(Montréal) Unifor, le plus important syndicat du secteur privé au pays, estime que l’acquisition du voyagiste québécois Transat A. T. par Air Canada constitue la meilleure option afin d’offrir de la stabilité aux employés des deux compagnies.

Julien Arsenault
La Presse canadienne

Son président, Jerry Dias, a pris position dans ce dossier alors que plusieurs autres syndicats qui représentent des travailleurs de part et d’autre affirment qu’il est encore trop tôt pour se prononcer définitivement.

Dans une lettre ouverte, M. Dias reconnaît que les prises de contrôle sont rarement idéales, mais fait valoir qu’il faut parfois se ranger derrière l’option qui offre le plus de stabilité — dans ce cas-ci, Air Canada.

« Il va y avoir quelque chose avec Transat, alors la question est de savoir ce qui offrira le meilleur atterrissage en douceur, a expliqué M. Dias, mercredi, au cours d’un entretien téléphonique. Et j’aime mieux atterrir avec quelqu’un qui a fait ses preuves dans l’industrie. »

Unifor représente plus de 4000 agents des ventes et du service à la clientèle chez Air Canada, mais aucun employé du côté de Transat A. T. La moitié des quelque 5000 employés du voyagiste sont syndiqués.

M. Dias, qui dit ne pas avoir consulté d’autres leaders syndicaux avant de rédiger sa lettre ouverte, en vient à la conclusion que c’est chez Air Canada qu’il devrait y avoir le moins de turbulences dans une industrie où il y a beaucoup « de hauts et de bas ».

Celui-ci a dit préférer voir la société mère d’Air Transat passer dans le giron du plus grand transporteur aérien plutôt que dans les mains d’une société d’investissement.

« Ces firmes ont la réputation de vouloir faire de l’argent rapidement avant de quitter le navire et c’est ce qui me préoccupe, a expliqué le président d’Unifor. Notre syndicat a eu des expériences terribles avec des firmes d’investissements qui, en fin de compte, ne font que vendre les actifs des sociétés qu’elles achètent. »

Air Canada offre 13 $ pour chaque action de Transat A. T. dans le cadre de son offre, qui prévoit aussi le maintien des marques Transat et Air Transat et du siège social montréalais du voyagiste.

Encore en réflexion

Chez d’autres syndicats concernés par la transaction annoncée le mois dernier, La Presse canadienne a constaté que la prudence semble être de mise.

Au Syndicat canadien de la fonction publique (SCFP), qui représente 9000 agents de bord chez Air Canada et 2000 chez Air Transat, les questions ont été éludées en renvoyant à un communiqué publié le 27 juin. Dans ce document, le syndicat ne prenait pas position clairement et indiquait vouloir « défendre » les travailleurs des deux sociétés.

À l’Association internationale des machinistes et des travailleurs de l’aérospatiale (AIMTA), qui représente des syndiqués notamment affectés à l’entretien chez Transat A. T., le son de cloche a été similaire.

« Je ne vais pas parler pour Unifor, mais de notre côté, nous voulons obtenir plus de détails », a dit le président-directeur général de la section 140, au cours d’un entretien téléphonique.

L’Association des pilotes d’Air Canada, qui compte plus de 4000 membres, a abondé dans le même sens. Dans un courriel, un porte-parole, Christopher Praught, a indiqué que le dossier faisait toujours l’objet d’une analyse et qu’il serait « inapproprié » de spéculer à ce moment-ci.

Transat A. T. et Air Canada estiment que la clôture de leur regroupement se fera au début de 2020. La transaction devra être approuvée par au moins les deux tiers des actionnaires de Transat A. T. Cependant, elle pourrait encore se heurter à de nombreux obstacles, dont un examen minutieux des autorités réglementaires, l’opposition d’importants actionnaires ainsi que la possibilité que d’autres offres soient déposées.

Letko, Brosseau et associés, plus important actionnaire du voyagiste avec une participation légèrement inférieure à 20 %, avait déjà fait savoir, par l’entremise de certains médias, qu’il s’opposait au prix de 13 $ par action.

Le Fonds de solidarité FTQ ainsi que la Caisse de dépôt et placement du Québec, qui détiennent respectivement des participations de 11,56 % et de 5,83 %, n’ont pas encore dévoilé leurs intentions.