(Genève) La « politisation » de la question par les États-Unis complique la tentative de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) de désigner un directeur général intérimaire avant septembre, a déploré jeudi une source diplomatique proche du dossier.

Nina LARSON
Agence France-Presse

Cette institution, confrontée à d’énormes défis en pleine crise économique mondiale, pourrait se retrouver sans chef si elle ne parvenait pas à désigner le successeur provisoire du directeur général Roberto Azevedo.

Mi-mai, le Brésilien avait annoncé à la surprise générale qu’il quitterait ses fonctions fin août, un an avant la fin de son mandat, pour « raisons familiales ».

Après son départ, un des quatre directeurs adjoints de l’OMC — un Américain, un Allemand, un Nigérian et un Chinois — dirigera l’organisation en attendant que le successeur du Brésilien soit désigné.

Le choix du successeur provisoire, une décision de « routine » qui devait intervenir rapidement, est discuté depuis la semaine dernière au Conseil général de l’institution qui a son siège à Genève.

L’Allemand Karl Brauner était pressenti par la plupart des membres. « Mais pas les Américains », qui insistent pour que leur compatriote Alan Wolff soit nommé, a poursuivi le diplomate sous couvert d’anonymat.  

Si aucun membre ne s’est opposé à la candidature de M. Wolff, la Chine et d’autres ne sont pas disposés à céder à la pression américaine, a-t-il poursuivi.

« La plupart des gens pensaient que c’était une affaire apolitique », a-t-il poursuivi. Maintenant, « c’est devenu une affaire politique pour d’autres ».

Parallèlement, les États-Unis ont souligné avoir le droit de faire part de leur préférence et que le choix de M. Brauner n’était pas prédéfini.

« Cette notion selon laquelle les États-Unis créent un blocage est fausse », a déclaré un diplomate de haut rang sous couvert d’anonymat. « Personne n’obtient ce poste automatiquement ».

Washington a menacé de quitter l’OMC, dont il réclame la refonte, et paralyse depuis décembre le tribunal d’appel de son organe de règlement des différends (ORD).

L’impasse dans laquelle se trouve l’OMC « est un symptôme des conflits qui émergent entre ses membres », a ajouté le diplomate. « Les gens sont exaspérés qu’une question aussi simple soit politisée de la sorte ».

Le poste de directeur intérimaire est considéré comme une fonction purement administrative, a expliqué la semaine dernière le porte-parole de l’OMC, Keith Rockwell.

Interrogé jeudi sur ce qui allait maintenant se passer, M. Rockwell a lâché : « Attendons et voyons ce qui se passe demain » vendredi.  

Pour tenter de débloquer le processus, les membres du Conseil général de l’OMC se réuniront à nouveau vendredi, mais avec toutes les parties campées sur leurs positions, il est peu probable qu’un consensus puisse être trouvé.

À compter du 8 septembre, les huit candidats à la tête de l’OMC seront éliminés au fur et à mesure en vertu d’un mécanisme consensuel qui peut durer environ deux mois.

En plein marasme économique mondial causé par la pandémie de COVID-19, plusieurs chantiers de taille attendent le futur patron de l’OMC : préparer la conférence ministérielle qui devrait avoir lieu en 2021, donner un coup de fouet aux négociations qui piétinent et dénouer les conflits opposant l’organisation aux États-Unis.