L’unité des soins intensifs de l’Hôpital de Gatineau sera forcée de mettre ses services sur pause à partir de dimanche matin, minuit. Des infirmières ont refusé de se présenter au travail pour protester contre le manque de personnel qui mettrait la sécurité des patients en péril.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« On veut reprendre le service dans les meilleurs délais, mais il faut aussi s’assurer d’avoir des soins sécuritaires et durables. Nos équipes sont à revoir toutes les possibilités », explique à La Presse une porte-parole du Centre intégré de Santé et de Services sociaux (CISSS) de l’Outaouais, Marie-Pier Després.

Samedi après-midi, dans un communiqué, l’organisation a souligné que « des absences inattendues » du personnel infirmier « obligent le service à prendre une pause ». Le groupe dit n’avoir d’autre choix que de procéder à un « bris de service de façon temporaire ». Aucune date de réouverture n’a jusqu’ici été fixée.

Mme Després assure que des corridors de services seront mis en place vers d’autres hôpitaux de la région, afin que les patients continuent de recevoir les soins nécessaires. Le CISSS promet de tenir la population informée de l’évolution de la situation.

« Le bouchon a sauté »

Plus tôt, mercredi, plusieurs infirmières de l’urgence de l’Hôpital de Gatineau avaient organisé un sit-in pour protester contre le manque de personnel. Le président du Syndicat des professionnelles en soins de l’Outaouais (SPSO), Patrick Guay, affirme que « depuis au moins un an, le syndicat a averti l’employeur des difficultés que vivent ses membres aux soins intensifs de l’Hôpital de Gatineau ».

Malgré plusieurs rencontres avec l’employeur, le bouchon a sauté récemment en raison du départ de plusieurs professionnelles en soins maladie. Le manque de personnel est trop aigu pour donner des soins sécuritaires.

Patrick Guay, président du SPSO

Dans un communiqué publié jeudi, le syndicat affirme que « les infirmières de l’urgence ont dû effectuer beaucoup d’heures supplémentaires obligatoires au cours des dernières semaines ». Pendant le sit-in, « certains patients attendaient depuis plus de 150 h pour avoir un lit à l’étage », dit M. Guay. Il déplore que les urgences de Gatineau sont pleines à craquer. Jeudi, le taux d’occupation était de 154 % à l’Hôpital de Gatineau, et de 116 % à l’Hôpital de Hull.

Le CISSS de l’Outaouais, qui chapeaute notamment sept hôpitaux et une vingtaine de centres locaux de services communautaires (CLSC) dans la région, reconnaît aussi qu’une problématique existe. « On est en manque d’effectifs aux soins intensifs », avoue Marie-Pier Després.

D’autres situations similaires au Québec

La situation en Outaouais n’est pas sans rappeler celle des travailleuses en soins de l’Hôpital du Suroît, en Montérégie. Vendredi, leur syndicat a soutenu qu’il n’est carrément plus possible à ce stade-ci de « garantir la sécurité des soins », tant le manque de personnel est criant.

« C’est vraiment dangereux. Notre équipe est à moitié d’effectifs, avec une urgence de 46 patients. On fait moins de surveillance, et surtout, les soins peuvent être retardés », avait expliqué la présidente par intérim du Syndicat des professionnelles en soins de la Montérégie-Ouest, Vanessa Léger.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, sept infirmières de ce centre hospitalier ont refusé de se présenter au travail, en signe de protestation. Elles ont toutefois été forcées d’y retourner, après que le Tribunal administratif du travail (TAT) ait déclaré le moyen de pression comme étant « illégal ».