(Tokyo) General Motors et Honda ont annoncé jeudi une future alliance stratégique en Amérique du Nord pour partager les plateformes de véhicules et les coûts de développement, renforçant ainsi leurs liens de coopération déjà existants dans les nouvelles technologies automobiles.

Etienne BALMER
Agence France-Presse

Cet accord préliminaire intervient alors que les constructeurs automobiles mondiaux sont sous pression pour développer des voitures autonomes ainsi que d’autres technologies avancées, dans un contexte de demande incertaine en raison de la récession économique mondiale provoquée par la pandémie de COVID-19.

Ce partenariat concernera tant les véhicules à essence que les véhicules électrifiés (hybrides ou 100 % électriques) et permettra aux deux groupes de faire des économies grâce à des achats en commun, le partage de plateformes de véhicules et de dépenses de recherche et développement, ont-ils détaillé dans un communiqué commun.

Le travail d’ingénierie démarrera début 2021, ont-ils précisé.

Compte tenu de leur collaboration de longue date, les deux groupes « vont réaliser des synergies significatives », a promis Mark Reuss, président de GM, cité dans le communiqué.

Le vice-président exécutif de Honda, Seiji Kuraishi, a évoqué pour sa part un accord « gagnant-gagnant » qui permettra aux deux constructeurs de faire des économies tout en maintenant « une offre distincte et compétitive ».

« Potentiellement très rémunérateur »

Honda est déjà actionnaire depuis 2018 de Cruise, la société de développement de véhicules autonomes de GM, dans laquelle le groupe japonais a prévu d’investir 2,75 milliards de dollars sur 12 ans.

Les deux groupes travaillent également déjà dans les moteurs à hydrogène, ainsi que dans le développement de véhicules à batteries électriques.

GM et Honda n’ont cependant pas de liens capitalistiques pour l’heure, hormis l’investissement de Honda dans Cruise.

Les deux groupes n’ont pas divulgué pour l’heure de détails financiers de leur future alliance, ni quantifié leurs objectifs d’économies ou de synergies.

Cependant « l’alliance peut avoir un sens » si Honda progresse sur les pick-up ou les 4x4 urbains (VUS) où le groupe japonais est à la traîne, tandis que GM bénéficie de l’expertise de Honda pour les voitures de plus petite taille, a estimé l’analyste de Morningstar David Whiston.

« Nous considérons l’accord comme un mouvement à faible risque et potentiellement très rémunérateur pour les deux entreprises, et leurs antécédents réduisent le risque de tension et de mauvaise coopération », a ajouté M. Whiston.

« C’est une première étape importante » pour vérifier si la coopération entre les deux groupes pourra générer davantage de synergies, a complété Takeshi Miyao, un analyste automobile de Carnorama à Tokyo, cité par l’agence Bloomberg.  

L’action Honda bondit

Le titre Honda était en nette hausse vendredi à la Bourse de Tokyo, prenant 2,7 % à 2769 yens à 22 h 30, à rebours de l’indice Nikkei qui perdait lui près de 1 % à la même heure.

Numéro deux japonais de l’automobile, Honda avait soigneusement évité jusqu’à présent des partenariats stratégiques étroits, alors que le géant Toyota étoffe ses liens avec d’autres constructeurs nippons (Mazda, Subaru, Suzuki) et que Nissan est allié à Renault et Mitsubishi Motors.

Mais Honda est fragilisé comme ses concurrents par la crise du coronavirus, qui favorise la tendance aux grands rapprochements, déjà à l’œuvre auparavant dans une industrie automobile en plein bouleversement.

Le groupe a prévu de rester dans le vert sur son exercice 2020/21, mais a subi une perte nette de 80,8 milliards de yens (1 milliard CAN) sur son premier trimestre avril-juin, selon des résultats publiés début août.

GM est aussi tombé dans le rouge sur la même période, ayant accusé une perte nette similaire à celle de Honda.

Le rival américain de GM, Ford, s’est lui associé au géant allemand Volkswagen pour développer conjointement des véhicules électriques et autonomes, et une méga-fusion en cours entre Fiat Chrysler et Peugeot vise également à réduire les coûts.

Renault, Nissan et Mitsubishi Motors, qui connaissent tous les trois de grandes difficultés, tentent aussi actuellement de rendre leur alliance plus efficace pour renouer aussi vite que possible avec la rentabilité.