Des travailleurs qui abordent la retraite avec des dettes d’études à rembourser ? Ça existe, et il y en a un nombre croissant aux États-Unis.

Hélène Baril Hélène Baril
La Presse

L’endettement des étudiants américains a atteint un niveau sans précédent à la fin de 2019, selon les données les plus récentes de la Réserve fédérale de New York. Le chiffre dépasse l’entendement : 1500 milliards US (plus de 2000 milliards CAN). C’est plus que le total dû par les Américains sur leurs cartes de crédit et plus que l’ensemble des dettes contractées pour l’achat d’une voiture.

Les dettes d’études sont les deuxièmes en importance, après les hypothèques, dans l’endettement total des ménages américains.

Les études coûtent cher au sud de la frontière et, à moins d’avoir une famille fortunée, les dettes d’études font partie de la réalité des étudiants américains. Mais la crise financière de 2008 a transformé cette réalité en cauchemar pour un nombre croissant d’entre eux.

En 2008, avant que la crise ne frappe, les dettes d’études totalisaient 580 milliards US. Elles ont plus que doublé depuis, pour atteindre 1500 milliards US au dernier trimestre de 2019. La crise a eu un effet domino : les familles ont eu moins d’argent pour payer l’éducation de leurs enfants, les États ont réduit leurs subventions aux établissements scolaires et les droits de scolarité ont augmenté.

Le résultat, c’est que presque 50 millions d’Américains ont aujourd’hui des dettes d’études à rembourser, et qu’un nombre croissant d’entre eux peinent à le faire. Malgré 10 années de solide croissance économique et un taux de chômage historiquement bas, les prêts étudiants en souffrance (retards de 90 jours et plus) continuent d’augmenter et dépassent le seuil des 10 %. Selon la Réserve fédérale de New York, les chiffres officiels sous-estiment grandement la réalité, et le pourcentage de prêts en défaut serait vraisemblablement deux fois plus élevé que ces 10 %.

Ces difficultés de remboursement font en sorte que les diplômés traînent leurs dettes d’études de plus en plus longtemps, dans certains cas jusqu’à la retraite. Dans la catégorie des 55 ans et plus, il y a encore presque 3 millions d’Américains aux prises avec des dettes d’études à rembourser. C’est le double d’il y a 10 ans.

Une crise et une hypothèque

L’endettement des étudiants est devenu une crise qui ne peut plus être ignorée par les politiciens à la veille d’une élection présidentielle. Les candidats démocrates Elizabeth Warren et Bernie Sanders ont tous deux promis d’éliminer en tout ou en partie ce fardeau qui pèse sur la main-d’œuvre américaine. Cette promesse, qui serait financée en taxant les plus riches, est déjà critiquée de toutes parts, y compris dans les rangs démocrates.

La dette étudiante est un boulet pour l’économie américaine dans son ensemble parce qu’elle hypothèque la croissance future.

Pour les plus vieux, elle se traduit par moins d’épargne pour la retraite. La dette empêche les plus jeunes d’accéder à la propriété et de commencer à se bâtir un patrimoine, comme leurs parents ont pu le faire. Avec des dettes d’études à rembourser, il est difficile de réunir le capital nécessaire pour faire une mise de fonds sur des maisons qui coûtent de plus en plus cher.

Aujourd’hui, la génération des trentenaires possède seulement 4 % de la valeur foncière des États-Unis, alors que cette part était de plus de 30 % chez leurs parents au même âge, indiquent les statistiques.

À moins de venir d’une famille riche ou de pouvoir hériter d’une partie du patrimoine de leurs parents, les jeunes diplômés d’aujourd’hui ne pourront pas aspirer au même niveau de vie que ces derniers. Qui s’instruit s’enrichit, dit-on. Pour certains, ce n’est peut-être plus vrai.