Elle leur fait faire le tour du monde francophone en leur chantant des chansons de son cru, en inventant des sketchs, en les faisant rire. Avec sa musique, ses mots, sa passion, Hélène Nicole Richard a pu sensibiliser plus de 100 000 enfants anglophones de l'Ontario à la langue française.

Anne Richer LA PRESSE

Gotta Love that French et Le français, ça m'plaît, titres de ses spectacles, réussissent mieux que tous les beaux discours philosophiques à faire prendre conscience aux enfants qu'il existe en ce pays des gens d'une autre culture. Artiste autodidacte, la Québécoise Hélène Nicole Richard, qui vit maintenant à Toronto, a présenté la semaine dernière son 500e concert devant des écoliers et des adultes de Grand-Sault, au Nouveau-Brunswick, dans le cadre de la Semaine de la fierté française. Le parcours de cette artiste a été difficile. Elle est l'exemple parfait du courage et de la ténacité, et c'est pourquoi La Presse et Radio-Canada l'ont nommée Personnalité de la semaine.

 

Le vent dans les voiles

Comme de nombreux entrepreneurs imaginatifs, c'est à la suite d'un coup dur que le destin d'Hélène Nicole Richard a basculé. Une faillite, le décès de son frère puis de sa mère et, enfin, une relation de couple difficile l'ont motivée à changer de milieu. Une simple visite à une cousine de Toronto a été l'occasion de découvrir, dans un décor de lac et de voiliers, une vie nouvelle. «En voyant passer ces voiliers sur une eau si calme, j'ai eu un coup de foudre. Et je me suis dit que c'était là, avec mes enfants de 9 et 17 ans à l'époque, que j'allais poursuivre ma vie, sans connaître véritablement ce que je portais en moi. C'était comme changer de pays.» Pour illustrer les différences de perception de langues d'une province à l'autre, elle dit: «Au Québec, j'étais bilingue. En Ontario, on me trouve cultivée!» Car la France est encore la référence.

Son grand rêve en s'installant là-bas, il y a 10 ans, était de faire carrière dans la chanson. Elle voulait rendre les gens heureux en chantant. Mais elle a dû se rendre à l'évidence: si elle voulait survivre, il lui faudrait faire autre chose. Tout le monde cherchait à la décourager, c'était la misère. «J'ai même dû faire appel à une banque alimentaire.» Mille et un petits métiers. Mille et une déceptions.

Puis, un jour, on lui a proposé de faire de la suppléance dans une école primaire. «Les enfants ne m'écoutaient pas du tout, je n'avais aucune autorité. Le prof de musique m'a conseillé de les animer plutôt que de les contraindre. Alors j'ai fait la vedette en avant. J'ai même enseigné le système solaire en chanson!»

Peaufiner sa technique

Danser, chanter, faire appel à l'imaginaire, à la créativité, sont les outils de sa pédagogie, qui vise à amener les enfants à aimer la langue française. C'est toujours en collaboration avec les professeurs et en respectant le programme scolaire. Avec elle, des écoliers anglophones ont écrit des chansons en français. Elle a poursuivi sur sa lancée en écrivant une comédie musicale pour enfants: Do à do, qui a été jouée plus de 160 fois. Bref, elle venait de trouver sa voie.

C'est l'école, paradoxalement, qui lui a donné cette chance, alors qu'elle-même, enfant, s'y ennuyait. Tout y était trop lent. «Je n'ai jamais supporté l'ennui.» Et puis comment aurait-elle pu créer des amitiés, avoir un sentiment d'appartenance alors qu'elle a changé d'école 28 fois au cours de sa petite enfance?

Née à Montréal, Hélène Nicole Richard, à 45 ans, mesure le chemin parcouru depuis ce temps, les éléments qui ont forgé sa personnalité: «J'ai toujours aimé la musique, l'écriture, la lecture. Ma mère chantait, on avait des caisses de disques de chansons, toutes les occasions étaient bonnes pour se réunir et faire de la musique.» Après avoir secondé sa mère, responsable d'une garderie, elle s'est lancée dans le commerce au détail.

La poursuite d'un rêve, d'un idéal, l'a menée hors des sentiers battus. Il lui fallait exercer aussi un leadership naturel. Elle est devenue dans son milieu un modèle positif. Pour ses enfants d'abord. Sa fille apprend le japonais, elle en est très fière. Son fils veut faire du théâtre. «On n'a qu'une vie. Il faut suivre ses rêves.»

C'est maintenant que, pour elle, tout s'éclaire et que, grâce à la langue de sa mère, elle peut encore «apporter quelque chose de nouveau et d'utile».

Faire aimer cette langue dans laquelle elle prie, qui l'a bercée, qui est un puits de tendresse et d'émotions, mais si fragile! Elle sait mieux que personne combien l'assimilation peut être rapide et irrémédiable. «Je suis émue par l'opiniâtreté des francophones hors Québec, de tous ceux qui maintiennent leur langue encore vivante, malgré tout.»