Une nouvelle flotte de taxis électriques pourrait bien réapparaître dans les rues de Montréal au cours des prochains mois.

Simon-Olivier Lorange Simon-Olivier Lorange
La Presse

Au dernier jour du nouvel appel d’offres pour racheter les actifs de Taxelco, société-mère de Téo Taxi, Taxi Diamond et Taxi Hochelaga, l’entreprise québécoise E-Taxi a déposé une offre au syndic Richter.

La société souhaite ni plus ni moins relancer Téo Taxi avec un modèle d’affaires qu’elle estime « plus profitable et plus efficient ».

E-Taxi a été fondée en 2017 par le duo père-fils de Yung et Fabien Cuong. Le paternel travaille depuis plusieurs années dans l’industrie du transport, fournissant notamment des services dans le réseau de la santé.

Surtout, E-Taxi est l’unique concessionnaire canadien du fabriquant de véhicules électriques chinois BYD, qui a récemment obtenu le feu vert de Transports Canada pour être distribué au pays. Son plan d’affaires prévoit que les chauffeurs de taxi prennent le volant du modèle e6 commercialisé par BYD. « Conçue pour le taxi », selon Fabian Cuong, cette voiture est censée offrir une autonomie de 400 km, même l’hiver.

« L’une des grosses lacunes de Téo, c’était les véhicules utilisés », a-t-il affirmé hier soir, en entrevue avec La Presse en compagnie de son père.

« Garantie d’ouvrage »

Plutôt que de conserver le modèle employeur-salarié préconisé par Téo, E-Taxi veut plutôt mettre de l’avant un modèle de « travailleur autonome avec une garantie d’ouvrage », a expliqué Fabien Cuong.

« Téo ne pouvait pas fonctionner en payant 15 $ de l’heure à ses chauffeurs même en dehors des heures de pointe », a renchéri Yung Cuong.

L’entreprise souhaite toutefois « garantir » du travail à ses chauffeurs en créant des partenariats avec des « donneurs d’ouvrage », comme le Casino ou l’aéroport, par exemple, où la demande est élevée.

En outre, selon la vision des Cuong, les chauffeurs seraient propriétaires de leur véhicule, comme dans le modèle traditionnel de l’industrie du taxi. La société leur fournirait toutefois une solution « clé en main », en partenariat avec une institution financière. Ce faisant, en échange d’un montant fixe par mois, un chauffeur obtiendrait un véhicule électrique, une borne de recharge à la maison, des assurances ainsi qu’un cellulaire – les courses seraient transmises par l’entremise d’une application.

Les chauffeurs demeureraient par ailleurs propriétaires de leur permis.

Les co-fondateurs d’E-Taxi avancent que leur modèle ferait économiser « de 7000 à 10  000 $ par année » aux chauffeurs qui travaillent présentement dans l’industrie avec des voitures à essence. Nous n’avons toutefois pu contre-vérifier ce calcul hier soir.

En achetant Taxelco, E-Taxi démarrerait donc un « Téo 2 », mais garderait en activité Hochelaga et Diamond, dont les chauffeurs pourraient conserver leur véhicule à essence, mais seraient fortement incités à adopter un modèle électrique au moment de renouveler leur voiture.

Ce faisant, Yung Cuong a la prétention d’envoyer sur la route « 2000 taxis électriques d’ici deux ans, sans subvention ». Il interpelle donc « tous les intervenants pour électrifier les véhicules de l’île de Montréal et de la province ».

Solidarité

L’entrepreneur affirme que c’est le dépôt du projet de loi 17 sur la déréglementation de l’industrie du taxi qui l’a incité à déposer une offre pour Taxelco, par « solidarité » avec les chauffeurs actuels.

Fabien et Yung Cuong comptent par ailleurs déposer un mémoire le 9 mai prochain devant la commission parlementaire qui étudie ce projet de loi « qui manque encore beaucoup de peaufinement », selon Fabien.

Du reste, E-Taxi affirme avoir une commande de 50 véhicules fin prête à arriver au Canada, mais attend que la tempête provoquée par le dépôt du projet de loi se calme avant de les mettre en marché ici.

« Les propriétaires de taxi n’ont pas le cœur à électrifier leur voiture pour le moment », conclut Yung Cuong.

Rappelons que le syndic Richter a relancé la semaine dernière une nouvelle ronde d’appel d’offres d’achat pour Taxelco, après que les négociations avec des premiers acheteurs potentiels eurent achoppé. Éric Boyko, PDG de Stingray, et Pierre Karl Péladeau, PDG de Québecor, avaient notamment déposé des offres.