Pour une deuxième année de suite, la Caisse de dépôt et placement a généré à son premier semestre des rendements financiers qui ont été inférieurs à ceux de son indice de référence. À la différence que, cette année, l’écart défavorable s’est creusé avec son indice comparable en raison notamment de la contre-performance du portefeuille immobilier et d’infrastructures de l’institution.

Jean-Philippe Décarie Jean-Philippe Décarie
La Presse

À peu près à la même date l’an dernier, dans la foulée du dévoilement des résultats du premier semestre 2018, j’avais écrit une chronique qui s’intitulait « La Caisse décide de jouer fessier » pour expliquer la position défensive qu’avait décidé de prendre le bas de laine des Québécois.

La Caisse venait d’enregistrer un rendement de 3,3 % pour les six premiers mois de l’année, alors que son indice de référence avait produit des gains de 3,5 %.

Après neuf années de croissance économique soutenue et de rendements boursiers à l’avenant, la Caisse avait entrepris de réaligner son portefeuille d’actions vers des titres plus résilients, capables de traverser une période beaucoup plus volatile marquée notamment par le resserrement des conditions de crédit. Une réalité que tous appréhendaient avec raison.

Mais l’histoire s’est toutefois répétée cette année. La Caisse a été en mesure de générer un rendement de 6,1 % pour les six premiers mois de 2019, mais l’indice auquel elle se mesure a produit des gains de 7,5 %.

L’écart défavorable s’est creusé notamment en raison de la performance plus modeste du portefeuille d’actions de la Caisse, qui a produit un rendement – tout de même fort respectable – de 8,6 % contre 9,4 % pour celui de l’indice de référence.

Non seulement le portefeuille d’actions plus résilient de la Caisse n’a pas généré autant de rendement parce qu’il est de nature plus défensive, mais encore il faut rappeler que la forte exposition de la Caisse au titre de SNC-Lavalin lui a coûté 700 millions en dévalorisation au cours du seul premier semestre.

Soulignons que le titre de SNC-Lavalin a aussi perdu depuis le 1er juillet un autre 25 % de sa valeur, mais cela n’a pas empêché hier Michael Sabia d’affirmer croire toujours à un possible redressement de la multinationale de l’ingénierie.

La situation de SNC-Lavalin, on le comprend très bien, est suivie de très près par la Caisse, qui a misé gros dans son développement international. Chose curieuse, l’institution n’a pas encore exigé d’avoir un représentant au conseil d’administration de la firme montréalaise comme elle est en droit de l’obtenir.

Immobilier et infrastructures à la traîne

Même si la Caisse de dépôt a continué d’aborder le marché boursier de façon défensive au premier semestre 2019, son portefeuille a généré près de 70 % de son rendement total, soit 12,6 milliards sur une valorisation globale de 18,4 milliards.

Le petit train de la résilience a aussi permis à la Caisse de mieux traverser le très fort recul des marchés de l’automne dernier. On peut donc très bien s’en accommoder, d’autant que les États-Unis ont enregistré, en juillet dernier, une dixième année de croissance économique, éclipsant la plus longue période de prospérité continue qui avait été observée à ce jour, de 1991 à 2001.

L’autre catégorie d’actifs qui a contribué à la valorisation du bas de laine des Québécois a été celle des revenus fixes, avec des gains de 6,4 milliards.

Ce qui est préoccupant dans les plus récents résultats de la Caisse, c’est la performance négative qu’a enregistrée la catégorie des actifs réels, celle qui regroupe les placements immobiliers et les infrastructures.

La Caisse a terminé son premier trimestre avec un rendement de - 1,4 %, alors que son indice de référence a réalisé une performance de 3,4 %. On parle ici d’une baisse de valeur de près de 1 milliard du portefeuille d’actifs réels de 64,2 milliards.

Le PDG de la Caisse a raison de rappeler qu’on ne peut pas juger de la qualité du rendement de tels actifs sur la base d’un seul semestre, que leur valorisation s’actualise dans une perspective de longue durée.

Michael Sabia a énuméré durant la conférence téléphonique d’hier une série de nouveaux investissements que ses équipes de l’immobilier et des infrastructures ont réalisés dans les derniers mois pour bien démontrer que l’on était conscient à la Caisse du potentiel de ces actifs et qu’on adoptait une attitude proactive.

Depuis le début de l’année, la Caisse a pris de nouvelles participations dans des infrastructures de télécommunications et de services de sécurité aux États-Unis, de transport de gaz naturel au Brésil, des projets d’énergie solaire et d’entreprises de logistique.

Bref, on ne se croise pas les bras à la Caisse, mais cela ne signifie pas pour autant que ces nouveaux investissements produiront des rendements à court terme.

Bref, à moins d’un effondrement toujours possible des marchés, ce devrait encore être les placements boursiers et les placements privés qui généreront l’essentiel des rendements de la Caisse pour l’ensemble de 2019, même à la vitesse petit train.