En juillet 1996, une petite maison défiait les pluies diluviennes, s'accrochait bravement sur la rivière Chicoutimi et devenait un symbole de résilience pour les Saguenéens qui s'ajoute à leur riche folklore.

Rudy Le Cours LA PRESSE

Malgré ces indéniables attributs, l'économie canadienne ne résistera pas de la sorte à tempête économique qui déferle.

Elle a décroché à l'automne et a été emportée durant l'hiver dans le tourbillon auquel rien ne paraît résister.

D'aucuns croient même qu'elle a été plus durement frappée encore que l'américaine, même si le produit intérieur brut réel (PIB) a reculé de 3,4% au Canada durant l'automne contre 6,2% aux États-Unis, en rythme annuel.

 

Le produit intérieur brut réel capte le rythme de la production des biens et des services, mais il ne tient pas compte des variations du pouvoir d'achat, pourtant en diminution rapide au Canada.

Depuis juillet, le prix des produits de base, et du pétrole surtout, s'est effondré. Le Canada reçoit moins d'argent pour ce qu'il exporte, mais l'affaiblissement du huard gonfle les prix de ce qu'il achète de l'étranger. C'est ce qu'on appelle la détérioration des termes de l'échange.

Pour mesurer la variation du pouvoir d'achat, il faut plutôt recourir au concept de Revenu intérieur brut réel (RIB). En temps normal, RIB et PIB évoluent en parallèle. Cela n'a pas été le cas au cours de la décennie présente. La poussée des prix des produits de base a d'abord gonflé le RIB plus vite que le PIB. Leur chute le dégonfle aussi plus rapidement.

Dépendance

Le RIB réel a diminué de 15,2% au Canada au quatrième trimestre contre 1,8% seulement aux États-Unis, selon les calculs de James Marple, économiste chez TD Groupe financier. «Si notre système financier a su éviter bien des écueils sur lesquels se sont brisés d'autres pays, le Canada ne peut pour autant échapper à la débandade économique mondiale, écrit-il dans un rapport spécial. Il sera dépendant des résultats de la reprise mondiale qui créera de la demande pour ses biens et contribuera au bien-être des Canadiens.»

Ce constat pessimiste paraît appuyé par l'histoire récente.

Dans le dernier numéro de l'Observateur économique canadien, l'analyste en chef de Statistique Canada a comparé les dernières récessions canadiennes et américaines afin d'en établir la relation. «La gravité d'une récession au Canada est habituellement déterminée par l'évolution de la demande intérieure et non par les exportations, observe Philip Cross. La baisse sans précédent de nos termes de l'échange à la fin de 2008 suggère que la récession mondiale jouera un rôle déterminant dans les dépenses intérieures.»

Le recul du pouvoir d'achat du consommateur est en partie masqué par la chute des prix à la pompe. Pour les entreprises, cependant, acheter des machines et de l'équipement est vite devenu une dépense somptuaire plutôt qu'une aubaine.

Il reste que le consommateur canadien n'est pas encore aussi étranglé que l'américain parce que la valeur de sa maison ne s'est pas effondrée. L'urgence d'épargner est chez lui moins forte, fait remarquer Yanick Desnoyers, économiste en chef adjoint à la Financière Banque Nationale. «Personne ne peut l'affirmer avec certitude, mais il se pourrait bien que ce soit l'une des raisons fondamentales qui poussent la Banque du Canada à anticiper une reprise plus rapide en 2010 que dans les autres pays du G7.»

Cela dit, à la différence du FMI qui a anticipé jusqu'ici avec beaucoup d'acuité l'aggravation de la récession, notre banque centrale, malgré ses incontestables mérites, a eu tendance depuis deux ans à voir un peu la vie en Technicolor...