Le gouvernement québécois a d’importants surplus à dépenser.

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Vous l’avez lu comme moi dans ces pages : il doit maintenant décider quoi faire de son argent, notre argent. Des revenus plus élevés que prévu en taxes et en péréquation notamment.

Quel beau problème.

Si vous étiez François Legault, que feriez-vous de cet argent ?

Comment l’investir pour aider le Québec à aller mieux ?

Dans La Presse hier, on apprenait que le gouvernement songe à mettre fin à la contribution additionnelle modulée selon le revenu qui fait partie de la facture des services de garde.

J’approuve ! 

Ç’a été une des pires idées de l’ancien gouvernement libéral de Philippe Couillard, quand on a décidé de faire dans l’austérité en allant puiser dans les budgets des familles, de l’éducation, des CPE notamment…

Parmi les mesures alors mises de l’avant, il y avait cette idée de ne plus faire payer un prix fixe universel pour les services de garde, mais plutôt d’adapter le tout aux salaires des parents, une idée qui ne tenait pas compte du fait que le niveau de revenus d’une famille dépend souvent du prix du service de garde ! (On pense à ces familles où la décision d’aller travailler est un calcul : est-ce que ça va me coûter plus cher en gardienne ?)

Il est temps de mettre fin à ça une fois pour toutes.

En plus, le programme de service de garde québécois fonctionne bien, il fait l’envie des parents des autres provinces et chez nos voisins du Sud. Il rapporte fiscalement en permettant aux mères, en particulier, de travailler dans des catégories de revenus où c’était peu rentable pour elles. Et comme au Québec on vit actuellement une situation de plein emploi dans plusieurs régions, il est impératif de permettre à tous de travailler. Avoir de bons services de garde fait partie des outils de base de l’efficacité dans le marché de l’emploi.

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Bonifier les allocations familiales ? Voilà qui fait aussi partie des avenues considérées. C’est toujours agréable de voir ainsi le portefeuille renfloué. Et cela aussi faisait partie des promesses aux familles faites par l’équipe du gouvernement élu.

Mais ce n’est pas ma préférée.

J’opterais pour des dépenses ou des diminutions fiscales plus ciblées et structurantes.

Par exemple, je me répète, mais c’est crucial : je commencerais à investir beaucoup plus en santé mentale.

Dans un monde idéal, on devrait couvrir la santé mentale de la même façon qu’on couvre toute la santé. Il n’est pas normal que, parce que les gens ne saignent pas, ils ne puissent pas être soignés, notamment les jeunes. Combien d’articles dans ce journal ont raconté les drames d’enfants souffrant de troubles mentaux graves, pouvant mener à la violence, au suicide, et qui n’ont pas accès à des médecins et autres spécialistes.

Mais encore là, de façon générale il faut investir pour permettre à tout le monde de travailler, y compris ceux qui souffrent de problèmes liés à la santé mentale. Drogues, alcool, abus, dépression, troubles alimentaires menant à des problèmes de santé physique… Tous ces mots – et maux – qu’on entend trop souvent, sont les prolongements de difficultés en santé mentale qui se soignent et qui se préviennent. 

Encore là, puisque nous sommes en situation de plein emploi, c’est le moment d’en profiter pour faire monter tout le monde dans le train de la prospérité.

En plus, on ne peut pas se permettre d’investir en éducation pour former des ingénieurs, des techniciens, des médecins, des designers, des gestionnaires, peu importe, des gens dont on a besoin, pour ensuite laisser se perdre leurs talents et leur bonne volonté parce qu’on ne les aide pas à être fonctionnels. C’est une responsabilité collective, et voilà des sous bien placés.

Évidemment, vous me connaissez, je trouve que le gouvernement devrait aussi investir en agriculture, pour aider les jeunes à créer des petites fermes, intensives, naturelles, dont les produits puissent être vendus en circuit court et offerts à tous, à prix abordable. Là encore, on investit en amont, en santé, en soin environnemental. On permet une meilleure occupation du territoire. On garde les campagnes en forme. 

Aide directe, soutien fiscal ?

Il faut trouver des solutions pour que le bio, le naturel, le local ne soient pas réservés à ceux qui ont les moyens de payer plus que les prix les plus concurrentiels des grandes surfaces.

Et il faut décloisonner l’agriculture pour qu’elle ne soit pas réservée à ceux qui ont les moyens et la volonté d’y participer sur un mode industriel.

Il y a toute une réflexion à faire sur ça. L’agriculture c’est comme la culture. On ne peut pas ne pas chercher à la dorloter.

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Et parlant de culture, il faut aussi évidemment, absolument, que le gouvernement soutienne les médias.

Le modèle d’affaires qui a permis aux médias traditionnels de se bâtir et de prospérer pendant des décennies ne marche plus. Le marché de la publicité ne peut plus les soutenir comme il le faisait avant. L’argent des annonceurs va ailleurs.

C’est ce qu’on appelle une crise. Un moment difficile et grave.

Et de même que le gouvernement aide les producteurs laitiers face aux nouveaux accords commerciaux internationaux, qu’il a aidé les anciens pêcheurs de morue au moment du moratoire sur la pêche et mis en place des structures financières pour aider les artisans de la culture canadienne face à la mondialisation, aujourd’hui, il doit aussi aider les médias.

Ça ne veut pas dire que ça sera pour toujours. 

Peut-être qu’on finira par trouver une autre solution.

Mais en attendant, on ne peut pas laisser les voix nécessaires, essentielles à la vie démocratique, à notre qualité de vie, chercher désespérément leur souffle.