Un objet flottant non identifié a piqué la curiosité des gens en fin de semaine à l’île d’Orléans, où les insulaires ont pu admirer sur le fleuve Saint-Laurent une singulière embarcation fabriquée à partir d’un autobus Prévost des années 1950.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

« Y’a un bus dans le fleuve au niveau du pont, quelqu’un l’a vu ? », demandait ainsi une internaute sur le populaire groupe Facebook « Le babillard des insulaires ».

« As-tu une photo de cet accident », demandait une autre, confuse. « Ce n’est pas un accident, c’est quelqu’un de spécial qui se promène en vieil autobus », lui répondait une autre.

Certains témoins ont même décidé d’appeler la police, a confirmé la Sûreté du Québec (SQ).

Pour l’essentiel, leur appel se résumait ainsi : il y a un autobus qui flotte sur le fleuve.

Même Transports Canada a été alerté, par le réseau d’avertissement et d’alerte de la Garde côtière canadienne.

Mais le mystère s’est vite dissipé. Le propriétaire du singulier navire est un « navigateur bricoleur » qui a décidé de pousser le populaire nomadisme en véhicule aménagé (van life) un peu plus loin.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Philippe Castonguay, le « navigateur bricoleur »

« Ça fait quatre ans que je suis là-dessus ! », raconte Philippe Castonguay, qui a parlé à La Presse au téléphone alors qu’il se trouvait encore au milieu du fleuve, aux commandes du navire.

Il rentrait toutefois sur son terrain de Château-Richer, sur la rive nord de Québec, après deux jours de navigation. « Il faut que je rentre au terrain, je me suis fait arrêter ! », a-t-il lancé (la SQ n’a toutefois trouvé aucune trace de cette interpellation).

Philippe Castonguay n’en est pas à ses premiers pas de navigateur insolite. Ce natif de l’île d’Orléans dit avoir toujours eu la passion des bateaux.

En 2015, l’arboriculteur-élagueur avait fabriqué un premier navire, baptisé La Chose. L’embarcation ressemblait à un camion à lait. M. Castonguay l’avait construite pour arracher son fils alors âgé de 13 ans à ses jeux vidéo. Les deux avaient passé plusieurs jours sur le fleuve, à dormir dans le navire aménagé.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

La Chose, premier navire fabriqué par Philippe Castonguay

Un autobus abandonné

Cette fois-ci, le projet est plus costaud. « Ç’a été toute une aventure ! » lâche le marin du dimanche.

Il a d’abord repéré le vieil autobus dans le village charlevoisien de Saint-Hilarion. La carcasse de l’autobus Prévost de 1950 gisait là depuis 40 ans, après 30 ans de loyaux services.

« Je l’ai eu gratuitement, il fallait que je le sorte de là. Les chaînes de la remorque ont cassé, la remorque est rentrée dans les arbres, ç’a tout scrappé le truck ! Des aventures, en veux-tu en vlà », lâche l’homme.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

Pour flotter, l’autobus a été niché sur une sorte de ponton avec deux patins flotteurs.

L’autobus a ensuite passé les deux dernières années sur son terrain de Château-Richer, ce qui lui a valu des ennuis avec la municipalité, moins enthousiaste.

Pour flotter, l’autobus a été niché sur une sorte de ponton avec deux patins flotteurs. L’embarcation a été munie d’un moteur 18 forces, mais son concepteur veut en ajouter deux autres.

Après des années de labeur, l’homme a mis sa création à l’eau samedi. Il est parti avec sa conjointe et leur chien, dans la brume, à la pluie battante. Ils se sont rendus jusqu’au pont de l’île d’Orléans, à partir duquel les automobilistes ont pu admirer le navire dimanche.

PHOTO FOURNIE PAR MATHIEU CROTEAU

Mathieu Croteau passait sur le pont de l’île d’Orléans dimanche lorsqu’il a aperçu le curieux navire sur le fleuve.

Le petit équipage a donc passé deux nuits sur le bateau, baptisé L’alpha 50-59. Le « 50 » rappelle l’année de fabrication de l’autobus. Le « 59 » fait référence à son numéro, encore visible.

L’intérieur n’est pas encore aménagé, mais le minimum est là. « J’ai la cafetière, la génératrice, le grille-pain… On a mangé du pâté chinois », lance-t-il.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, COLLABORATION SPÉCIALE

L’intérieur de l’autobus n’est pas totalement aménagé, mais le nécessaire y est.

Arrivé sur la grève à l’île d’Orléans, Philippe Castonguay raconte que des policiers de la SQ l’attendaient.

Ils m’ont posé des questions, demandé mon permis de conduire. J’ai sorti mes cartes marines. Ils étaient embêtés. Tu ne vois pas ça tous les jours, un autobus sur l’eau.

Philippe Castonguay

Il leur a promis de rentrer sur ses terres, ce qu’il a fait lundi. L’homme assure que son navire sera en règle. Transports Canada confirme d’ailleurs qu’il inspectera le bateau mardi.

Dès qu’il aura la paperasse en main, il repartira sur le fleuve, où il entend passer une bonne partie de l’été. « Cet été, j’aimerais ça partir avec et relaxer un peu. Ç’a été toute une aventure, faire ça. »