Alors que la survie du gouvernement Harper est en jeu et qu'Ottawa tient à éliminer son déficit d'ici 2015, le ministre des Finances Jim Flaherty propose un saupoudrage de 2,3 milliards de dollars en nouvelles dépenses en 2011-2012. L'objectif du grand argentier du pays: séduire le NPD pour éviter des élections générales au printemps.

Mis à jour le 22 mars 2011
Joël-Denis Bellavance
Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

En déposant son sixième budget, mardi, à la Chambre des communes, M. Flaherty a fait un petit bout de chemin pour répondre à certaines demandes du NPD, sans toutefois renoncer aux grandes orientations budgétaires du gouvernement Harper, soit le maintien des réductions d'impôts aux entreprises. Le fardeau fiscal des particuliers demeure aussi essentiellement inchangé.

Mais le chef du NPD, Jack Layton, a décidé de faire durer le suspens sur les intentions de son parti. Il annoncera mercredi, à l'issue d'une réunion du caucus de son parti, si le NPD appuiera ou non le budget du gouvernement Harper. Minoritaires aux Communes, les conservateurs ont besoin de l'appui d'un des trois partis de l'opposition pour se maintenir au pouvoir.

Ainsi, M. Flaherty accepte de bonifier le Supplément de revenu garanti pour les aînés les plus démunis. Cette mesure -une demande du NPD- permettra à certaines personnes âgées vivant seules de toucher 600$ de plus par année tandis que les couples obtiendront 840$. À elle seule, cette mesure coûtera 300 millions de dollars par année.

M. Flaherty accepte aussi une autre demande du NPD en reconduisant pour une autre année le programme de rénovations domiciliaires ÉcoÉnergie -une dépense de 400 millions de dollars. Mais le ministre a écarté les autres exigences de Jack Layton, soit l'annulation de la TPS sur les factures de chauffage, l'embauche de nouveaux médecins et une bonification du régime de pension du pays.

Le ministre Flaherty a aussi fait un petit clin d'oeil aux libéraux de Michael Ignatieff en instaurant un nouveau crédit d'impôts non remboursable de 15% applicable à un montant de 2000$ pour les aidants naturels qui s'occupent d'un proche malade. Cette mesure coûtera 40 millions cette année et 160 millions l'an prochain.

Il reprend aussi à son compte l'idée des libéraux pour améliorer les soins de santé offerts dans les régions rurales en proposant d'effacer les prêts étudiants jusqu'à concurrence de 40 000$ pour les nouveaux médecins de familles et 20 000$ pour les infirmiers.

Le ministre entend aussi établir une panoplie de nouveaux crédits d'impôt. Les pompiers volontaires se verront offrir un crédit d'impôt de 3000$ s'ils effectuent au moins 200 heures de service. Les parents qui inscrivent leurs enfants à des activités artistiques pourront obtenir un crédit d'impôt de 15% sur un montant maximal de 500$.

Pour encourager la création d'emplois, Ottawa mise sur l'instauration d'un crédit temporaire à l'embauche pour les petites entreprises, «la pierre d'assise de l'économie canadienne». Cette mesure, qui coûtera 124 millions de dollars cette année, offrira un crédit ponctuel pouvant atteindre 1000$ pour atténuer la hausse des cotisations d'assurance-emploi prévue en 2011 pour les employeurs qui embauchent de nouveaux employés.

Dans son discours aux Communes, le ministre s'est félicité de la bonne tenue de l'économie canadienne dans la foulée de la crise économique. «Le Canada émerge de la récession mondiale comme étant l'une des économies avancées les plus performantes. Tout au long de la récession, la communauté internationale a considéré le Canada comme un modèle et une source d'inspiration», a affirmé le ministre aux Communes.

M. Flaherty a aussi réitéré la promesse d'éliminer le déficit au plus tard en 2015 sans augmenter les impôts et sans couper dans les paiements de transfert aux provinces. Pour le ministre, il est essentiel de maintenir les impôts des entreprises bas pour protéger l'avantage fiscal du Canada.

Jim Flaherty a enfin plaidé pour l'adoption de son plan budgétaire et exhorté les partis de l'opposition à ne pas provoquer d'élections générales.

«L'heure n'est pas à l'instabilité. Un climat instable compliquerait les activités de planification et d'expansion des entreprises canadiennes. Il détournerait l'investissement vers d'autres pays. Il mettrait en péril les progrès que nous avons accomplis», a affirmé le ministre.

«Le Parlement doit maintenant faire un choix. Il doit choisir entre la stabilité et l'incertitude. Entre les principes et l'opportunisme», a-t-il ajouté.