mois).

Sauf que les mois ont passé, les données sont devenues disponibles, et les pronostics se sont éclaircis.

Premier élément : la chute du PIB canadien du 2e trimestre s’est finalement avérée moins grave qu’attendu. La Banque du Canada prévoyait une chute – attention, c’est annualisé – de 43 % (c’est la chute du trimestre extrapolée comme si elle se poursuivait durant toute l’année).

Or, le PIB s’est finalement contracté de 38,7 %, ce qui est passablement mieux que prévu, et, en tout cas, mieux qu’en France, à - 44,7 %, et au Royaume-Uni, à - 59,9 % (les États-Unis sont à - 31,7 %).

Avec le déconfinement qui a suivi et les rayons de soleil de l’été, l’économie a fortement progressé. Les agents immobiliers, les entrepreneurs en construction et certains commerces l’ont bien vu. Le boom de leurs activités prend la forme d’une forte reprise en V, au Québec comme au Canada.

Au Québec, les ventes au détail sont ainsi passées de 6,9 milliards de dollars en avril à 11,5 milliards en juin. Et la vente de logements a été multipliée par 4, atteignant 11 600 en juillet.

Les plus récentes données de l’emploi en témoignent, comme l’a rapporté Statistique Canada vendredi. Le taux de chômage du Québec est passé à 8,7 % en août contre un sommet de 17 % en avril. Il y a eu, on s’entend, un certain rattrapage des dépenses qui n’avaient pas été faites au printemps, mais tout de même.

Qu’est-ce qui explique ce rebond inespéré ? En plus du rattrapage, il y a eu l’énorme flot d’aide venant du gouvernement fédéral, bien sûr. Tout pris en compte, cette aide correspond à l’équivalent de 18 % du PIB, ce qui est bien davantage qu’on ne l’imaginait au départ et aussi bien plus généreux qu’aux États-Unis (12 % du PIB).

Sans cette aide, estime Matthieu Arseneau, la rémunération des ménages aurait connu son pire recul de l’histoire en un trimestre (- 9 %) au Canada. Avec cette aide, c’est au contraire le plus fort gain du revenu disponible jamais enregistré (+ 13 %).

Tôt ou tard, les Canadiens écoperont de cette aide, mais c’est une autre histoire. En attendant, ils épargnent ou dépensent.

Au Canada, l’indice de confiance des ménages est reparti à la hausse. Et c’est le Québec qui, parmi les quatre provinces présentées par Matthieu Arseneau, a l’indice le plus élevé (79,1 contre 59,5 en Ontario, 64,5 en Colombie-Britannique et 51,3 en Alberta au troisième trimestre).

« Dans l’ensemble, il y a de belles surprises positives, dit Matthieu Arseneau. Nous allons réviser nos prévisions économiques de 2020 à la hausse. »

Depuis mai, la boule de cristal de la Banque Nationale laissait voir une chute annuelle du PIB de 7,1 % au Canada, ce qui est un peu mieux que la prévision de la Banque du Canada (- 7,8 %) en juillet. Désormais, avec la dispersion de la brume, la boule de cristal chiffre le recul pour le Canada à 5,4 % au lieu de 7,1 %. Et pour le Québec, la prévision de la Banque Nationale passe de - 8 % en mai à - 6,4 % aujourd’hui.

Matthieu Arseneau s’attend à ce que la Banque du Canada redresse elle aussi ses prévisions prochainement.

L’économiste est relativement optimiste pour le Québec. Il est bien conscient que le marché immobilier pourrait pâtir de la pandémie, du chômage et du frein à l’immigration. Sauf que l’endettement des ménages est moindre au Québec qu’ailleurs (159 % du revenu disponible, contre 189 % en Ontario et 208 % en Alberta). Et le prix des maisons a grimpé moins brusquement.

À l’évidence, l’économie du Canada et du Québec s’en tire mieux que prévu. Matthieu Arseneau avertit toutefois qu’« on n’est pas sortis du bois ».

Une grosse deuxième vague de COVID-19 pourrait tout chambarder. La santé précaire de l’immobilier commercial et de bureaux pourrait secouer l’économie. Le retour à une vie sans trop d’aide du fédéral pourrait être marquant. Et qui sait ce qui arrivera aux États-Unis, où les troubles sociaux se multiplient et où la COVID-19 tarde à s’essouffler. L’issue des élections américaines pourrait être déterminante.