Même si le gouvernement du Québec a demandé aux usines de la province de réduire au minimum leurs activités, les alumineries de Rio Tinto fonctionnent à plein régime et n’ont pas l’intention de diminuer leur production.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

« Tant les cuves d’aluminium que les fours de RTFT [Rio Tinto Fer et Titane à Sorel] doivent continuer à être alimentés pour ne pas être endommagés et nécessiter un long et complexe redémarrage », a fait savoir l’entreprise en réponse aux questions de La Presse.

« Les usines fonctionnent 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il n’y a pas de réduction de production », confirme Donat Pearson, le président du Syndicat des employés de l’aluminium d’Arvida, qui compte 1400 membres.

Les cadres et ceux qui peuvent travailler de la maison n’ont pas à se présenter au travail, mais les employés inquiets d’être contaminés qui préfèrent rester chez eux doivent prendre congé à leurs frais, précise le représentant syndical.

Certains employés jugés non essentiels ont été retournés chez eux, mais garderont leur salaire. L’entreprise affirme avoir pris tous les moyens pour assurer la sécurité de son personnel.

Entreprise essentielle

Rio Tinto et les autres industries lourdes dont le gouvernement avait annoncé la fermeture la semaine dernière, avant de revenir sur sa décision, sont soulagées d’être considérées comme essentielles en période de crise. Aucune de ces entreprises n’avait été prévenue de la décision du gouvernement d’imposer une pause de trois semaines à l’ensemble de l’économie.

L’aluminium est une composante vitale de la production de masques [N-95], de ventilateurs, d’instruments médicaux, d’appareils et de lits d’hôpit[al], soit autant d’articles nécessaires aux efforts de lutte et de rétablissement.

Extrait d’une lettre envoyés aux employés d’Alf Barrios, chef de la direction, Rio Tinto Aluminium

Le maintien de la production des alumineries est une bonne nouvelle pour Hydro-Québec, qui aurait dû racheter l’électricité non utilisée par ces entreprises en cas d’arrêt de leurs activités. Les contrats entre Hydro et ces gros clients prévoient en effet le rachat de l’électricité non consommée advenant un cas de fermeture pour « force majeure ». C’est ce qui s’était produit lors de la fermeture des installations d’Alma de Rio Tinto, en 2012, pour cause de lock-out. Hydro avait dû dépenser 148 millions pour de l’électricité dont elle n’avait pas besoin à cause de ses surplus.

Les mines et les autres

Du côté du fabricant d’acier ArcelorMittal, les activités se poursuivent normalement dans une de ses deux installations de Contrecœur.

PHOTO FOURNIE PAR ARCELOR MITTAL

Les installations d’ArcelorMittal à Port-Cartier,
sur la Côte-Nord.

« Nos opérations se poursuivent actuellement en vertu du fait qu’ArcelorMittal Produits longs Canada fournit de l’acier à des clients dans certains secteurs identifiés comme prioritaires par le gouvernement du Québec incluant la transformation alimentaire, les infrastructures stratégiques comme l’énergie, et les transports », indique Louis-Philippe Péloquin, le directeur des communications d’ArcelorMittal, Produits longs Canada.

L’entreprise souligne que l’acier qu’elle fabrique « va dans la fabrication de lits d’hôpital, d’emballages alimentaires, de matériel pour les installations de traitement des eaux, etc., et nous devons continuer à approvisionner les clients qui fabriquent des produits dans ces domaines ».

L’entreprise, dont deux employés ont été déclarés positifs à la COVID-19, dit fonctionner à effectifs réduits et répondre uniquement aux clients qui ont des besoins prioritaires.

Les activités minières d’ArcelorMittal se poursuivent également sur la Côte-Nord. Plusieurs autres exploitants miniers ont cessé leurs activités en Abitibi et dans le nord du Québec.

De son côté, Produits forestiers Résolu entend poursuivre les activités dans tous les secteurs, soit la pâte, le papier tissu, le bois et le papier.

PHOTO ARCHIVES LE QUOTIDIEN

La papeterie Produits forestiers Résolu d’Alma

Selon l’entreprise, les autorités ont reconnu l’importance de ses activités dans la lutte contre le coronavirus, comme « les produits de papier tissu pour remplir les tablettes vides, la pâte pour produire le papier tissu, le papier pour tenir les gens informés de l’évolution de la situation et des produits du bois pour répondre à la demande de construction et d’infrastructures essentielles ».

L’entreprise a toutefois mis à pied 700 de ses 4300 employés au Québec pour faire face à la faiblesse des marchés du papier et du bois, a indiqué son porte-parole, Karl Blackburn.