L’effondrement du prix du pétrole et la probabilité d’une récession à l’échelle mondiale donneront un coup de frein au mouvement de remplacement des énergies fossiles, qui avait pris de l’ampleur sur la planète.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

La crise vient chambouler complètement la conjoncture, estime François Delorme, professeur à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke. « La priorité des gouvernements envers les changements climatiques vient de prendre le bord », dit le spécialiste en finances publiques.

Les prix internationaux du pétrole sont maintenant sous la barre des 30 $ US le baril, en raison du ralentissement économique mondial et de la guerre de prix que se livrent les principaux pays producteurs pour accroître leur part de marché.

Avec la pandémie de la COVID-19, qui risque de précipiter l’économie mondiale dans une crise sans précédent, le prix de l’énergie fossile pourrait rester bas, et pour très longtemps.

Quant à la transition énergétique, les répercussions se feront sentir sur deux plans, selon François Delorme. 

Le prix de l’essence à 90 cents n’incitera certainement pas les consommateurs à réduire leur consommation, à acheter des voitures plus petites ou à adopter d’autres solutions de transport.

François Delorme, professeur à l’École de gestion de l’Université de Sherbrooke

« Ce sera la même chose pour les entreprises qui pensaient à la géothermie ou à d’autres technologies vertes », continue-t-il. L’incitatif économique rétrécit et peut disparaître avec le prix très bas des énergies fossiles.

Détournement de fonds

Quant aux gouvernements, il leur sera très facile de divertir les sommes qu’ils prévoyaient consacrer à la lutte contre les changements climatiques dans des dépenses considérées comme plus urgentes, ou encore pour ne pas aggraver leur déficit.

« Ça se peut certain », dit-il au sujet de ces éventuels détournements de fonds destinés à l’environnement. Les projets de taxes sur le carbone, qui ne faisaient déjà pas l’unanimité, ont toutes les chances d’être relégués aux oubliettes par les économies qui tournent au ralenti.

Les entreprises qui développent des technologies vertes, et dont la rentabilité n’est pas encore prouvée, reculeront de nombreuses années, craint aussi le professeur.

C’est aussi l’inquiétude de Denis Leclerc, président-directeur général d’Écotech Québec, organisation vouée au développement et à la commercialisation des technologiques propres.

« Il est possible qu’on fasse un pas en arrière, mais le retour à la normale ne pourra pas être normal » une fois la crise passée, estime-t-il.

Le choc que le monde subit actuellement est assez important pour ne pas retomber dans nos vieilles habitudes, espère Denis Leclerc. 

On a une occasion de faire des liens qu’on ne fait pas toujours entre l’environnement, le climat et notre santé personnelle.

Denis Leclerc, président-directeur général d’Écotech Québec

Dans son dernier budget, le gouvernement du Québec a annoncé son intention d’investir la somme record de 6,7 milliards dans la transition énergétique. Selon Denis Leclerc, il faut maintenant s’assurer que les mesures (encore à venir) de ce plan accélèrent la transition énergétique.

Les ambitions de New York et Boralex

L’État de New York vient de choisir les quatre propositions faites par Boralex à la suite d’un premier appel d’offres pour environ 1,5 million de mégawatts-heure d’énergie renouvelable. L’entreprise québécoise construira quatre parcs solaires d’une capacité totale de 180 mégawatts dans le nord de l’État.

New York veut que 70 % de son électricité vienne de sources renouvelables en 2030 et 100 % d'énergie propre en 2040. « C’est très ambitieux, étant donné que cette part est de 28 % actuellement », explique Patrick Decostre, vice-président et chef de l’exploitation de Boralex.

Le dirigeant de Boralex ne sait pas si la crise actuelle freinera ces ambitions. « Je n’ai pas de boule de cristal, mais ce qui m’apparaît évident, c’est que les énergies solaires et éoliennes sont maintenant compétitives », souligne-t-il.

Le bas prix du pétrole – et du gaz naturel – ne devrait pas remettre en question les engagements pris par l’État de New York, selon lui. « La volonté de transition est très, très forte », estime M. Decostre.

Boralex entend participer aux prochains appels d’offres prévus par l’État plus tard cette année.