(Québec) Cinq mois après avoir formulé ses intentions, le gouvernement Legault mandate finalement la commissaire à la santé et au bien-être pour se pencher sur les soins à domicile. Joanne Castonguay examinera « la performance des programmes gouvernementaux » en place pour améliorer l’offre de services au Québec.

Mis à jour le 25 mars
Fanny Lévesque
Fanny Lévesque La Presse

Le gouvernement de la Coalition avenir Québec souhaite poursuivre « son grand virage » vers les soins à domicile en demandant à la commissaire de passer à la loupe les programmes actuels, toujours insuffisants pour répondre à la demande, malgré des investissements importants.

Son mandat sera de « dresser le portrait de la situation actuelle des soins et services de soutien à domicile offerts au Québec et de documenter l’évolution des besoins futurs en matière de soutien à domicile. » Elle effectuera une aussi analyse comparative de modèles de financement, de gouvernance et d’organisation de soins et de services de soutien à domicile dans un échantillon de pays de l’OCDE.

Les pays de l’OCDE consacrent en moyenne 1,7 % de leur produit intérieur brut aux soins à domicile. Au Québec, la proportion atteint environ 1,3 %.

Joanne Castonguay amorce le travail dès maintenant et devra soumettre ses recommandations au plus tard le 1er décembre 2023. Un rapport intérimaire devra être livré en décembre 2022, soit deux mois après les élections d’octobre prochain.

« Dans un contexte où le nombre de personnes âgées sera significativement en augmentation au cours de la prochaine décennie et que demeurer à la maison est l’aspiration d’une vaste majorité, le gouvernement souhaite poursuivre le virage majeur vers les soins à domicile. Cependant, le gouvernement doit d’abord se poser des questions pour faire les bons choix », écrit le MSSS dans un communiqué.

La pandémie a mis en lumière d’importants défis que nous devons relever rapidement pour répondre aux besoins des Québécois et pour que plus jamais on ne revive une telle situation. C’est pourquoi notre gouvernement souhaite améliorer son offre de soutien à domicile pour permettre aux personnes qui le souhaitent de demeurer à la maison, afin de préserver le plus possible leur autonomie.

Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux

Les travaux de la commissaire viseront à répondre aux questions suivantes :

  • Est-ce que le modèle de soins à domicile au Québec est pertinent, performant et axé sur la valeur ?
  • Est-ce que les formules de financement sont efficaces et équitables ?
  • Est-ce qu’une utilisation accrue du milieu communautaire ou du secteur privé est susceptible d’apporter de la valeur aux usagers ?

Le premier ministre avait télégraphié ses intentions lors de son discours d’ouverture d’une nouvelle session parlementaire, le 19 octobre dernier. La Presse rapportait il y a un mois que Québec tardait à mandater la commissaire ce qui envoyait un mauvais signal selon l’ex-ministre péquiste de la Santé, Réjean Hébert.

Dans le budget Girard, Québec a ajouté 785 millions sur cinq ans dans les soins à domicile. Ces sommes s’additionnent aux 3 milliards déjà investis par le gouvernement depuis son arrivée au pouvoir, en 2018.

Malgré ces investissements notables, le nombre de Québécois en attente d’un service de soutien à domicile ne fléchit pas, au contraire. Selon les données provisoires de l’année 2021-2022, 45 637 personnes attendent de recevoir des soins à domicile, dont 15 042 pour un premier service. Il s’agit d’une augmentation d’environ 10 % par rapport à l’année précédente, alors que 41 346 Québécois étaient sur la liste d’attente.

Le temps d’attente pour avoir accès aux soins a par ailleurs augmenté considérablement au cours des derniers mois. En 2021-2022, 23 893 Québécois, dont 7056 pour un premier service, patientent depuis plus de 90 jours pour obtenir des soins à domicile. C’est une hausse de plus de 20 % par rapport à 2020-2021, alors qu’on dénombrait 19 448 personnes en attente.