(Québec) Après des années d’acerbes critiques envers le projet de tramway de Régis Labeaume, son opposant politique Jean-François Gosselin a finalement dévoilé mercredi sa vision du transport en commun à Québec : un métro en Haute-Ville et un métrobus vers Beauport.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Son projet, qui prévoit de creuser un tunnel de 13,5 km, respectera le cadre financier du tramway, jure le chef de Québec 21.

Mais déjà plusieurs voix décrient « le manque de sérieux » de l’exercice ou dénoncent un projet « brouillon ». Le maire Régis Labeaume parle de « fumisterie » qui coûtera au bas mot 6 milliards, soit deux fois plus que le tramway.

Jean-François Gosselin, qui niait il y a quatre ans encore que la capitale avait besoin de transports collectifs structurants, assure qu’il a « évolué » depuis. Aux élections de novembre, il entend proposer un réseau de métro et de trambus.

« Ça va positionner Québec parmi les leaders mondiaux des transports en commun », a lancé mercredi matin M. Gosselin. Contrairement au tramway, son projet n’entraînera « aucune rue éventrée, aucun arbre mature coupé ».

Le projet de tramway a déjà été approuvé par le gouvernement de François Legault, qui s’est engagé à le financer à hauteur de 1,8 milliard. Ottawa doit avancer 1,2 milliard. La Ville va payer le reste du budget de 3,3 milliards.

Mais s’il est élu, le chef de l’opposition officielle entend le jeter aux poubelles. Il propose plutôt en Haute-Ville un métro léger – le Véhicule automatique léger souterrain électrique (VALSE).

ILLUSTRATION FOURNIE PAR QUÉBEC 21

Le métro et son tunnel sont représentés par les lignes verte et bleue ; en rose se trouvent la ligne de trambus et, en jaune, le troisième lien.

Ce système souterrain relierait la colline Parlementaire, Sainte-Foy et la tête des ponts, dans un tunnel de 13,5 km.

Le plan prévoit aussi un trambus de 4,5 km entre la colline parlementaire et Beauport, qui filerait par l’autoroute Dufferin-Montmorency. Il s’agit essentiellement d’autobus sur des voies réservées.

La Basse-Ville de Québec, elle, ne gagnerait aucun service de transports en commun structurant dans le plan de Québec 21. Le quartier continuerait d’être desservi par des autobus.

Le projet de tramway prévoit à l’heure actuelle plusieurs stations dans les quartiers Saint-Roch, Limoilou et Maizerets. Ces quartiers comptent de nombreux ménages à faible revenu, immigrants ou sans voiture.

M. Gosselin a expliqué qu’il préférait que son trambus se rende directement à D’Estimauville et Beauport – sans passer par la Basse-Ville – « pour favoriser la vitesse ».

« Prendre les gens pour des idiots »

Le chef de Québec 21 jure qu’il pourrait livrer son projet dans l’enveloppe prévue du tramway. Ce dernier prévoit un tunnel de 1,8 km pour passer de la Basse à la Haute-Ville. Le métro léger que propose M. Gosselin exige un tunnel de 13,5 km.

Il cite une étude de la firme Systra produite en 2019 pour le compte de la Ville de Québec. L’étude évaluait le coût d’un métro entre 150 et 200 millions par kilomètre.

Accès transports viables a déploré mercredi « le manque de sérieux et de réalisme des calculs effectués par le parti ». Selon l’organisme, le tunnel pour la ligne Eglinton Crosstown à Toronto a coûté 406,3 millions par kilomètre. À Québec même, le court tunnel du tramway doit coûter 358 millions par kilomètre.

Le maire Régis Labeaume estime que Québec 21 a présenté des chiffres erronés. Les chiffres de Systra avaient été pris à travers le monde. Le coût d’un tunnel à Québec a été étudié pendant les deux dernières années par la Ville : c’est selon lui 358 millions par kilomètre.

Selon les calculs préliminaires de l’administration, le projet de l’opposition coûterait au bas mot 6 milliards. Et creuser 15 stations en Haute-Ville exigerait des années de travaux selon le maire, avec des rues éventrées.

« Ces gens-là vivent dans un univers parallèle. C’est une opération de communication pour sauver leur emploi », accuse le maire.

PHOTO PASCAL RATTHÉ, LE SOLEIL

Régis Labeaume estime que le projet de Québec 21 n’offre rien aux villes de banlieue ni à la Basse-Ville.

« Nous sommes contre un projet où le mode structurant ne sert que la Haute-Ville », dit le maire de Québec. « On se fout complètement de la Basse-Ville et des banlieues », ajoute-t-il, en référence au projet de son adversaire.

D’autres candidats à la mairie ont réagi. Bruno Marchand juge qu’avec la proposition de Québec 21, « on repart à zéro et on risque de se retrouver exactement au même point dans quatre, cinq voire dix ans, sans aucun réel réseau de transports structurant ».

Le chef de Démocratie Québec, Jean Rousseau, parle « d’un projet peu crédible, biaisé et brouillon ».

« Jean-François Gosselin est un adversaire du transport collectif depuis toujours : il le sait très bien et nous aussi », a dit Jackie Smith, cheffe de Transition Québec et candidate à la mairie.