Un jour, sur la scène des Légendes fantastiques à Drummondville, Normand Latourelle a découvert le cheval. Non pas comme monture ou force motrice, mais comme artiste capable d'attirer les foules. Et de les émouvoir. Sa vie venait de changer.

Publié le 18 janv. 2012
Daniel Lemay LA PRESSE

Au cours des années qui ont suivi, le Lavallois a conçu un spectacle multimédia, sa spécialité, autour du cheval-artiste et du cheval-athlète. Sa compagne, Dominique Day, trouvera ensuite le nom qui deviendra l'une des plus grandes marques de la création québécoise: Cavalia. Partie de Shawinigan en 2003, la production originale continue d'ajouter à ses trois millions de spectateurs tandis qu'Odysséo, créé à Laval l'automne dernier, semble promis au même succès international. La famille y veille: Dominique Day, cofondatrice et vice-présidente, David Tardif-Latourelle, vice-président aux affaires juridiques, et Mathieu Latourelle, producteur délégué.

Pour le caractère constamment novateur de leurs créations et leur apport au rayonnement du Québec à l'étranger, le jury décerne à Normand Latourelle et aux membres de sa famille travaillant avec lui le titre de Personnalités de l'année 2011.

Normand Latourelle, concepteur, producteur et directeur artistique de Cavalia, est un homme de contenu. Toujours entouré de créateurs de premier niveau, l'ancien directeur général du Cirque du Soleil a su, par deux fois, arriver à un alliage nouveau entre l'art équestre, les arts du cirque et la technologie multimédia, rencontre novatrice entre la tradition européenne et le savoir-faire québécois et nord-américain. Mais Normand Latourelle est aussi, si l'on peut dire, un homme de contenants: comme il l'avait fait pour les Légendes fantastiques, il a d'abord conçu l'espace scénique de Cavalia avant de trouver le chapiteau qui allait abriter le plus grand cadre de scène jamais monté; la structure, a-t-il expliqué à l'époque, était «aux limites du transportable». Des limites qu'il repoussera d'emblée avec Odysséo, présenté sous le plus grand chapiteau mobile du monde, lieu spectaculaire d'une production qui, elle aussi, porte le genre vers des bornes nouvelles.

Dans ses débuts mauriciens, la production originale s'appelait Voltige, du nom d'une discipline du cirque équestre. Les anglophones ayant tendance à prononcer «voltage», il apparut très vite qu'il fallait trouver autre chose... même si Voltage se prêtait bien à un spectacle venu de la ville de l'électricité. Femme de marketing rompue aux exigences du branding, Dominique Day arrive alors avec le nom Cavalia, flash de génie qui, en plus d'abolir les barrières linguistiques, désigne l'essence même du spectacle: le cheval. Aujourd'hui, en plus de ses fonctions de vice-présidente de Cavalia - le nom en est venu à désigner la troupe et la société -, Dominique Day dirige la ferme Cavalia à Sutton. Là, en symbiose avec l'approche de la maison, se conjuguent les fonctions du centre d'entraînement, du camp de vacances, du sanatorium et de l'écurie de retraite.

Au moment où vous lisez ces lignes, le producteur délégué Mathieu Latourelle vient de superviser le déménagement de Cavalia de Portland, dans l'Oregon, à Seattle, dans l'État de Washington. Une affaire de rien comparativement à la même opération pour Odysséo, dont le montage prend plus d'un mois. Prochain mouvement: d'Atlanta à Miami, le mois prochain. Imaginez quand l'immense chapiteau d'Odysséo prendra le bateau pour l'Europe où le suivront les 70 chevaux et les 55 cavaliers, acrobates, artistes et palefreniers... Ici, la tâche de l'avocat David Tardif-Latourelle se complexifie un peu: contrats d'embauche et de location, visas et permis de travail, contingences sanitaires pour les chevaux et mille autres détails de nature légale, administrative ou logistique qui doivent être réglés pour que se déploie sur la piste la magie de Cavalia, haut lieu de création du Québec sans frontières.