Le Collège des médecins a annoncé jeudi la suspension officielle de toutes les restrictions d’accès à la pilule abortive au Québec, soit l’échographie et la formation obligatoire des médecins. Une nouvelle qui réjouit le milieu médical.

Publié le 14 juillet
Lila Dussault
Lila Dussault La Presse

Cette annonce fait suite à la demande écrite de plus de 300 médecins au début du mois de juillet qui demandait au Collège des médecins de se rallier à la position de Santé Canada concernant l’accès à la pilule abortive.

Le Québec était, jusqu’à jeudi, la seule province canadienne où une formation spécifique était exigée des médecins pour prescrire la médication permettant un avortement à 9 semaines ou moins de grossesse.

De plus, une échographie de datation, pour déterminer le nombre de semaines de gestation, était aussi exigée au Québec jusqu’à jeudi, même si la mesure avait été assouplie pendant la pandémie. Et ce, malgré le fait que Santé Canada n’exigeait plus une telle intervention depuis 2019.

« Le rôle du Collège est d’assurer la protection du public, mais il a aussi le devoir de veiller à ce que ses règles reflètent les avancées de la science, les données probantes, et l’évolution de la société, a affirmé Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins, par communiqué jeudi. C’est ce qu’il fait aujourd’hui. »

Rappelons qu’il existe deux façons d’obtenir un avortement en début de grossesse au Canada : la méthode chirurgicale, pratiquée en clinique, ou la méthode pharmacologique (pilule abortive). Celle-ci permet d’interrompre une grossesse de 9 semaines ou moins après la prescription d’un médicament, le Mifegymiso.

« La décision récente de la Cour suprême américaine sur l’avortement a ramené à l’avant-plan la question de l’accès à la pilule abortive au Québec, indique le Collège des médecins dans un avis rendu public jeudi. Cette question était à l’étude au Collège depuis janvier dernier afin d’actualiser les directives en vigueur et de favoriser l’accès à cette médication, à la lumière des données probantes recueillies et analysées sur l’utilisation de la pilule abortive. »

Bonifier rapidement l’accès à la pilule abortive

Les réactions face à la nouvelle n’ont pas tardé. « Nous saluons le geste posé par le Collège des médecins visant à rendre plus accessible la pilule abortive », ont écrit quatre directeurs et directrices de départements d’obstétrique-gynécologie d’hôpitaux du Québec, de même que le président et vice-président de l’Association des obstétriciens gynécologues du Québec, dans une lettre envoyée à La Presse.

« Nous proposons de mettre en place un service téléphonique centralisé pour la prescription de la pilule abortive avec l’établissement de corridors de services efficaces pour les personnes qui choisiraient l’avortement chirurgical, ou encore qui nécessiteraient une évaluation en personne », écrivent les spécialistes.

Dans la foulée du renversement de l’arrêt Roe c. Wade par la Cour suprême des États-Unis, les signataires s’inquiètent aussi de « la multiplication des “centres de crises de grossesse” soutenus par des groupes antiavortement, qui donnent de fausses informations, particulièrement aux personnes vulnérables ».

« C’est une grande victoire et c’est grâce à ces nombreuses voix qui se sont élevées pour dénoncer l’état des choses et demander un meilleur accès à l’avortement au Québec ! », souligne aussi Isabelle Leblanc, médecin de famille et candidate solidaire dans Mont-Royal–Outremont. Rappelons que Québec solidaire avait fait une sortie publique en ce sens le 28 juin dernier. « Je suis contente que le Collège des médecins nous ait enfin entendus », renchérit la candidate.

« Une excellente nouvelle »

C’est une « excellente nouvelle », se réjouit la Dre Geneviève Bois, professeure adjointe de clinique en médecine à l’Université de Montréal. Celle qui pratique aussi l’interruption volontaire de grossesse faisait partie des médecins signataires de la lettre envoyée au Collège des médecins récemment.

À son avis, les restrictions de l’accès à la pilule abortive « rendaient la pratique de l’interruption volontaire de grossesse en dehors des cliniques d’avortement quasi impossible », explique-t-elle.

Désormais, les médecins vont pouvoir se fier « à leur propre jugement » en ce qui a trait à la prescription de la pilule abortive, « comme pour le restant de leur pratique », poursuit la Dre Bois. Par conséquent, l’accès à l’avortement sera élargi, car les femmes auront accès à des services plus près de chez elles, plus rapides et plus confidentiels.