Alors qu’un nombre record d’entreprises sont forcées de mettre leur personnel à pied, la recherche de nouveaux employés n’a jamais été aussi facile pour d’autres, qui voient la demande pour leurs produits ou services exploser.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le secteur de l’alimentation hors restaurants est évidemment l’un des plus grands bénéficiaires de la crise. Les entreprises d’ensembles prêts à cuisiner Cook It et Marché Goodfood consacrent de grands efforts au recrutement depuis quelques jours.

La seconde a annoncé au début de la semaine dernière son intention de recruter environ 500 personnes dans ses quatre installations canadiennes, dont environ 75 % à Saint-Laurent et à LaSalle. Elle portera ainsi son nombre d’employés aux environs de 2700.

« On voit une hausse assez significative de la demande pour nos services », constate le chef de la direction financière de Goodfood, Philippe Adam. « Il y a de nouveaux abonnés et les clients actuels commandent davantage. »

À plus petite échelle, Cook It a recruté 40 commis en quelques heures cette semaine. Elle avait aussi dû pourvoir cinq postes au service à la clientèle – « On les a pourvus en une heure et demie », raconte la fondatrice, Judith Fetzer – et embaucher six recruteurs pour dénicher et former tous ces nouveaux venus. Après qu’ils ont eux-mêmes été formés, bien sûr.

L’intégration rapide de la masse de nouveaux employés est d’ailleurs devenue le principal défi pour ces entreprises. C’est le cas chez Plaisirs Gastronomiques, à Boisbriand, qui est passée d’un coup d’une situation de pénurie d’environ 40 employés journaliers à une autre où les candidats abondent. L’entreprise estimait jeudi dernier avoir encore 80 postes à pourvoir.

« Avant la crise, le défi se situait sur le plan des canaux de recrutement et sur le plan des initiatives de recrutement, explique son président, Christophe Beauvais. Aujourd’hui, le principal défi concerne la gestion des entrevues à distance et l’ensemble du processus formel d’embauche que nous devons respecter malgré la crise et l’urgence, avec les mêmes employés en ressources humaines, afin de continuer d’assurer la qualité de la formation et l’encadrement des nouveaux employés. »

Postes permanents

Bien que l’avenir soit encore plus difficile à prédire qu’à l’habitude, ces trois entreprises estiment que les nouveaux postes ouverts pendant la crise ont de fortes chances d’être permanents, même une fois la crise passée.

« Une plus grande disponibilité de la main-d’œuvre ne pourra assurément qu’accélérer la croissance et le développement », estime M. Beauvais.

« On pense que la hausse de la demande est en fait une adoption plus rapide de nos services », estime quant à lui M. Adam.

Sécurité privée

Les firmes de sécurité privée, qui sont embauchées pour surveiller certains des commerces essentiels qui restent ouverts, comme les supermarchés et les pharmacies, cherchent à recruter des centaines de nouveaux employés depuis quelques jours. Au Québec, le salaire de base en sécurité privée est de 18 $ l’heure.

GardaWorld, qui compte environ 12 000 employés au Québec, cherche à embaucher immédiatement environ 200 personnes. La formation de base dure une semaine.

Nous sommes en recrutement accéléré. Nous avons 5 ou 6 % plus de demande par jour [depuis la fermeture des commerces non essentiels]. Nous avons toujours besoin de bonnes ressources. Nous invitons tous les gens intéressés à postuler.

Jean-Luc Meunier, chef de l’exploitation des services de sécurité au Canada pour GardaWorld

Les Commissionnaires du Québec, OBNL qui assure la sécurité de nombreux immeubles gouvernementaux et du réseau de la santé, cherchent à engager environ 150 nouveaux agents de sécurité, qui s’ajouteront aux 4200 agents actuellement en fonction au Québec. « On refuse des contrats [par manque de personnel]. On veut des gens qui ont une capacité de travailler en milieu opérationnel, qui sont capables de prendre des décisions, qui ont un bon jugement, qui sont courtois et qui ont envie de travailler dans le milieu de la sécurité », dit Marc Parent, chef de la direction des Commissionnaires du Québec.

Camionnage

Le sort des entreprises de transport et des camionneurs varie grandement selon leurs spécialités. Ceux qui travaillent dans le domaine alimentaire, entre autres, ont des besoins accrus et certaines agences de personnel ont commencé à jouer les intermédiaires pour réaffecter des camionneurs travaillant dans des secteurs moins actifs, explique Marc Cadieux, PDG de l’Association du camionnage du Québec. Dans un secteur où la pénurie de main-d’œuvre était criante il y a quelques jours encore, certains de ces transferts se heurtent toutefois à une certaine résistance de la part des employeurs, qui craignent d’être dépourvus de personnel lors de la reprise des activités.

Agriculture

Agricarrières, le comité sectoriel de la main-d’œuvre en agriculture, doit lancer cette semaine une campagne de mobilisation pour attirer les Québécois désireux de travailler dans les champs. L’intérêt des travailleurs mis à pied dans d’autres secteurs a déjà commencé à se faire sentir.

Les fermes Lufa, qui doivent bientôt ouvrir la plus grande serre sur toit au monde, ont embauché une quarantaine de travailleurs pour leur centre de distribution la semaine dernière et comptent en embaucher environ 25 autres pour achever cette serre, puis l’exploiter.

« Il y a une hausse de demande, c’est sûr », note Rosa Moliner, coordonnatrice des relations publiques de Lufa.

Épiciers

Grand cas a été fait de la forte hausse du niveau d’activité chez les épiciers et bien qu’elle ait donné lieu à de nombreuses embauches, notamment pour assembler les commandes à distance, le nombre de ces embauches ne semble pas avoir directement suivi la hausse de popularité. C’est que la plupart des supermarchés comptent déjà sur un bon bassin de travailleurs à temps partiel, souvent des étudiants, qui sont soudainement devenus disponibles pour travailler à temps plein.

« J’ai environ 85 employés à temps partiel qui sont tous tombés à temps plein, donc je n’ai pas eu à engager tant que ça », expliquait par exemple Martin Thibeault, copropriétaire de quatre supermarchés Metro dans les Laurentides.

– Avec Vincent Brousseau-Pouliot, La Presse