D’une part, les dentistes s’opposent à la liberté supplémentaire réclamée par les denturologistes. D’autre part, les médecins spécialistes s’inquiètent du fait que les dentistes se voient accorder des responsabilités dépassant leur champ de compétence. Alors que se poursuivent aujourd’hui les consultations particulières sur le projet de loi 29, qui modifie le Code des professions, les tensions sont vives quand il est question des compétences de chacun.

Audrey Ruel-Manseau Audrey Ruel-Manseau
La Presse

Les auditions publiques sur le projet de loi 29, qui viendra notamment modifier la Loi sur les dentistes et la Loi sur la denturologie, se poursuivent aujourd’hui avec le témoignage de l’Ordre des dentistes du Québec (ODQ). Dans son mémoire de 36 pages présenté aujourd’hui et obtenu par La Presse, l’Ordre demande 16 modifications au projet de loi présenté en juin. Les dentistes réclament, entre autres, « l’utilisation de mesures de contention », d’être les seuls à pouvoir « faire usage de l’adjectif “dentaire” dans un nom ou une publicité se rapportant à des services offerts au public », et l’ajout de surveillance clinique en milieu hospitalier.

Par rapport aux denturologistes – dont l’une des principales revendications est le droit d’installer des prothèses fixées sur des implants, dites implanto-portées –, le président de l’ODQ estime que cette intervention est un acte invasif et que les denturologistes ne devraient pas y être autorisés.

On n’est pas alignés avec la position des denturologistes. Pour nous, la question des actes invasifs pose un risque pour la population. On va présenter ça demain [aujourd’hui].

Le DBarry Dolman, président de l’Ordre des dentistes du Québec

Il plaide que les dentistes « doivent être impliqués de A à Z », que « l’implantologie est l’acte le plus complexe » et que « ce n’est pas parce que tu as suivi un cours de quelques heures, de centaines d’heures, que tu es capable de faire un diagnostic et un suivi ».

Les ignorés

Écartée du débat, la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ) se jette quand même dans la mêlée. Ni elle ni le Collège des médecins n’ont été invités à participer aux consultations particulières, pas plus qu’ils n’ont été consultés avant le dépôt du projet de loi.

« On a insisté pour être entendus, et on nous a dit que ce n’était pas nécessaire », a déploré la Dre Diane Francoeur, présidente de la FMSQ. « Ce n’est pas acceptable, parce qu’on parle de soins pour lesquels les dentistes vont pouvoir diagnostiquer les maladies et les traiter. […] On voit un projet de loi qui ouvre le terrain à de nouveaux acteurs qui ne vont pas travailler avec les équipes en place, et ça, ça nous inquiète beaucoup. »

La FMSQ juge que les responsabilités accordées aux dentistes spécialisés en chirurgie maxillo-faciale ne sont pas suffisamment définies, principalement en cancérologie. Dans une lettre à la ministre responsable du projet de loi 29, Sonia LeBel, la Dre Francoeur a rappelé que le ministère de la Santé, le Collège des médecins et la FMSQ travaillent depuis 2014 à redéfinir « un flou » dans la législation encadrant la pratique de la chirurgie buccale et maxillo-faciale.

Le flou […] expose déjà les Québécois à certains risques et engendre des problématiques organisationnelles dans le réseau de la santé. Plutôt que de les corriger, le projet de loi va, dans sa forme actuelle, au mieux les perpétuer ou pire les accentuer.

Extrait d’une lettre de la Dre Diane Francoeur envoyée à la ministre Sonia LeBel

« Les dentistes au Québec sont efficaces et performants, mais quand on parle de cas de cancer, qui nécessitent une chirurgie extrêmement mutilante, on veut que ces chirurgies-là soient faites par les équipes qui sont exposées au plus grand nombre de cas critiques par année », a expliqué la présidente de la FMSQ, en référence aux équipes multidisciplinaires déjà en place.

Par ailleurs, notons que le projet de loi donne plus d’autonomie aux hygiénistes dentaires. L’Ordre des hygiénistes dentaires du Québec a été entendu hier et a réclamé que ses membres puissent effectuer des soins préventifs communément appelés « nettoyage », sans l’ordonnance d’un dentiste. En accord, l’Ordre des dentistes voudrait toutefois qu’un guide de pratique soit rédigé pour éviter toute confusion.