Des pommes de terre québécoises pousseront bientôt en sol latino-américain. Les semences d’ici font peu à peu leur marque à Cuba et en Uruguay, ce qui permet à l’industrie de décrocher ses premiers contrats importants.

Nathaëlle Morissette Nathaëlle Morissette
La Presse

Cet automne, l’Uruguay recevra environ 288 tonnes métriques de pommes de terre d’ici, alors qu’en 2020, 5000 tonnes métriques de semences — l’équivalent de 220 000 poches de patates de 50 livres — devraient arriver par bateau à Cuba, une première commande qui générera des retombées économiques de 3 millions.

La Belle Province peut ainsi espérer reprendre le créneau occupé pendant des années par le Nouveau-Brunswick et l’Île-du-Prince-Édouard, qui ont longtemps dominé le marché cubain. Leurs exportations ont toutefois chuté pour des raisons de qualité et un manque de variété. C’est du moins ce qu’observe Carlos Martin, spécialiste en phytopathologie et consultant en pommes de terre.

En mettant les pieds dans les champs québécois à son arrivée ici, en 2012, il a vite constaté « qu’il y avait un potentiel important » pour l’exportation de semences de pommes de terre. Le Québec, avec ses nombreuses variétés de patates, a tout ce qu’il faut pour vendre ses semences à Cuba, mais aussi à d’autres pays d’Amérique latine où la demande en pommes de terre fraîches, sous forme de frites ou de croustilles, est de plus en plus grande, analyse-t-il.

Depuis plus de sept ans, le spécialiste d’origine chilienne et André Gagnon, président de Progest, entreprise en recherche et développement dans le domaine de la pomme de terre, ont fait plus d’une vingtaine d’allers-retours entre les champs de patates d’ici et ceux de Cuba. Ils se sont également rendus en Uruguay. Et, au cours des dernières années, une délégation cubaine a également visité les champs québécois, notamment à Péribonka, au Lac-Saint-Jean. Échanges, test de sols, expérimentation : rien n’a été laissé au hasard.

Les efforts des deux hommes et de leur équipe ont porté leurs fruits puisque les deux pays sèmeront sur leurs terres des patates 100 % québécoises.

Ce sont cinq variétés de pommes de terre qui seront semées dans l’île de Cuba. « Le choix a été fait par les Cubains en fonction du rendement, explique M. Gagnon, qui agit également à titre d’exportateur. Il faut qu’elles soient bien adaptées à la chaleur. »

Les semences québécoises se retrouveront dans les champs des provinces de Ciego de Avila, de Matanzas et de Mayabecque, toutes situées à l’est de La Havane.

L’Uruguay et Cuba ne sont que le début de l’aventure, selon André Gagnon. Des discussions ont déjà été entamées avec le Venezuela ainsi qu’avec le Brésil, qui souhaite pour sa part cultiver des pommes de terre destinées à l’industrie des frites congelées. La République dominicaine compte également parmi les prochaines destinations à conquérir.

Pourquoi le Québec ?

Pour le moment, les Européens occupent le marché de l’exportation de semences en territoire latino-américain en raison des nombreuses variétés que l’on retrouve sur le Vieux Continent et des moyens déployés par les gros pays exportateurs, comme les Pays-Bas, pour faire leur marque. En raison du climat, moult pays latino-américains ne peuvent utiliser leurs propres semences, car elles développent des maladies.

« La porte est ouverte [pour le Québec] », affirme M. Martin.

« Nos hivers coupent le cycle de maladies. C’est mon objectif de gruger les Européens dans ce marché-là. » — André Gagnon, président de Progest

La proximité géographique représente également un argument de taille.

« Au Québec, on a un potentiel intéressant. On a une bonne qualité phytosanitaire. C’est sûr qu’on va encourager ça. La semence, ça ne représente pas de gros volumes, mais ce sont des volumes qui sont payants », indique pour sa part Clément Lalancette, directeur général des Producteurs de pommes de terre du Québec.

« La consommation de pommes de terre à l’état frais est en perte de vitesse depuis 30 ans au Québec, ajoute André Gagnon. Si on veut augmenter de façon importante notre production, le seul secteur de marché qui nous reste, c’est l’exportation. »

Les semences québécoises en chiffres 

17,3 % Hausse annuelle des exportations de semences québécoises entre 2008 et 2017

1,5 million de dollars Ventes québécoises de semences de pommes de terre à l’étranger en 2017

17 000 Quantité (en tonnes métriques) de semences importées par Cuba en 2017

8 % Diminution de la consommation de pommes de terre (fraîches, croustilles, surgelées) au Canada de 2008 à 2017

Sources : Portrait diagnostic sectoriel de l’industrie de la pomme de terre au Québec, Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec