Les transporteurs aériens se dirigent vers une crise sans précédent avec des pertes de revenus d’au moins 63 milliards US, selon l’association internationale les représentant. Les titres des grands transporteurs ont déjà perdu en moyenne 20 % de leur valeur.

Martin Vallières
Martin Vallières La Presse

L’ampleur des pertes de revenus des transporteurs risque de doubler, si les conséquences de la crise sanitaire mondiale du coronavirus sur la demande des voyages d’affaires ou d’agrément devaient continuer de s’aggraver au cours des prochaines semaines.

« En deux mois à peine, les perspectives d’affaires des transporteurs aériens dans la plupart des régions du monde se sont radicalement assombries. Plusieurs transporteurs réduisent leur capacité et doivent prendre des mesures d’urgence pour réduire leurs coûts, afin de demeurer à flot financièrement. Cette situation est extraordinaire et sans précédent », a soutenu le directeur général de l’Association internationale du transport aérien (IATA), Alexandre de Juniac, après la publication jeudi d’un rapport spécial sur l’ampleur des pertes de revenus estimées parmi ses 290 membres.

Dans ce rapport, l’IATA estime les pertes de revenus des transporteurs aériens de passagers entre 63 milliards US – si la propagation du coronavirus est contenue bientôt – jusqu’à 113 milliards US si la contagion continuait à se répandre.

À lui seul, ce scénario le plus critique représenterait une chute de 19 % des revenus mondiaux du transport aérien de passagers, un secteur qui a généré l’an dernier 838 milliards US de chiffre d’affaires, selon l’IATA.

« Même si cette estimation de l’IATA m’apparaît un peu exagérée à court terme, il n’en ressort pas moins que si cette crise du coronavirus continue de s’aggraver, et qu’elle devait perdurer durant la prochaine haute saison estivale des voyages, les conséquences financières pour les transporteurs aériens pourraient devenir catastrophiques, sans doute pires que lors de la grande récession de 2008-2009, a commenté Mehran Ebrahimi, professeur et analyste en aviation à l’École de gestion de l’UQAM. 

Les faillites pourraient se multiplier parmi les petits transporteurs qui opèrent déjà à très faible marge bénéficiaire.

Mehran Ebrahimi

Déjà hier, le transporteur britannique au rabais Flybe a cessé ses activités pour raison d’insolvabilité face à la chute brutale de ses revenus-passagers.

Hécatombe boursière

Pendant ce temps, en Bourse, l’hécatombe de la valeur boursière attribuée aux transporteurs aériens s’est poursuivie de plus belle.

En à peine un mois, l’indice mondial MSCI des transporteurs aériens s’est replié de 20 % en équivalent de dollar US, alors que l’indice mondial MSCI (tous secteurs) s’est replié de 6 %.

Parmi les grands transporteurs, la valeur boursière d’Air Canada a chuté de 29 % depuis un mois (toujours en équivalent $ US), celle de Delta Air Lines, de 22 %, celle d’Air France-KLM, de 39 %, et celle de Deutsche Lufthansa, de 23 %.

« Cette rechute boursière des grands transporteurs aériens et le basculement de leurs perspectives d’affaires apparaissent d’autant plus brutaux qu’ils surviennent après une période de prospérité économique presque sans précédent dans l’histoire d’un secteur notoirement cyclique, et très peu rentable à long terme », remarque Jacques Roy, professeur et analyste en gestion des transports à HEC Montréal.

Si cette forte dégradation de conditions de marché des transporteurs aériens devait se poursuivre jusqu’en début de saison estivale, cette situation de crise de revenus pourrait se transformer en véritable catastrophe financière dans presque tous les principaux marchés continentaux.

Jacques Roy

Depuis la fin de janvier, des dizaines de compagnies aériennes, dont Air Canada, ont suspendu ou réduit leur desserte de la Chine, berceau de l’épidémie de COVID-19, puis de l’Italie à la fin de février.

Chute des réservations

Le mouvement de baisse de réservations a ensuite fait tache d’huile ailleurs dans le monde, atteignant désormais toutes les destinations, y compris celles qui sont encore faiblement touchées par la maladie. 

En Europe continentale, le transporteur allemand Lufthansa a immobilisé au sol 150 avions et suspendu tous ses vols vers Israël. 

Aux États-Unis, le transporteur au rabais Southwest Airlines a fait part à ses actionnaires d’un manque à gagner d’environ 250 millions US depuis quelques jours en raison d’un « déclin significatif de la demande et d’une hausse des annulations de voyages liés aux craintes de contagion du COVID-19 ».

— Avec l’Agence France-Presse