Horacio Arruda estime que sa décision de retirer de l’information sur les cas de cancer à Rouyn-Noranda d’un rapport publié en 2019 était justifiée et assure qu’elle a été prise d’un « commun accord » avec la Direction régionale de santé publique de l’Abitibi-Témiscamingue.

Mis à jour le 22 juin
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

« Je considère que je n’ai pas commis de faute », a déclaré l’ancien directeur national de santé publique et sous-ministre adjoint au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec, lors d’une mêlée de presse virtuelle, mercredi.

« Mon intention n’a jamais été de cacher quoi que ce soit », a-t-il affirmé, soulignant avoir « passé [s]a carrière à vouloir protéger la santé de la population ».

Le DArruda maintient qu’il aurait été inapproprié de publier « sans information plus poussée » une annexe évoquant le « facteur aggravant » que constituent les émissions d’arsenic de la Fonderie Horne, sise au cœur de la ville, en matière de cancer du poumon.

Cela aurait selon lui « généré encore plus d’inquiétude » et aurait détourné l’attention du sujet principal du rapport, qui présentait les conclusions de l’étude de biosurveillance menée à l’automne 2018 sur l’imprégnation au plomb, au cadmium et à l’arsenic des jeunes enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda, voisin de la fonderie.

Or, deux ans et demi plus tard, le rapport complet sur les cas de cancer du poumon promis en septembre 2019 n’a toujours pas été publié.

« Je comprends l’inquiétude de la population », a déclaré le DArruda, affirmant que le rapport « sera publié dans les prochaines semaines », sans toutefois pouvoir assurer que ce sera avant la campagne électorale qui débutera à la fin de l’été.

Fermer la fonderie ?

Horacio Arruda a également expliqué mercredi pourquoi il avait rejeté en septembre 2019 l’idée que la Fonderie Horne soit obligée de limiter ses émissions d’arsenic à 3 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠⁠3), ce qui correspond à la norme québécoise – l’entreprise appartenant à la multinationale Glencore est autorisée à en émettre 100 ng/m⁠⁠3.

« C’est un objectif, mais pas à court terme », a-t-il dit, pointant le fait que l’entreprise affirme ne pas pouvoir l’atteindre en raison d’un « problème technologique ».

C’est d’ailleurs pour « trouver des solutions » qu’il avait rencontré des représentants de la fonderie, en septembre 2019, a-t-il expliqué, rejetant l’impression que c’est l’entreprise qui dicte la limite de ses émissions.

On travaille avec l’entreprise pour voir ce qui est techniquement possible. […] Il faut réduire à un niveau réaliste.

Le DHoracio Arruda

Horacio Arruda dit avoir évoqué la possibilité de faire fermer la fonderie pour réduire le taux d’arsenic dans l’air de Rouyn-Noranda.

« J’ai posé la question : est-ce que les émissions nécessitent qu’on ferme l’entreprise ? La réponse de tous les experts a été non », a-t-il déclaré.

Conflit d’intérêts

Horacio Arruda reconnaît que le double rôle de directeur national de santé publique et de sous-ministre adjoint peut donner « une perception de conflit d’intérêts ».

« C’est un fait, les gens le soulèvent », a-t-il dit, estimant toutefois sur le plan personnel que cette double fonction confère aussi « une certaine influence », qu’il voit d’un bon œil.

Le DArruda avait déclaré en septembre 2019 s’être déplacé à Rouyn-Noranda « à titre de conseiller » du ministre délégué à la Santé et aux Services sociaux, Lionel Carmant, ce qui a visiblement indisposé le gouvernement.

« J’étais là comme directeur national de santé public et sous-ministre adjoint, […] j’allais voir la situation pour faire rapport à mes autorités », a-t-il réitéré, mercredi.

Le DArruda agissait alors de façon « complètement autonome », a plutôt estimé le premier ministre du Québec, François Legault, de passage au Saguenay–Lac-Saint-Jean, mercredi.

« Ce que je comprends, avec les questions qu’on a posées au DArruda, c’est qu’il attendait des résultats plus sûrs avant de les publier, mais c’est complètement sous la responsabilité de la Santé publique », a déclaré M. Legault.

Avec la collaboration de Vincent Larin, La Presse

La fonderie quitte un comité de la Santé publique

La Fonderie Horne a annoncé mardi soir son retrait du comité de suivi de l’étude de biosurveillance menée à l’automne 2018 sur l’imprégnation au plomb, au cadmium et à l’arsenic des jeunes enfants du quartier Notre-Dame de Rouyn-Noranda. Cette décision « met en doute la transparence et le discours de collaboration de la Fonderie », a regretté Nicole Desgagnés, responsable de l’organisation Arrêt des rejets et émissions toxiques (ARET). L’entreprise a justifié sa décision par l’élargissement du mandat du comité aux questions de santé et d’environnement touchant l’ensemble de la ville. « Notre comité de liaison est le canal de communication que nous souhaitons privilégier pour adresser [sic] les préoccupations et les discussions avec les citoyens et les organismes de Rouyn-Noranda », a déclaré par courriel la porte-parole de l’entreprise, Cindy Caouette.

Les citoyens mesurent eux-mêmes l’arsenic dans l’air

Des citoyens de Rouyn-Noranda ont entrepris d’installer eux-mêmes des appareils mesurant la qualité de l’air dans la ville, reprochant au ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) son laxisme en la matière. Cinq appareils permettant de mesurer de façon continue la présence de particules fines ont été installés au cours des derniers jours et d’autres le seront prochainement. Ces particules, dont le diamètre est inférieur ou égal à 2,5 microns (≤ PM2,5), « sont les plus nocives pour la santé, car elles peuvent franchir la barrière pulmonaire et entrer dans la circulation sanguine », explique l’organisation ARET. Le MELCC ne mesure ces particules fines qu’à un seul endroit, « pas mal loin de la fonderie », déplore Mireille Vincelette, co-porte-parole du comité, expliquant que la démarche donnera un portrait plus complet de la contamination. Les données seront accessibles sur une plateforme web. La démarche s’inspire de ce qui a été mis sur pied dans le quartier Limoilou, à Québec, pour mesurer la concentration de nickel dans l’air.

En savoir plus

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    Les concentrations d’arsenic dans les ongles des citoyens du quartier Notre-Dame sont en moyennes quatre fois plus élevées que celles observées chez la population témoin d’Amos, qui n’est pas exposée à des sources industrielles d’arsenic.
    SOURCE : CISSS de l’Abitibi-Témiscamingue