Sur la longue liste des dégâts causés par la crise actuelle, il y aura certainement un recul aisément prévisible, à court terme à tout le moins, de la lutte contre les emballages inutiles.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Les tasses, pots et autres contenants réutilisables ont rapidement été victimes du virus au début de la crise, quand les chaînes de café, épiceries et compagnie ont décrété qu’on ne pouvait plus les utiliser.

Dans certaines épiceries, maintenant, même les sacs qu’on apporte de la maison ne sont plus permis.

Avec la peur de la contamination, l’idée d’emballages lavés à la maison plutôt que des plastiques et cartons sortis de l’usine semble soudainement moins rassurante. Et aussi, toutes les règles strictes sur l’emballage du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation, le MAPAQ, qu’on a tant accusé à travers les années d’être trop zélé en matière d’innocuité et d’exigences sanitaires, se sont mises à apparaître pas si folles que ça, voire plutôt justifiées.

Chez le principal distributeur d’emballage alimentaire au Canada, Emballage Carrousel de Boucherville, on s’est mis à recevoir depuis le début de la crise des demandes pour des contenants jetables comme on n’en avait pas eu depuis longtemps. Il y en a même qui ont voulu passer des commandes pour des pailles en plastique emballées individuellement, ce que l’entreprise ne fournit même plus tellement elles ont été mises au rancart à cause de leur absurdité écologique.

Donc que va-t-il se passer ?

Allons-nous voir un recul total du zéro déchet et de la réutilisation, du re-remplissage des contenants ?

Appel à Andréanne Laurin, directrice générale et cofondatrice de Loco, petite chaîne d’épiceries biologiques et sans déchets, où on vend des produits en vrac ou bien dans des contenants consignés.

PHOTO MARTIN TREMBLAY, ARCHIVES LA PRESSE

Au début de la crise, la demande pour le zéro déchet n’a pas baissé. Elle était même très forte, selon Andréanne Laurin, directrice générale et cofondatrice de Loco, une petite chaîne d’épiceries biologiques et sans déchets, où on vend des produits en vrac ou dans des contenants consignés.

Pour tout dire, j’ai été d’abord surprise de savoir que le commerce roulait quand même assez rondement malgré la nouvelle obsession pour la désinfection. « Ici, on stérilise tout », m’a-t-elle expliqué. Les bocaux, les stylos pour écrire le poids des produits et des contenants, les pelles pour prendre des aliments en vrac.

Mais ce qui a permis de contourner la peur des échanges de virus, c’est surtout le sac de papier brun, qui a fait un grand retour. C’est lui qui a réellement remplacé les contenants vides apportés de la maison.

Les commerces situés à Villeray, Brossard, Verdun et maintenant dans Ahuntsic offrent donc autant de produits en vrac. Juste d’autres façons de les emballer.

Au début de la crise, m’a expliqué Andréanne, la demande pour le zéro déchet n’a pas baissé. Elle était même très forte. Maintenant, c’est la vente en ligne qui cartonne. Mais elle remarque néanmoins ces derniers jours une baisse générale de 25 % à 30 % du volume des ventes.

Il faut dire que ses épiceries étaient en pleine envolée jusqu’à la crise, donc on parle d’un repli, comparé à une forte croissance.

« On s’adapte. Est-on optimiste ? Oui. Cette crise va remettre en question notre façon de consommer globalement », dit-elle.

Et ultimement, c’est ça le but de sa chaîne d’épiceries. Offrir des solutions écologiques, logiques, réalistes, accessibles.

S’il faut ajuster le tir par rapport aux pratiques du commerce sans déchets actuel, on le fera. Mais on garde le cap.

Et la demande pour une meilleure consommation, plus propre, plus saine, plus juste ne va pas changer. Au contraire. Cette crise semble provoquer des réflexions vastes sur nos modes de vie.

Peut-être trouvera-t-on des façons de poursuivre le chemin, avec juste un peu plus de vigilance côté virus ?

Philippe Choinière, d’Oneka, producteur de shampooings et savons à base d’extraits de plantes, en Montérégie, dont les produits sont vendus en vrac, croit aussi que même si la COVID-19 remet les procédures actuelles en question, la problématique demeure.

« La surconsommation de plastique demeure un problème. Est-ce que le vrac devra être modifié ? Amélioré ? Sûrement. Mais le besoin de réduire le plastique est trop important pour qu’on ne fasse rien. »

À Ayer’s Cliff, Pascal Valade vend du lait dans des bouteilles consignées. Cofondateur de La Pinte, il salue le courage des épiciers qui ont décidé de trouver des façons de récupérer quand même les bouteilles vides, même si d’autres ont décidé de tout cesser à cause du virus. « Les gens continuent de nous appuyer. Ils veulent de la livraison, ils veulent savoir où rapporter les bouteilles. »

Mais les ventes ont baissé à cause de la nouvelle incertitude au sujet du retour des bouteilles vides.

Pascal Valade continue de croire fermement au potentiel de ce modèle d’affaires pour l’avenir, la consignation. « Mais ça nous fait réfléchir. »

Là, comme partout chez ceux qui croient au zéro déchet, il faudra ajuster les procédures.

« Ce sont nos clients, dit-il, qui veulent qu’on trouve une solution. »