Chercher de l’or dans la taïga, à 200 kilomètres à l’est de la baie James, n’est pas pour tout le monde. Dans Éléonore, Hugo Fontaine et Marc Tison racontent l’histoire méconnue des chercheurs d’or à la baie James.

Nicolas Bérubé
Nicolas Bérubé La Presse

Ceux qui se lancent dans l’aventure doivent braver l’isolement extrême, les jours de canicule sans ombre et les hivers à - 45 degrés, où les bonbonnes de propane utilisées pour chauffer les tentes cessent de fonctionner.

Il faut risquer d’affronter des ours, qui peuvent apparaître à quelques mètres. Il faut marcher dans la boue, manger sur une planche et ne dormir que d’un œil, baigné dans le stress de ne pas avoir prélevé assez d’échantillons dans une quête onéreuse où « chaque dollar dépensé risque bien davantage d’être perdu que multiplié ».

Surtout, il faut garder espoir.

Éléonore, une aventure moderne de chercheurs d’or, le nouveau livre d’Hugo Fontaine et Marc Tison, respectivement directeur et journaliste à la section Affaires de La Presse, nous plonge dans l’univers méconnu des chercheurs d’or au Québec.

PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, LA PRESSE

Marc Tison et Hugo Fontaine, auteurs du livre Éléonore, une aventure moderne de chercheurs d’or, qui paraît la semaine prochaine.

Plus précisément, dans la quête qui allait mener à la découverte d’Éléonore, un gisement contenant pour des milliards de dollars d’or, au milieu des années 2000. Un complexe minier employant plus de 700 personnes s’y dresse aujourd’hui.

« Les gens savent qu’il y a des mines au Québec, mais peu savent comment on découvre une mine, remarque en entrevue Hugo Fontaine. La part de risque, d’aventure… Cette histoire se démarquait, c’est ça qui nous a poussés à la raconter. »

Les prospecteurs sont des entrepreneurs, mais ils ne sont pas reconnus au même titre que les autres, dit-il. « On connaît Jean Coutu, la famille Beaudoin de Bombardier… Mais un gars qui casse de la roche dans le milieu de nulle part, c’est aussi un entrepreneur, et il évolue dans un domaine avec un très haut risque d’échec. »

Au-delà des difficultés inhérentes à la recherche du précieux métal, ce sont les personnages qui composent l’histoire d’Éléonore qui interpellent le lecteur.

Bien loin du traditionnel 9 à 5

À la fois scientifiques, aventuriers, entrepreneurs et investisseurs, ces hommes et ces femmes ont en commun le fait qu’ils n’ont pas envie de passer leurs journées assis devant un ordinateur, dans un emploi de 9 à 5.

Sur le terrain, après des jours de route et d’éreintants déplacements dans un bateau chargé à bloc, ils doivent planifier, gratter le roc, le couper. Il leur arrive d’être si fatigués le soir qu’ils soupent d’un toast au beurre d’arachide avant d’aller au lit, après une journée de 12 heures de travail. Pour tout recommencer le lendemain.

On y suit le géologue André Gaumond, un natif de Montmagny passionné de fouilles archéologiques qui assemblait les squelettes de petits animaux morts – corneille, rat musqué, coyote – quand il était enfant. « Mon père était découragé », confie-t-il aux auteurs d’Éléonore.

Et ça, c’était avant que le jeune Gaumond aille chercher, trouver et assembler, comme pour un musée, le squelette d’une vache enterrée quelques années plus tôt dans un champ près de chez lui.

« C’est ma première découverte. […] Ça ne valait rien, mais pour moi, c’était un grand trésor. »

Un coup de marteau historique

Ou encore Pietro Costa, né à Chibougamau d’un père immigrant italien et d’une mère originaire du Lac-Saint-Jean. Enfant, Pietro enfilait un vieil équipement d’escalade et allait explorer avec des amis des mines abandonnées près de chez lui. « La plus belle était presque comme dans les Lucky Luke, avec de vieux rails, des galeries et des fourches. »

Prospecteur hors pair, Pietro donna dans la taïga un coup de marteau qui allait passer à l’histoire.

Découvrir leur vie nous fait comprendre pourquoi, à 40 ans, un prospecteur est déjà vieux. « C’est un métier rude, confie l’un d’eux. Je voudrais continuer jusqu’à 60 ans. Mais le corps s’use. Des vieux prospecteurs, il n’y en a pas beaucoup. »

Marc Tison a été impressionné par ces rencontres. « André Gaumond, c’est un gars animé d’une passion considérable, dit-il. Ses yeux s’agrandissent quand il parle. Il te regarde, et tu es embarqué dans son histoire. »

Les aventures des chercheurs d’or du Québec, dit-il, ressemblent parfois à celles de L’Île au trésor, le roman de Robert Louis Stevenson publié à la fin du XIXe siècle.

Leur récit est un peu comme une espèce de roman policier, avec des enquêteurs qui remontent une piste, qui doutent, qui essaient de ne pas se décourager. Ce sont aussi de grands amateurs de plein air et de nature.

Marc Tison

La quête des prospecteurs d’Éléonore se produit à la fin des années 1990 et au début des années 2000, au moment où l’industrie vit une de ses pires crises. En 1997 éclate le scandale Bre-X, cette entreprise de Calgary qui avait frauduleusement fait croire qu’elle avait découvert un énorme gisement d’or à Busang, dans l’île de Bornéo. En vérité, un géologue « salait » les échantillons avec des grains d’or. À son sommet, l’année précédant son effondrement, Bre-X valait 6 milliards en Bourse.

Ce cataclysme allait faire dire aux chercheurs d’or québécois qu’ils faisaient bien de prospecter dans la Belle Province, là où les normes sont plus élevées et les fraudes de cette envergure, essentiellement impossibles à mener.

Les auteurs d’Éléonore n’auraient pu le prévoir, mais leur livre est publié alors que les Québécois, ne pouvant voyager à l’étranger, posent un regard neuf sur leur territoire. Peu le savent, mais il se trouve de l’or sur ce territoire. Beaucoup d’or. L’histoire de sa découverte fascine, tant par la difficulté de l’entreprise que par la ténacité et la créativité de ceux qui y ont pris part.

« L’exploration, écrivent Fontaine et Tison, est comme un marathon, à la différence qu’on ne sait pas à quel kilomètre se trouve le point d’arrivée. Si arrivée il y a. »

PHOTO FOURNIE PAR LES ÉDITIONS QUÉBEC AMÉRIQUE

Éléonore, une aventure moderne de chercheurs d’or, d’Hugo Fontaine et Marc Tison

Éléonore, une aventure moderne de chercheurs d’or
Hugo Fontaine et Marc Tison
290 pages
Québec Amérique