J’ai passé une bonne partie de ma journée de lundi à faire du magasinage.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Du bon vieux magasinage.

Celui où on entre dans des boutiques, on parle avec des vrais humains, on essaie des trucs. C’est possible depuis lundi à Montréal. Enfin.

Ma journée a commencé rue Saint-Denis chez Endurance, une boutique spécialisée en course où je vais pas mal toujours pour acheter mes chaussures de sport. Une boutique indépendante digne du Panier Bleu, le fameux site web d’information sur l’achat local mis en place par le gouvernement.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

Marie-Claude Lortie avait besoin d’une nouvelle paire de chaussures de course.

J’avais besoin d’une nouvelle paire de chaussures de course. Une question de kilométrage accumulé sur mes vieux souliers. Je me justifie parce que je sais, si je me fie à ce que vous m’écrivez sur les réseaux sociaux et ailleurs, que vous êtes une bonne bande, avec raison, à juger la surconsommation.

Ces chaussures, j’aurais pu les acheter en ligne, pendant le confinement. J’aurais pu prendre la même chose que ma dernière paire, que j’aime bien. Sauf que les marques changent leurs formules et on a beau racheter le même modèle, les chaussures de course ne sont pas toujours exactement les mêmes. Un modèle « modernisé » de mes habituels runnings, légèrement ajusté, plus étroit, m’a valu une blessure il y a quelques années. Donc, je suis prudente.

J’ai attendu de les essayer en vrai.

Ce que j’ai fait lundi. Avec mon masque beurré du rouge à lèvres que j’avais mis par automatisme, mon attitude de fille quand même pas super réjouie de devoir me couvrir le visage et mes mains desséchées par le lavage avant de partir, un petit coup d’antibactérien dans l’auto puis un autre en arrivant en boutique.

Et est arrivé ce qui devait arriver.

J’ai essayé quatre paires, je les ai testées, j’ai couru dans la boutique avec mon masque, j’ai longuement échangé avec le propriétaire, le coureur Pierre Léveillée, et j’ai fini par acheter les plus confortables, les plus légères, les plus cool et des chaussures pas mal plus chères que mes anciennes. Un peu plus et je partais avec deux paires.

Un à zéro pour le commerce en vrai contre le commerce en ligne.

Et puisqu’on est en temps de déconfinement, informations cruciales : en plus d’une très courte queue à l’arrivée causée essentiellement par le contrôle du nombre de clients à l’intérieur, les mesures d’hygiène étaient bien raisonnables, soit essentiellement une désinfection des mains à l’arrivée et un petit laïus sur les distances et le sens de la circulation à respecter.

Deuxième arrêt : Matelas Bonheur.

Là, on est accueilli par une dame masquée et une autre avec une visière protectrice. On sent un peu plus qu’on est en temps de viralité.

À l’entrée, dans la vitrine, une petite affiche précise qu’on y vend des produits québécois. Bonne nouvelle. Je suis les directives sur l’achat local aussi.

Je suis là parce que je cherche réellement un matelas. Pas trop de luxe, mais pas trop bon marché non plus.

Est-ce que des produits faits au Québec peuvent réellement répondre à mes exigences ?

Bien sûr, m’explique-t-on.

On n’est pas dans une gamme de prix digne de Dollarama, mais quand même, ce n’est pas un délire de multimillionnaire non plus, même si on imagine difficilement des gens au chômage acheter des lits à 1000 $, sommier et taxes incluses.

J’en essaie plusieurs, mais évidemment, je ne peux pas juste m’étendre sur chaque plumard. Il faut que je déplie une petite toile marine qu’on m’a donnée en arrivant et qui me sépare du matelas.

PHOTO ROBERT SKINNER, LA PRESSE

« Évidemment, je ne peux pas juste m’étendre sur chaque plumard. Il faut que je déplie une petite toile marine qu’on m’a donnée en arrivant et qui me sépare du matelas », raconte notre chroniqueuse.

L’expérience, en réalité, n’est pas beaucoup affectée par les règles d’hygiène, mis à part cette petite toile et les mains passées au désinfectant en arrivant.

Troisième arrêt : un marchand de lampes, qui m’apprend qu’il est ouvert depuis quelques semaines puisque cela fait partie des services essentiels en construction résidentielle. Moi qui attendais pour acheter une sorte d’ampoule très spécialisée… Là encore, distance et désinfectant. Pas de masque obligatoire.

Pas de file.

Rien à signaler.

Je suis donc en train de passer à travers ma liste sans grand problème.

Notez : je suis dans des commerces de quartier. Dans Rosemont, Villeray.

Pas en plein centre-ville.

Quatrième arrêt : ma boutique préférée, Want Apothicaire, une boutique indépendante de Westmount où je vais pour me faire des cadeaux.

C’est fermé malgré ce que disait le site web, mais flexibilité et adaptabilité pandémique obligent, les vendeuses qui sont là pour préparer les lieux pour l’ouverture officielle, ce mardi, acceptent gentiment de me laisser entrer pour regarder rapidement la marchandise, en solde. Elles m’expliquent qu’elles ne pourront pas accueillir plus de trois clientes à la fois. Qu’il faudra faire la queue ou prendre des rendez-vous. Et que l’expérience sera quasi personnalisée.

J’ai envie de me faire un cadeau, justement, en regardant toutes ces belles choses, mais surtout en voyant les vraies couleurs, en voyant comme les tissus bougent.

Les vendeuses racontent comment elles ont passé les derniers mois, ce qui s’en vient, qui a eu un bébé.

On est toutes là avec nos masques, nos mains passées pour la douzième fois au désinfectant. Je les écoute et je me dis qu’elles m’ont étrangement manqué. Que la vie dans une ville a besoin de ces lieux où acheter n’est pas synonyme d’appuyer sur un bouton. Où il y a de l’échange d’information, mais aussi un joyeux mélange d’humanité et de peaufinage du choix pour le rendre plus complexe, plus juste.

Je parie que le commerce à l’ancienne n’a pas dit son dernier mot.