Le programme de subvention pour l’achat d’une voiture électrique d’occasion est devenu particulièrement bancal depuis le début de l’année 2020, clament des spécialistes, selon qui il ne s’applique plus dans les faits qu’à un seul modèle.

Jean-François Codère Jean-François Codère
La Presse

Le programme Roulez vert du gouvernement du Québec, surtout connu pour ses subventions à l’achat de véhicules électriques neufs, compte aussi un volet destiné aux voitures d’occasion. Celui-ci offre une aide financière de 4000 $ ou 1500 $ pour l’achat d’un véhicule répondant à certains critères.

L’organisme qui chapeaute ce programme, Transition énergétique Québec (TEQ), en a exclu depuis le 1er janvier les Volkswagen e-Golf et Kia Soul provenant des États-Unis.

« Dans les faits, on a quasiment un modèle unique », dénonce Pascal Gosset, président-directeur général de Muze, détaillant de voitures électriques d’occasion.

Ça devient de plus en plus difficile d’importer des véhicules électriques.

Bruno Licursi, consultant en électromobilité

Le programme a d’abord été mis sur pied en réponse au manque de disponibilité de voitures électriques neuves chez les concessionnaires. Puisqu’il vise à augmenter le nombre de voitures disponibles pour les acheteurs potentiels, il ne s’applique qu’aux voitures importées du Canada ou des États-Unis, qui n’ont jamais été immatriculées au Québec.

Un seul modèle

La liste des véhicules admissibles publiée par TEQ sur l’internet compte 15 modèles et 30 véhicules, en tenant compte des différentes années modèles (2015, 2016 ou 2017). En pratique, selon MM. Gosset et Licursi, la subvention ne s’applique à peu près qu’à une seule voiture, la Nissan Leaf.

Un des modèles affichés, la Chevrolet Spark électrique 2017, n’a jamais existé. Les modèles 2015 et 2016, bien que toujours admissibles et autrefois très populaires, ont pratiquement disparu du marché.

Un autre, la Hyundai IONIQ électrique 2017, ne devrait pas y être parce que, comme pour l’e-Golf et la Soul, la garantie du fabricant n’est plus valable quand un véhicule passe des États-Unis au Canada, selon une liste de l’Association pour la protection des automobilistes.

Un troisième, la Chevrolet Bolt 2017, existe bel et bien, mais n’est pas attrayant pour les acheteurs.

« Elle n’a pas suffisamment perdu de valeur », explique M. Gosset. Les subventions pour l’achat d’un véhicule neuf, qui peuvent atteindre 13 000 $, rendent cette option plus attirante.

Deux autres véhicules, l’i-MiEV de Mitsubishi et la Smart Fortwo de Mercedes-Benz, devront eux aussi être retirés de la liste bientôt parce que leur manufacturier a confirmé à TEQ que la garantie des voitures américaines n’était pas valable au Canada, a reconnu vendredi Bernard Lamonde, directeur général adjoint des opérations et de l’innovation chez TEQ.

Les autres ne sont tout simplement pas disponibles en quantités significatives.

Garantie obligatoire

Le cœur du problème est lié aux garanties. D’abord créé en tant que projet pilote, le volet destiné aux voitures d’occasion du programme Roulez vert exigeait au départ l’achat d’une garantie prolongée valable pour un minimum de 3 ans ou 40 000 kilomètres.

On veut s’assurer que le véhicule va rester en bon état pendant une certaine période au Québec.

Bernard Lamonde

Cette garantie, dont le coût de revient était d’environ 500 $ à 700 $ selon des informations obtenues par La Presse, était revendue par certains concessionnaires plus de 3500 $.

« Ce sont des observations qu’on nous a rapportées aussi, a confirmé M. Lamonde. Nous avons donc retiré ce critère en avril dernier. Mais il y a toujours eu le critère voulant que la garantie du fabricant devait s’appliquer au Canada. »

Ce n’est toutefois que récemment que l’organisme aurait découvert que divers fabricants ne laissaient pas leur garantie traverser la frontière.

« C’est sûr que ce n’est pas le but du programme qu’il y ait un seul véhicule qui soit visé », regrette M. Lamonde.

La solution, selon les deux spécialistes interrogés, passe par l’acceptation par Transition énergétique Québec de véhicules qui feraient l’objet d’une garantie vendue par une tierce partie, avec la possible imposition d’un prix plafond pour celle-ci.

Informé par La Presse de cette proposition, M. Lamonde s’y est montré ouvert.

« Ça pourrait être acceptable. C’est quelque chose qu’on peut regarder. Mais l’aspect qualité n’est pas négociable pour nous. »