(Québec) Régis Labeaume a un candidat en tête pour le remplacer à la mairie de Québec, qu’il entend « présenter » à la population en temps et lieu en vue des prochaines élections municipales.

Gabriel Béland
Gabriel Béland La Presse

Au moment d’annoncer mercredi qu’il ne se représenterait pas, le maire de Québec était resté vague sur un possible dauphin. Même s’il rejette ce titre – qu’il trouve réducteur –, M. Labeaume a révélé vendredi qu’il avait bel et bien quelqu’un en tête.

« Je vais présenter quelqu’un à la population. Je pense que cette personne-là peut gérer la ville, particulièrement dans les moments qu’on vit », a indiqué le maire lors d’une longue entrevue avec La Presse.

« Je vais dire au monde : moi, je vous présente telle personne, voici pourquoi je pense que c’est la meilleure au Québec pour gérer la ville. Maintenant, faites votre choix. »

Régis Labeaume n’a pas voulu dévoiler l’identité de ce candidat mystère. Interrogé sur une possible candidature de Marie-Josée Savard, vice-présidente du comité exécutif et membre d’Équipe Labeaume, il a refusé de répondre.

Je n’ai pas de dauphin ou de dauphine. Il y a juste une personne que j’ai convaincue qu’elle était capable de faire ce travail-là. Je ne l’ai pas choisie. C’est une personne capable de faire ce travail-là.

Régis Labeaume, en entrevue avec La Presse

Plusieurs candidats se sont déjà lancés dans la course à la mairie, dont Jean-François Gosselin de Québec 21, Jean Rousseau de Démocratie Québec, Bruno Marchand de Québec Forte et Fière, et Jackie Smith de Transition Québec.

Le nom de l’ancien ministre libéral Sam Hamad circule aussi. Joint par La Presse, celui-ci a simplement affirmé qu’il avait été sollicité par plusieurs personnes depuis l’annonce de Régis Labeaume.

Barrer la route aux « patronneux »

Le maire sortant promet de ne pas jouer « à la belle-mère » durant les élections. Après avoir présenté ce candidat qu’il soutient, il n’entend pas participer activement à la campagne.

Il se réserve toutefois le droit de sauter dans la mêlée pour deux raisons. « Si quelqu’un essaie de critiquer malicieusement et pernicieusement mon bilan », dit-il, alors il sera prêt à débattre.

La deuxième chose, ma peur, c’est que les vieux patronneux de Québec essaient d’avoir leur candidat à la mairie. Ça, je vais m’en occuper. Ils vont m’avoir en face. Je sais c’est qui.

Régis Labeaume, en entrevue avec La Presse

Ces « patronneux » qu’il n’a pas voulu nommer – « je les connais » – voient selon lui « le pot à bonbons » que représente le budget de la Ville de Québec.

« Dans le municipal, quand il y a un changement à la mairie, les patronneux, ils s’essaient toujours », a dit M. Labeaume.

Du tact pour le tramway

Pour l’instant, tous les candidats déclarés soutiennent le projet de tramway du maire, sauf le chef de l’opposition officielle. Jean-François Gosselin promet de jeter le tramway aux oubliettes, même si les gouvernements du Québec et du Canada appuient le projet et ont promis des milliards.

PHOTO ERICK LABBÉ, LE SOLEIL

Jean-François Gosselin, chef de l’opposition officielle à l’hôtel de Ville de Québec

S’il est élu, M. Gosselin pourrait techniquement revenir en arrière sur ce projet cher au maire. Mais ce dernier rappelle que 400 millions ont déjà été injectés dans les travaux préparatoires. L’appel de propositions a déjà été lancé pour le projet de 3,3 milliards. Les trois consortiums préparent leur dossier.

« Les gens de Québec ne choisiront pas le chaos. Quelqu’un qui propose ça propose le chaos financier, le chaos budgétaire et le chaos politique. Voilà ce qu’ils proposent à la population, en pleine pandémie », a lancé M. Labeaume.

« Ce serait bordélique complètement. Mais le monde fera des choix. Moi, je me suis rendu où je pouvais me rendre », a-t-il dit. « Est-ce que je me trompe ? Peut-être. Mais à un moment donné il va falloir que les gens décident. »

Le mandat de son successeur risque d’ailleurs d’être très marqué par le tramway, reconnaît Régis Labeaume. L’ajout de telles infrastructures ne se fait pas sans heurts.

« C’est invasif, on ne peut pas le cacher. Ça va prendre quelqu’un d’empathique, capable d’écouter, qui sait gérer », a-t-il dit. « Mais je pense que j’ai la bonne personne. »

Labeaume, en bref

Sur le « mystère Labeaume »

« Moi, j’aime le monde. Je lis des livres plates, des monographies. Mais j’aime le football américain et j’aime aller prendre une bière avec mes chums. Je suis un fils de mécanicien. Les gens essaient de me typer. Je suis juste un gars de Duberger qui est allé à l’université, qui a aimé étudier en sociologie et qui a aimé la politique. C’est rien que ça. »

Sur son ton parfois caustique

« J’assume, j’assume. Ça ne me donne rien de revenir là-dessus. J’ai été libre tout le long. Faire de la politique à Québec… J’ai combattu le feu par le feu. Je me suis aperçu que j’entretenais mon personnage, mais je ne pouvais pas faire autrement. À la fin, j’ai essayé. Mais je ne suis pas capable de faire autrement. Les politiciens au Québec, ils font le dos rond ; moi, je ne suis pas capable. »

Sur sa plus grande fierté

« Les finances publiques. On est rendus à un stade où on peut bâtir pendant tellement longtemps. Les régimes de retraite et les régimes de négociation… C’est immense, ce qu’on a fait pour les villes. Et le plus gros bénéficiaire, c’est Montréal, en passant. On a fait des sacrifices. On a été rigoureux. »