« Les hebdos sont souvent les oubliés, laisse tomber François Olivier. Mais si vous voulez des journalistes qui surveillent ce qui se passe et qui gardent les gens honnêtes, ça en prend. »

Marie-Claude Lortie Marie-Claude Lortie
La Presse

Nous sommes assis dans son bureau, presque au sommet de Place Ville Marie, et le président et directeur général de TC Transcontinental – emballeur, mais aussi imprimeur et distributeur de dizaines de publications régionales – a un message clair. Oui, il est crucial de s’inquiéter de l’avenir des grands médias nationaux, tout comme de Groupe Capitales Médias et de ses graves difficultés financières.

PHOTO ANDRÉ PICHETTE, ARCHIVES LA PRESSE

François Olivier

Mais l’information, c’est aussi tous les plus petits acteurs qui racontent le Québec semaine après semaine, mois après mois. Les ouvertures d’aréna, les médaillés du village, les joies et anomalies de la vie locale.

Et ces médias sont en difficulté.

Selon des statistiques compilées par Daniel Giroux, chercheur au Centre d’études sur les médias de l’Université Laval, et rapportées plus tôt cette semaine par nos collègues du Journal de Montréal, « le nombre d’hebdomadaires a chuté de 40 % au Québec depuis le début de la décennie alors que les magazines spécialisés ont perdu 63 % de leurs revenus publicitaires en cinq ans ».

Or, non seulement ces médias agissent un peu comme les clubs de la Ligue américaine au hockey, en formant des journalistes qui iront plus tard travailler dans les médias nationaux, dit François Olivier, mais les hebdos, poursuit-il, « nous racontent des histoires qui ne seront jamais racontées ailleurs ».

« Un lieu d’enfouissement de déchets de Magog figure parmi les 100 usines les plus polluantes du Québec même s’il est fermé depuis 2009 », titrait en juin Le Reflet du Lac, le journal local de Magog.

« Des terres municipales cultivées gratuitement », annonçait Le Courrier de Saint-Hyacinthe en décembre dernier, avec un article décrivant l’entente plutôt avantageuse négociée par Jean et Christian Overbeek – un des acteurs du monde agricole visés dans l’affaire Louis Robert – avec la municipalité de Saint-Hyacinthe, à la suite de la vente de terrains.

Transcontinental a un parti pris, bien sûr.

Même si tous les hebdos dont l’entreprise était propriétaire ont été vendus en 2017 et en 2018 à différents entrepreneurs, dont plusieurs issus des communautés servies, TC continue d’imprimer et de distribuer les publications, dans son fameux « Publisac ».

Le géant a-t-il peur de perdre des clients ?

Ils ne paient presque rien pour être dans les sacs, répond M. Olivier.

En fait, la réalité va dans le sens inverse. Si le Publisac venait à disparaître, les hebdos auraient un problème de distribution. 

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Transcontinental est dans une drôle de place actuellement.

Elle imprime sur du papier et sur du plastique, alors que ces deux supports ne traversent pas des moments faciles.

Le papier parce qu’il est vu comme polluant et inutile, dans un monde numérique qui a pris le dessus dans bien des secteurs, notamment en information. (Les auditoires naguère conquis grâce au papier le sont maintenant autrement, par d’autres mécanismes publicitaires, parce qu’ils sont rivés devant des écrans aux coûts de production bien différents.)

Le plastique à cause de l’avenir de la planète. 

Partout, on dit qu’il faut abandonner ce sous-produit du pétrole, trouver d’autres solutions d’emballage, notamment.

Les pailles en plastique sont montrées du doigt. Les couverts jetables. Les emballages. Les sacs.

Dans ce monde, le Publisac a tous les défauts.

Il est fait de plastique. 

Et il est rempli de papier.

Transcontinental sait tout ça. Et cherche des solutions. Le papier utilisé est maintenant fait de fibres recyclées. Les produits de plastique sont sous la loupe, en transformation.

PHOTO OLIVIER JEAN, LA PRESSE

Le nouveau Publisac de TC Transcontinental, fait à 100 % de plastique recyclé et recyclable

Plus tard, à la fin du mois, l’entreprise va commencer à utiliser des sacs plus petits, plus minces, faits à 100 % de plastique recyclé et recyclable. Le tout sera d’abord déployé dans la région montréalaise. 

Cette recherche de solutions, exigée par les circonstances, a aidé la société à se tourner vers le plastique recyclé pour ses autres secteurs d’emballage, note M. Olivier.

Pour l’alimentaire, c’est plus délicat. Pour les matériaux et autres biens non comestibles, le recyclé a un avenir plus proche, plus accessible.

Le défi, actuellement, est la qualité de la matière récupérée.

On a besoin de peaufiner notre tri. À la maison. Dans les centres de tri, pour que les fabricants de plastique recyclé aient accès à du beau déchet.

Le Québec, dit l’homme d’affaires, a besoin de réapprendre quoi mettre et comment le mettre dans les bacs à recyclage. Si on veut que nos détritus trouvent vraiment une deuxième vie, sinon une troisième et une quatrième, il faut tous faire de nouveaux efforts.

Juste sortir les papiers des sacs du Publisac est un premier pas ! 

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Transcontinental, l’imprimeur de papier et de plastique, l’éditeur, est donc au cœur de toutes sortes de transitions. Les investisseurs suivent tout ça. L’action n’est pas en super forme.

Mais la société cherche des solutions.

Et demande, elle aussi, un coup de main.

Du public, pour qu’il se donne la peine de comprendre les enjeux environnementaux au-delà des clichés. Pour qu’il appuie ses journalistes locaux.

Des gouvernements, qui devraient subventionner les médias comme ils subventionnent les arts, et qui pourraient commencer par faire paraître des annonces dans les journaux nationaux et locaux.

« C’est fondamental », affirme le président de TC Transcontinental. Et effectivement, tant qu’à donner de l’argent aux médias en difficulté, pourquoi ne pas en profiter pour y publier du contenu sinon affiché ailleurs ?

Parce que toute page publiée comme support à une annonce est une page aussi ouverte à du contenu journalistique. 

Et ça, on en a tous besoin.