Malgré ses inquiétudes sur le niveau d’endettement des ménages, la Banque du Canada a décidé de combattre l’impact appréhendé du coronavirus en réduisant son taux directeur d’un demi-point de pourcentage.

Hélène Baril
Hélène Baril La Presse

« Bien que l’économie canadienne tourne près de son potentiel et que l’inflation soit dans la cible, le COVID-19 constitue un choc négatif substantiel pour les perspectives canadiennes et mondiales, et les autorités monétaires et budgétaires réagissent », a expliqué la banque dans un communiqué.

Le taux directeur canadien passe de 1,75 % à 1,25 %, ce qui facilitera la vie des emprunteurs, mais pourrait aggraver le problème de surendettement. « Le marché de l’habitation est vigoureux et l’endettement des ménages demeure une préoccupation, relève Benoit Durocher, économiste principal de Desjardins. Le maintien des taux directeurs plus bas trop longtemps pourrait accentuer les risques à cet égard. »

C’est la première baisse du taux directeur de la Banque du Canada depuis 2015, quand le cours du pétrole avait chuté. Et c’est la première baisse aussi musclée, soit 50 points de base, depuis la crise financière en 2009.

La décision de la Banque du Canada de suivre la Réserve fédérale américaine (Fed) dans une frappe préventive contre les effets du coronavirus vise elle aussi à rassurer les marchés financiers. Les principaux indices ont rebondi mercredi, après avoir accueilli froidement la veille le coup d’éclat de la Réserve fédérale qui a choisi d’intervenir en dehors de son calendrier régulier pour annoncer une baisse de taux de 50 points de base. Le taux directeur américain est maintenant dans la fourchette de 1 % à 1,25 %.

D’autres baisses ?

D’autres baisses du taux directeur sont à prévoir si la crise du COVID-19 prend de l’ampleur, a indiqué la banque centrale du Canada mercredi. « À mesure que la situation évolue, le Conseil de direction se tient prêt à ajuster de nouveau la politique monétaire au besoin pour soutenir la croissance économique et maintenir l’inflation à la cible », affirme le communiqué.

Sébastien Lavoie, économiste en chef de la Banque Laurentienne, croit que le taux directeur baissera encore à la prochaine annonce prévue par la banque centrale, le 15 avril. Si la crise s’aggrave, il prévoit que le taux directeur pourrait baisser à zéro avant de pouvoir remonter.

Avery Shenfeld, analyste à la Banque CIBC, croit qu’une nouvelle baisse de 25 points de base en avril est probable.

La Banque du Canada n’a pas attendu que le patient soit souffrant pour lui administrer une dose de médicament à titre préventif, mais la direction que tout cela va prendre relève plus de l’épidémiologie que de l’économie.

Avery Shenfeld

La banque prévoit un net ralentissement de l’activité économique au Canada au premier trimestre 2020. La crise du coronavirus s’ajoute aux autres problèmes de l’économie canadienne, dont la baisse du prix du pétrole et le blocage des voies ferrées.

La propagation du virus dans le monde devrait affecter « la confiance des entreprises et des consommateurs », ce qui « déprimera davantage l’activité », estime la banque centrale.

Une baisse de taux a généralement pour objectif d’encourager la consommation et l’investissement des entreprises. Elle facilite aussi l’endettement, en plus de réduire les rendements de l’épargne et les revenus des retraités.

Peu avant l’annonce de la Fed mardi, les pays du G7, dont le Canada, ont assuré être « prêts à agir, y compris à prendre des mesures budgétaires » pour soutenir l’économie.

L’épidémie de COVID-19 touche 81 pays et territoires, a infecté plus de 94 000 personnes et fait plus de 3200 morts, selon un décompte de l’AFP basé sur des sources officielles.

— Avec l’Agence France-Presse et La Presse canadienne