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Frère Bertrand Fortin

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Le frère Bertrand Fortin.... (Photo: André Pichette, La Presse)

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Le frère Bertrand Fortin.

Photo: André Pichette, La Presse

 

Anne Richer
La Presse

:On l'appelle affectueusement «frère Bertrand». À 88 ans, le frère Bertrand Fortin fait partie des piliers et de l'histoire du Patro Le Prevost, qui fêtera en 2009 son 100e anniversaire de fondation. L'organisme reçoit de nos jours plus d'un millier d'adultes, d'aînés et de jeunes qui participent à l'une ou l'autre des activités proposées par Le Patro.

La contribution de l'organisme situé dans le quartier Villeray est considérable. Celle du frère Bertrand l'est tout autant. Toujours actif, plus que jamais conscient des réalités nouvelles de notre époque, son dévouement a été reconnu il y a quelques semaines alors qu'on lui remettait le prix d'excellence Claude-Masson, en mémoire de l'ex-éditeur adjoint et vice-président de La Presse, décédé tragiquement dans l'écrasement d'un avion d'EgyptAir en 1999, et impliqué lui-même dans la mission du Patro Le Prevost.

 

La Presse et Radio-Canada soulignent le dévouement et le leadership du frère Bertrand Fortin en le désignant Personnalité de la semaine.

Humilité d'abord

Ces jours-ci il fait la livraison de la popote roulante comme bénévole; il conduit l'auto et distribue les 80 repas, deux jours semaine, en trois parcours. On lui demande son titre, il n'en a pas. «J'aime travailler sur le terrain», dit-il. Il privilégie toutes les actions, petites et grandes en autant qu'elles soient ancrées dans la réalité quotidienne, qu'elles servent à soulager la misère. Dès 1947, sept ans après avoir prononcé ses voeux au sein de la communauté des Religieux de Saint-Vincent-de-Paul, il a voulu agir, intervenir, trouver des solutions pour lutter contre ce qu'il juge la plus grande injustice: la pauvreté. «Celle qui est provoquée par les événements de la vie, celle dont la classe gouvernante ne s'occupe pas vraiment, celle qui crée le rejet dans la société.»

Le frère Bertrand a vu défiler quatre générations de Montréalais, des garçons d'abord, les seuls admis au Patro dans les années 40. Et puis au fil des années, il a assisté à la transformation de la société québécoise et a continué d'oeuvrer avec les laïcs qui forment désormais la grande équipe du Patro. Tout en maintenant le cap de sa mission, il ne cesse d'apporter de nouvelles idées, des projets. Un jour après une livraison de paniers de Noël, il a pris conscience de la tristesse de ceux qu'il venait de voir: «Leur dignité humaine me semblait en veilleuse.» Il s'inspire donc d'un concept né à Québec et fonde le premier Magasin-Partage dans l'île de Montréal. «Être accueilli, contribuer modestement et pouvoir choisir sont des gestes de liberté et de dignité, et j'ai vu leur joie d'être acceptés comme tout le monde», raconte-t-il.

Il fut tour à tour animateur de groupe, engagé à former de jeunes leaders, des personnes actives dans leur milieu; il a servi d'intermédiaire, rencontré les organismes, entretenu par ses actions l'idée que Le Patro était la maison de tous. «Une bonne organisation est la base de tout. Le sport c'est simple et ça fait de la place à tout le monde.»

Donner le maximum en restant simple, être empathique et à l'écoute: «Apprendre par les personnes, c'est mon université», dit-il.

Son humilité et sa simplicité font penser à un autre frère qui ouvrait des portes: le frère André.

Missionnaire

«Le mariage? Ça ne m'est jamais venu à l'idée, dit-il en souriant. Les enfants? Regardez autour de nous!» L'amour c'est le service aux autres, voilà sa foi.

Comment lui est venue cette charité? Ce n'est pas tant au milieu d'une famille de 10 enfants, installée à Saint-Hyacinthe dans les années 30, après un séjour au Vermont où il est né, qu'elle s'est imposée. C'est un Patro dans la ville qui l'a séduit. À 10 ans, il allait y nager. Et puis il y a eu l'Action catholique où au milieu d'autres jeunes il a appris que la vie chrétienne dépassait les dévotions et la contemplation. «Je suis au présent, les deux pieds dans la réalité, c'est mon tempérament.»

C'est donc ainsi qu'il compte vivre sa foi qui est plus forte que jamais: «Pour moi, le bon Dieu c'est d'abord ce commandement: aime ton prochain comme toi-même. Il y a de la tendresse chez Dieu», dit-il, rêveur. Il ajoute: «Il ne corrige pas tout, les souffrances et le reste, mais il est au milieu de nous.»

Il s'inspire de personnes simples de tous les jours. Mais ceux qui font des choses, de grandes choses tout en restant simples comme le père Pops, Jean Vanier, «des gens de terrain», sont des phares pour lui.

De temps en temps, il baisse les bras devant des situations trop difficiles, c'est sa façon de se protéger. Mais le besoin d'agir surgit bien vite. Il mijote encore un projet. Se battre contre la solitude. «C'est un état de souffrance, on se referme sur soi-même. On doit ouvrir une fenêtre, s'ouvrir aux autres, découvrir que la solitude peut se vivre d'une meilleure façon.». Il va donc repérer les personne seules, les mettre en contact avec des aidants, prévenir la famille s'il le faut.

«L'humain a besoin de croire. La foi doit s'incarner et s'enrichir au contact de la vie.» Spontané, en paix avec lui-même, il se dit qu'on a encore besoin de lui quelque part, puisqu'il est encore là.

«Et puis on ne sait jamais quand on démarre un projet où tout cela va nous mener», fait-il remarquer, cachant mal son enthousiasme devant l'avenir.

 

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