Le port du masque obligatoire ? Horacio Arruda n’est ni pour ni contre, bien au contraire.

Isabelle Hachey Isabelle Hachey
La Presse

« Il ne faut pas l’exclure », a dit le directeur national de santé publique, jeudi, quand on lui a demandé de répondre à l’« appel pressant » de 27 médecins québécois.

Seulement, le DArruda n’est pas si pressé. Il veut d’abord « regarder la littérature ». Après trois mois de crise, il attend l’avis des experts québécois, canadiens et internationaux avant de trancher la question du masque une fois pour toutes.

Pour les 27 spécialistes, l’affaire est pourtant entendue : alors qu’on lève peu à peu les mesures de confinement, pour réduire la propagation du coronavirus, il faut imposer au plus vite le port du masque dans les commerces, les transports en commun et les écoles du Québec.

PHOTO ROBERT SKINNER, ARCHIVES LA PRESSE

Parmi ces médecins, plusieurs visages familiers de la pandémie. Les médias usent abondamment de leurs lumières pour nous éclairer à travers les brumes de cette crise : Nimâ Machouf, Karl Weiss, Joanne Liu, Alain Vadeboncœur, Amir Khadir et Caroline Quach-Thanh.

Ils posent tous le même diagnostic. Ils signent tous la même ordonnance : pour éviter d’être écrasés par la deuxième vague, rendons dès maintenant le port du masque obligatoire.

Alors… qu’est-ce qu’on attend ?

La littérature scientifique ? D’accord, toutes les données n’ont peut-être pas encore été entièrement étudiées, soupesées, analysées. Mais pourquoi le port du masque reçoit-il un traitement différent des autres mesures, adoptées en toute hâte au début de la crise ?

À ce que je sache, la Santé publique n’a pas attendu d’avoir toutes les données en mains pour imposer la règle des deux mètres ni pour fermer les écoles, les boutiques et les restaurants…

Plus de 50 pays imposent déjà le port du masque à leur population. Dernier en date, l’Espagne a annoncé mardi qu’il serait obligatoire dans les lieux publics tant et aussi longtemps que la pandémie ne serait pas terrassée.

Au Canada, les Torontois ne pourront plus prendre le métro ou grimper dans un bus sans se couvrir le visage à compter du 2 juillet, a-t-on appris jeudi. C’est un moyen simple et efficace de freiner la propagation. Et de sauver des vies.

« On est un mois en retard », écrivait mon collègue Yves Boisvert… il y a un mois.

Qu’est-ce qu’on attend ?

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Au début de la crise, on disait le masque inutile, voire dangereux.

À mesure que les études confirmaient à quel point son rôle pouvait être crucial dans la lutte contre la pandémie, on a fini par le recommander. Puis par le recommander fortement. Puis très fortement. Mais jamais par le rendre obligatoire.

François Legault a d’abord invoqué des enjeux légaux pour justifier son hésitation. Il fallait à tout prix éviter de brimer les droits fondamentaux des Québécois en leur imposant de se couvrir le visage en public, semble-t-il.

Le premier ministre a fini par admettre le vrai problème : la réserve de masques était limitée. « Si, dans les prochains jours, et on y travaille fort, il y a assez de masques et qu’on est capables d’en donner à tous ceux qui utilisent le transport en commun, là, on pourra avoir la discussion », a-t-il laissé tomber au Salon bleu. C’était… le 13 mai.

Depuis, les réserves ont-elles été suffisamment renflouées ?

Surtout, l’État est-il vraiment tenu de fournir des masques aux citoyens ? Pour quelques dollars, on peut s’en procurer en deux ou trois clics sur le web. On peut s’en acheter des jetables à la pharmacie du coin. On peut même s’en fabriquer avec du vieux linge sans trop d’efforts…

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Le DArruda recommande donc désormais « très fortement » le couvre-visage. Il veut que cela devienne une « norme sociale » et que « les gens en prennent l’habitude ».

Mais peut-on espérer qu’une masse critique de Québécois enfilent le masque sans ronchonner, pour les mois à venir, sans qu’on les encourage à le faire avec un peu plus d’insistance ?

À voir le relâchement des derniers jours, c’est malheureusement difficile à croire. Plein de gens le font, bien sûr. Mais le problème, c’est que pour la mesure fonctionne, il faut que tout le monde le fasse. Ou presque.

« Il est temps d’agir selon la science. Les chercheurs en modélisation des épidémies affirment que pour que la mesure soit efficace, 80 % de la population doit porter le masque pour juguler l’épidémie », a expliqué l’épidémiologiste Nimâ Machouf en conférence de presse.

« En attendant l’élaboration d’un vaccin, le masque est maintenant reconnu comme un outil essentiel pour retrouver le peu de normalité dans nos vies et renouer avec les gens et les activités qu’on aime », a-t-elle ajouté.

Renouer avec la normalité. Reprendre la vie qu’on aime.

Qu’est-ce qu’on attend ?