Hydro-Québec, Innergex et la communauté inuite d’Inukjuak ont conclu une entente qui constitue une première dans l’électrification d’une quinzaine de communautés isolées du Nord québécois qui dépendent pour l’instant du mazout. 

HÉLÈNE BARIL HÉLÈNE BARIL
La Presse

Une centrale hydroélectrique de 125 millions de dollars sera construite pour remplacer le mazout par de l’électricité pour les 1800 habitants de ce village du Nunavik.

Cette entente vient avec un coût élevé. Hydro-Québec achètera l’énergie produite par la nouvelle centrale à un prix de 40 cents le kilowattheure pendant 40 ans. La société d’État investira aussi 40 millions dans l’amélioration de son réseau de distribution et dans la construction d’une nouvelle centrale au mazout qui servira de police d’assurance.

Malgré ce coût élevé, cette solution est en réalité une importante économie pour Hydro-Québec. Elle lui permettra de réduire de 20 % ce qu’il lui en coûte actuellement pour desservir Inukjuak. « On parle actuellement de 50 cents le kilowattheure pour l’électricité produite avec le mazout et on le réduit de 20 % », a indiqué hier Éric Filion, président d’Hydro-Québec Distribution.

Selon lui, le projet, qui sera soumis à la Régie de l’énergie pour approbation, pourrait servir de modèle pour la vingtaine d’autres communautés non branchées au réseau d’Hydro-Québec, avec des installations adaptées à chacune d’entre elles.

Inukjuak a la particularité d’avoir une rivière qui peut produire de l’électricité. C’est Innergex qui construira la centrale au fil de l’eau (sans réservoir) d’une capacité de 7,5 mégawatts sur la rivière Inukjuak. L’entreprise, dont le siège social est à Longueuil, aura comme partenaire la corporation financière Pituvik, qui détient les droits sur les terres au nom de la communauté.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

Éric Filion, président d’Hydro-Québec Distribution, Éric Atagotaaluk, président de Pituvik, et Michel Letellier, président d’Innergex

« Ce projet est issu d’un désir vieux de 10 ans. » — Éric Atagotaaluk, président de Pituvik

Le projet va plus loin que la construction d’une centrale, a ajouté Éric Atagotaaluk. Les foyers d’Inukjuak seront convertis au chauffage électrique avec l’aide du gouvernement du Québec, de l’Office municipal d’habitation Kativik et de Transition énergétique Québec.

La future centrale permettra de réaliser un autre projet important pour la communauté, celui d’alimenter une serre pour faire pousser des légumes à l’année. « Les légumes frais sont très chers, parce qu’ils viennent en avion », a-t-il expliqué.

En plus de créer des emplois localement, le projet devrait aussi réduire la facture énergétique des habitants de la communauté.

Réduction de GES

La centrale hydroélectrique fera diminuer de 80 % les émissions de gaz à effet de serre (GES), comparativement à la production d’électricité actuelle au mazout. Sur 40 ans, cette réduction atteindra 700 000 tonnes, selon les calculs d’Hydro-Québec.

Une nouvelle centrale au mazout sera construite pour servir en cas de besoin, en hiver, si l’hydraulicité n’est pas au rendez-vous. Selon Éric Filion, les autres solutions plus vertes — éoliennes, stockage ou panneaux solaires — étaient moins optimales que la centrale thermique.

Si la Régie donne son aval, la construction de la centrale pourrait commencer en 2020 et la production d’électricité, en 2022. Le contrat d’approvisionnement avec Hydro-Québec est d’une durée de 40 ans, avec la possibilité d’une prolongation de 20 ans.

Pour Innergex, le projet devrait générer un bénéfice d’exploitation dès la première année d’activités. Selon son président, Michel Letellier, il s’agit aussi d’une première pour son entreprise, qui n’a jamais travaillé aussi loin dans le Nord. Innergex exploite des centrales hydroélectriques, des parcs éoliens et des parcs solaires d’une capacité totale de 2000 mégawatts.

Électrification des réseaux autonomes

Hydro-Québec a entrepris de remplacer le mazout par de l’électricité dans les 22 communautés qui ne sont pas branchées à son réseau. L’approvisionnement des réseaux autonomes est très cher compte tenu du prix du combustible et du fait que la plupart des centrales atteignent la fin de leur vie utile. Dans le Grand Nord, le coût de fourniture pour Hydro dépasse les 50 cents par kilowattheure, comparativement à un coût moyen de 3 cents pour la clientèle branchée à son réseau.

D'autres projets en cours

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Les Îles-de-la-Madeleine

Îles-de-la-Madeleine L’archipel sera branché au réseau principal d’Hydro-Québec en 2025 grâce à des câbles sous-marins liés depuis la Gaspésie. Une centrale thermique sera maintenue comme relève en cas de panne.

PHOTO OLIVIER PONTBRIAND, ARCHIVES LA PRESSE

Le village de La Romaine

Village de La Romaine Le village de La Romaine, sur la Basse-Côte-Nord, sera raccordé au réseau principal en 2020 et la centrale au diesel qui l’alimente sera démantelée.

PHOTO TIRÉE DE FLICKR

Le village de Quaqtaq

Quaqtaq Un parc de 69 panneaux solaires et des installations de stockage ont été aménagés dans la communauté de Quaqtaq, au Nunavik, dans le cadre d’un projet-pilote.