Alors que la demande de masques de protection augmente en flèche dans la population, une entreprise de Drummondville lancera la semaine prochaine la production de 25 000 masques réutilisables par semaine, en s’appuyant sur un textile breveté qui se gorge de chlore au lavage.

Vincent Larouche Vincent Larouche
La Presse

« On est conscients qu’il faut laisser les masques chirurgicaux aux professionnels de la santé. C’est normal. Mais quelle est la solution de rechange pour le reste des gens qui vont retourner travailler ? On voulait développer un masque avec les bonnes propriétés, même s’il n’est pas de grade médical », raconte Marie-Ève Caron, présidente de Umana.

Son entreprise fabrique habituellement des produits textiles pour nouveau-nés, comme des porte-bébés. Avec la pandémie, elle a choisi de réorienter sa production, en collaboration avec TechniTextile, le regroupement des acteurs industriels, techniques, scientifiques et gouvernementaux liés à l’industrie du textile au Québec.

Besoin de bons produits

Dany Charest, directeur général de TechniTextile, l’a aidée dans sa démarche. M. Charest souligne que les entreprises qui se lancent du jour au lendemain dans la production de masques, même s’ils ne sont pas destinés au personnel médical, doivent tenir compte de plusieurs paramètres.

« Il va y avoir de fausses protections sur le marché, prévient-il. On risque d’avoir des gens contaminés parce qu’ils ont un mauvais produit dans le visage. »

Le Dr Horacio Arruda a déclaré jeudi que le port du masque serait recommandé de façon « assez forte » sans être obligatoire pour les citoyens.

Dans le contexte actuel, il est difficile d’avoir accès en grande quantité à la matière première utilisée pour fabriquer des masques chirurgicaux ou des masques N95 destinés au réseau de la santé et aux intervenants d’urgence. Malgré certaines initiatives de production locale, ces masques médicaux risquent de continuer à être importés massivement par l’entremise des fournisseurs habituels, souligne M. Charest.

Mais les entreprises de chez nous ont accès à des textiles dont le niveau de protection contre les liquides et les microorganismes peut s’avérer intéressant pour la population en général, affirme l’expert.

Le grand défi, c’est de combiner cette protection avec une perméabilité à l’air pour que le masque respire encore.

Dany Charest

Marie-Ève Caron confirme. « Je discute avec de grandes sociétés qui ont plus de 10 000 employés et qui vont vouloir équiper leur personnel. Si un travailleur porte un masque pendant un quart de travail de huit heures, il doit pouvoir bien respirer », souligne-t-elle.

Capacité de production accrue

Après avoir procédé à une série de tests, elle a développé un modèle de masque fait d’un textile breveté qui se gorge de chlore lorsqu’on le lave à la machine avec la bonne eau de Javel, ce qui améliore la protection contre les microorganismes. Son matériel a été commandé de l’étranger et la production doit commencer la semaine prochaine dans un atelier montréalais.

« On commence avec une production de 25 000 pièces par semaine, on a déjà une capacité de 40 000 par semaine et on aimerait doubler la capacité en mai », explique l’entrepreneure.

Dany Charest croit que l’industrie québécoise du textile, qui se concentre sur les textiles techniques sophistiqués, est bien placée pour répondre à la demande de masques.

« On a encore une très grosse expertise au Québec ! On a gardé une excellente industrie. On a environ 320 entreprises au Québec qui fabriquent de la matière première ou font de la transformation », dit-il.