Horacio Arruda a rencontré des représentants de la Fonderie Horne de Rouyn-Noranda, le 26 septembre 2019, avant de faire retirer d’un document qui devait être rendu public une annexe évoquant le lien entre les émissions d’arsenic et les cas de cancer dans la ville.

Publié le 21 juin
Jean-Thomas Léveillé
Jean-Thomas Léveillé La Presse

C’est ce que révèle le compte-rendu de la rencontre du comité consultatif de suivi de l’étude de biosurveillance du quartier Notre-Dame, voisin de la fonderie, qui s’est tenue plus tard le même jour et qui est accessible sur le site internet du Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Abitibi-Témiscamingue.

« L’entreprise est un acteur clé dans la recherche de solutions », avait déclaré le DArruda, qui était à l’époque sous-ministre adjoint au ministère de la Santé et des Services sociaux du Québec et directeur national de santé publique.

L’annexe retirée à sa demande soulignait que l’arsenic, très présent dans l’air de la ville en raison des émissions de la Fonderie Horne, « est un facteur aggravant favorisant le développement du cancer du poumon ».

Le DArruda avait justifié le retrait de cette annexe par le fait que « les données de cancer du poumon seront précisées dans un autre document indépendant et plus complet qui sera publié ultérieurement », ce qui fut fait deux ans et demi plus tard, en mai dernier.

Le DArruda avait également rencontré ce jour-là des représentants de la Ville de Rouyn-Noranda, du comité Arrêt des rejets et émissions toxiques de Rouyn-Noranda (ARET), qui regroupe des parents et des résidants du quartier Notre-Dame, voisin de la fonderie, ainsi que du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques.

Ne pas réduire les émissions

L’idée d’exiger de la fonderie qu’elle diminue ses émissions d’arsenic avait été rejetée par le DArruda, lors de cette rencontre de septembre 2019, révèle son compte-rendu.

Le taux d’arsenic dans le quartier Notre-Dame a été en moyenne de 100 nanogrammes par mètre cube (ng/m⁠⁠3) en 2021, bien au-delà de la norme québécoise de 3 ng/m⁠⁠3, rapportait La Presse, en mars — la fonderie est toutefois autorisée à la dépasser parce que cette norme est entrée en vigueur en 2011, bien après le début de ses activités, en 1927.

« Pourquoi il n’y a-t-il pas de cible santé et sécuritaire proposée par la DSPu ? », a demandé au DArruda une personne participant à la rencontre.

« Il est plus important de mettre l’emphase sur des actions concrètes immédiates que de se déchirer entre nous à propos d’une cible à atteindre, pour laquelle l’entreprise a déjà dit qu’elle n’était pas en mesure de l’atteindre », a-t-il répondu, évoquant l’idée d’une « cible intermédiaire ».

Le dossier de la qualité de l’air à Rouyn-Noranda est « pris au sérieux par les plus hautes instances du gouvernement » avait toutefois assuré le DArruda, évoquant même la possibilité de « [r]ouvrir l’attestation d’assainissement de la Fonderie pour exiger des actions supplémentaires », ce qui ne fut jamais fait.

L’attestation d’assainissement de la fonderie, d’une durée de cinq ans, vient à échéance cette année et son renouvellement est en cours.

Conseiller du ministre… ou pas

Horacio Arruda s’était rendu en Abitibi-Témiscamingue « à titre de conseiller du ministre DLionel Carmant », précise-t-il dans le compte-rendu de la rencontre, une information que Radio-Canada avait rapportée lundi et que le cabinet du ministre avait initialement démentie.

« L’information rapportée par Radio-Canada [lundi] matin est fausse », avait déclaré à La Presse l’attaché de presse du ministre Carmant, Lambert Drainville, ajoutant que « le DArruda n’agissait pas comme conseiller du ministre Carmant. »

Contacté à nouveau mardi, l’attaché de presse du ministre a nuancé : « Ce qu’on a dit [lundi], c’est que jamais le DArruda n’a été mandaté comme conseiller du ministre Carmant ».

Le DHoracio Arruda et son successeur, le DLuc Boileau, n’ont pas donné suite aux nombreuses sollicitations de La Presse depuis lundi, mais le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) a publié un communiqué mardi soir affirmant qu’« il n’a jamais été question de dissimuler quoi que ce soit ».

Colère

La Direction générale de santé publique se doit d’expliquer la décision du DArruda de retirer l’annexe portant sur les cancers du rapport rendu public en 2019, tonne la députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue, Émilise Lessard-Therrien.

« Y a-t-il d’autres données qu’on tente de cacher aux gens de ma région ? » a-t-elle demandé.

Les gens de ma région n’oublieront pas le 3 octobre prochain que la CAQ a manœuvré pour leur cacher des informations sur la qualité de l’air qu’on respire.

Émilise Lessard-Therrien, députée de Rouyn-Noranda–Témiscamingue

Le geste du DArruda « mine la confiance » de la population envers les autorités, a pour sa part estimé le comité ARET, qui avait assisté à la rencontre du 26 septembre 2019 et qui avait évoqué l’annexe en question dans différentes communications, depuis.

« Nous trouvions important de faire connaître cette annexe, a déclaré à La Presse une responsable de l’organisation, Nicole Desgagnés. C’est vraiment troublant et inquiétant. »

En savoir plus

  • 4
    Les concentrations d’arsenic dans les ongles des citoyens du quartier Notre-Dame sont en moyennes quatre fois plus élevées que celle observée auprès de la population témoin d’Amos, qui n’est pas exposée à des sources industrielles d’arsenic.
    SOURCE : Centre intégré de santé et de services sociaux (CISSS) de l’Abitibi-Témiscamingue