Après des mois d'enquête, l'Autorité des marchés financiers (AMF) a finalement fait des perquisitions dans le dossier de Nil Lapointe, ce financier qui a floué des centaines d'investisseurs.

Mis à jour le 24 févr. 2010
Francis Vailles
Francis Vailles LA PRESSE

Cette «opération de perquisitions» a été réalisée la semaine dernière, a indiqué le porte-parole de l'AMF, Sylvain Théberge, soit quelques jours après l'annonce du suicide de Nil Lapointe. Les perquisitions ont été faites «à un ou des endroits jugés pertinents pour la poursuite de l'enquête», a dit M. Théberge à La Presse Affaires. Pas moyen de savoir, cependant, où ont été faites ces perquisitions ni quels individus et entreprises elles visaient.

Nil Lapointe et son organisation de croissance personnelle, Tanzanite, ont fait perdre des dizaines de millions de dollars à un groupe de 150 à 500 investisseurs, selon nos informations.

L'AMF enquête depuis plusieurs mois sur cette affaire, mais a rencontré de la résistance. «Nous avons eu beaucoup de difficultés en raison du manque de collaboration des investisseurs», a dit M. Théberge, selon qui l'enquête débloque depuis l'annonce de la mort de Nil Lapointe et de la perte des fonds.

L'équipe de Nil Lapointe décourageait les investisseurs à informer adéquatement l'enquêteur de l'AMF au dossier, selon un échange de courriels obtenus par La Presse. «Si vous avez reçu ou recevez un appel de cette personne, nous sommes disponibles pour répondre à vos questions. Nous avons travaillé très fort pour régler la situation dans laquelle nous nous trouvons présentement et il serait dommage d'en retarder encore la fin», est-il écrit dans le courriel, signé par Nil et son équipe, en août 2009.

L'échange de courriels que nous avons obtenu, qui s'étend de 2005 à 2010, est une suite habile d'explications vagues, mois après mois, pour justifier le présumé blocage des fonds des investisseurs en Europe. Malgré tout, les dirigeants invitaient les membres à voir les choses positivement.

«Pouvons-nous voir ce que nous avons appris de cet événement? En sortons-nous grandis? En sortons-nous de meilleurs individus? En sortons-nous avec une autre compréhension de l'argent, de cette énergie?» écrivent-ils aux membres de Tanzanite.

Jusqu'en 2008, en plus de Nil Lapointe et Claudé Hamel, une autre personne clé agissait comme gestionnaire du groupe: Pierre Dagenais. Selon l'un des investisseurs qui a communiqué avec La Presse, «Claudé et Pierre se partageaient chacun la moitié du groupe, avec chacun leur secrétaire. M. Dagenais a quitté le groupe en 2008 pour retourner vivre au Costa Rica, nous a-t-on dit à cette époque».

Par ailleurs, l'intermédiaire financier Sylvain Tellier, représentant d'une des firmes qui ont investi dans Tanzanite, a finalement rappelé La Presse Affaires, lundi. Il soutient n'avoir pas répondu à nos appels, la semaine dernière, parce qu'il était en vacances au Mexique.

Sylvain Tellier est ce représentant de la firme Alternative Wealth Management, située dans un paradis fiscal des Caraïbes, par laquelle les fonds de ses clients ont été placés dans l'organisation de Nil Lapointe.

Au téléphone, Sylvain Tellier dit être lui-même une victime de Nil Lapointe, qui lui a fait perdre 50 000$. La dizaine de clients d'Alternative et de son entreprise du Québec, Stellcorp, y ont perdu 100 000$ environ, affirme M. Tellier.

Les fonds d'Alternative ont été entièrement placés dans Tanzanite. Ses clients ne savaient pas qu'ils plaçaient des fonds dans Tanzanite. Ils croyaient plutôt qu'ils étaient investis dans les matières premières et les devises, ce qu'était censée faire Tanzanite.

Sylvain Tellier admet n'avoir jamais su précisément dans quoi investissait Tanzanite (or, argent, pétrole?). Il dit n'avoir aucune formation en finance, mais prétend qu'il n'avait pas besoin de permis pour agir comme intermédiaire entre ses clients et Tanzanite. Ses cartes d'affaires indiquaient «facilitateur financier». «Je vais tout expliquer à l'AMF», a-t-il dit.