Face à la « tourmente médiatique » dans laquelle le monde de l'agriculture se trouve depuis le début de l'année et devant les doléances des consommateurs, La Coopérative fédérée croit qu'il faut « remettre les pendules à l'heure ».

Publié le 19 avr. 2019
MARIE-EVE FOURNIER LA PRESSE

Vous avez l'impression que l'agriculture a occupé beaucoup de place dans les médias ces derniers temps ? Votre intuition ne vous trompe pas.

La Coop fédérée a demandé à la firme Influence Communication, spécialisée dans l'analyse du contenu des médias, de calculer le nombre de reportages au sujet de l'industrie pour avoir un recensement précis. Résultat, il y en a eu 1740 au Québec en février et mars. Et ils étaient généralement peu flatteurs.

« C'était plus négatif qu'on pensait. C'est pour ça qu'on s'est dit qu'il fallait remettre les pendules à l'heure », a confié en entrevue avec La Presse le chef de la direction de La Coop fédérée, Gaétan Desroches, après une conférence devant les membres de la Chambre de commerce du Montréal métropolitain. Fait à souligner, c'était la première fois en près de 100 ans d'existence de La Coop fédérée que l'un de ses présidents prenait la parole à cette tribune.

Dans une vaste salle remplie, Gaétan Desroches a rappelé que le ministre de l'Agriculture, les fonctionnaires, les agronomes, les entreprises privées, les militants, les chercheurs et les lobbyistes avaient tous « été pris à partie » pour une raison ou une autre. « Tout le monde y est passé. C'était de toute beauté », a-t-il ironisé.

La culture de la méfiance

Le dirigeant, agronome de formation, s'est dit particulièrement interpellé et peiné par « l'incohérence des consommateurs ». Sans vouloir les critiquer, il estime que ceux-ci doivent faire leur bout de chemin.

« Le citadin dit qu'il veut avoir des produits de proximité, des produits dont il contrôle la biosécurité, des produits qui vont assurer la survie des régions. Et quand il arrive sur les tablettes, il prend ce qu'il y a de moins cher, même si le concombre vient de l'Inde. C'est le portefeuille qui parle. Moi, c'est ça qui me touche le plus présentement », a-t-il dit en entrevue.

Gaétan Desroches a fait remarquer à l'auditoire que le consommateur n'a plus de « mononcle » qui possède une ferme pour lui dire comment ça se passe dans la vraie vie. Ainsi, « il y a deux solitudes, les urbains et les ruraux », a-t-il déploré, tout en convenant que cette situation est « normale ».

Le grand patron de La Coop fédérée a aussi regretté le fait « qu'il y a une culture de la méfiance qui s'est développée face aux chercheurs et à la recherche ». Il a rappelé que son industrie investit beaucoup en recherche et développement, notamment pour utiliser moins de pesticides et améliorer le bien-être animal.

Il a aussi insisté sur la volonté des agriculteurs de prendre soin de la planète. Car à son avis, il s'agit de la perception la plus fausse de toutes au sujet du monde agricole.

« Le rendement à tout prix, ce n'est pas vrai, ça. Ce n'est plus vrai du tout. Les technologies l'aident beaucoup. [...] Les terres se transfèrent de génération en génération. Donc, la préservation du sol [c'est important]. »