Québec solidaire réclame que le Collège des médecins du Québec lève les restrictions actuelles quant à la prescription de la pilule abortive. Le Collège des médecins se dit prêt à réviser sa position.

Publié le 28 juin
Audrey Pilon-Topkara
Audrey Pilon-Topkara La Presse

« Si les États-Unis reculent, je propose que le Québec avance, a déclaré la porte-parole et députée de Québec solidaire Manon Massé, en entrevue avec La Presse. La façon de le faire est de rendre accessible la pilule abortive à toutes les femmes. Parce qu’il y a des barrières en ce moment. »

Mme Massé a fait cette déclaration dans la foulée de l’annulation de l’arrêt Roe c. Wade par la Cour suprême des États-Unis, qui privera des millions d’Américaines d’un accès sécuritaire à l’avortement.

Au Québec, seuls les médecins et infirmières praticiennes spécialisées ayant suivi une formation théorique et pratique sur l’interruption volontaire de grossesse (IVG) peuvent prescrire la pilule abortive, une méthode d’avortement ne nécessitant que la prise orale de médicaments chez soi ainsi qu’un examen de suivi médical.

De plus, une femme désirant interrompre sa grossesse doit obligatoirement passer une échographie et rencontrer une travailleuse sociale ou une psychologue afin d’obtenir un avortement médicamenteux.

Selon Manon Massé, l’élargissement de la prescription de la pilule abortive à tous les médecins de la province aidera à rendre ce médicament plus accessible pour les femmes, particulièrement pour celles vivant en région éloignée.

La porte-parole de Québec solidaire ajoute qu’il reste compliqué pour certaines personnes d’obtenir une échographie, allongeant ainsi le délai entre la consultation avec le médecin et l’IVG.

Le Collège des médecins en pleins travaux de révision

Santé Canada a approuvé l’utilisation de la pilule abortive en juillet 2015. Elle est devenue accessible au Canada en janvier 2017 et elle est offerte gratuitement au Québec depuis 2018.

Le 7 novembre 2017, Santé Canada a annoncé qu’il retirait la majorité des restrictions sur l’utilisation de la pilule abortive, dont l’obligation pour les professionnels de la santé de suivre une formation au préalable. La levée de l’exigence d’une échographie a suivi deux ans plus tard.

« Santé Canada a retiré en avril 2019 l’exigence de l’échographie de datation, faute de données probantes pour soutenir cette pratique, et parce qu’elle reconnaissait que “certaines personnes souhaitant avoir accès au produit [avaient] pu faire face à des obstacles ou à des retards inutiles” », peut-on lire dans une lettre ouverte publiée en avril dernier par le Comité de veille en avortement du Québec, qui réunit divers organismes, intervenantes et expertes militant en faveur du droit à l’avortement, à l’intention du président du Collège des médecins du Québec, le DMauril Gaudreault.

Alors que le reste du Canada a cessé d’appliquer les anciennes restrictions, elles sont toujours en vigueur au Québec. C’est le Collège des médecins du Québec (CMQ) qui en assure le maintien.

« Le Collège des médecins a mis ces directives en place, car en accord avec sa mission première de protection du public, il est d’avis qu’elles permettent que l’interruption volontaire de grossesse médicamenteuse soit réalisée en toute sécurité par des professionnels compétents et soucieux d’assurer le suivi requis par l’état de la patiente », a déclaré par courriel Leslie Labranche, conseillère aux relations médias du CMQ.

Elle confirme toutefois que le CMQ est bien au fait des demandes de levée des restrictions pour la prescription de la pilule abortive, et se dit prêt « à revisiter sa position ». Le CMQ affirme consulter des experts à ce sujet depuis quelques mois.

« Les travaux amorcés au début de l’année 2022 permettent [au CMQ] de revoir les recommandations en lien avec l’IVG, notamment l’IVG médicamenteuse. Les travaux du Collège s’échelonneront sur les prochains mois, probablement jusqu’à l’automne 2022. Par ailleurs, le Collège travaille également avec le ministère de la Santé et des Services sociaux à une meilleure accessibilité, notamment en région », a précisé Mme Labranche.

En savoir plus

  • 9 %
    Taux d’avortements réalisés à l’aide de la pilule abortive au Québec, lors de sa première année d’accessibilité
    source : étude pancanadienne sur l’implantation et l’accessibilité de la pilule abortive, CART-Mifepristone Implementation Study
    30 % et 40 %
    Taux respectifs d’Ontariennes et de Britanno-Colombiennes ayant eu un avortement qui ont eu recours à la pilule abortive, après un an et demi d’accessibilité
    source : étude pancanadienne sur l’implantation et l’accessibilité de la pilule abortive, CART-Mifepristone Implementation Study
  • 20 803
    Nombre de Québécoises ayant eu un avortement en 2021
    source : Régie de l’assurance maladie du québec