En difficultés financières, Keolis Canada procédera dès le 7 février à une suspension « temporaire » de plusieurs liaisons par autobus d’Orléans Express, surtout à l’est de Rimouski. Indignés par la situation qui « prend en otages » leurs concitoyens, des élus municipaux envisagent toutefois de s’adresser à la Commission des transports du Québec pour obtenir justice.

Henri Ouellette-Vézina Henri Ouellette-Vézina
La Presse

« Nous devons être réalistes. L’achalandage actuel, les limitations de déplacements interrégionaux et les mesures gouvernementales en place ne nous permettent pas de continuer de desservir notre clientèle avec le service et la fréquence actuels », martèle dans un communiqué le directeur général de Keolis Canada, Pierre-Paul Pharand, sans préciser le moment prévu d’un retour à la normale.

Seules quatre liaisons resteront actives, soit trois entre Québec et Montréal et une entre la capitale nationale et Rimouski. Grande perdante de cette annonce, toute la péninsule gaspésienne perdra ainsi sa desserte régionale. De nombreuses municipalités du Centre-du-Québec ne seront également plus desservies.

Keolis Canada assure que ces mesures sont « exceptionnelles ». Le groupe se dit conscient que ses services « sont importants pour la mobilité de [ses] passagers et que cette décision difficile aura un impact sur certaines communautés ». « Nous avons à cœur de rétablir nos services dès qu’il le sera possible », avance M. Pharand.

Ce dernier a rencontré mercredi le ministre des Transports, François Bonnardel, dont le cabinet indique que « toutes les options sont sur la table » pour s’assurer que les régions soient desservies, y compris une aide d’urgence. « Nous sommes en lien avec les différents acteurs de l’industrie, dont Keolis, pour aider à faire face à la situation et apporter un soutien accru », assure l’attachée de presse, Florence Plourde.

Régions « prises en otages »

Joint par La Presse, le maire de Gaspé, Daniel Côté, ne mâche pas ses mots à l’égard de l’interruption des liaisons par autocar sur la péninsule gaspésienne. « Nos régions sont encore prises en otages par des multinationales milliardaires. On l’a vécu avec Air Canada, et là, c’est Keolis. Il faut vraiment qu’on se mette à considérer le transport régional comme un service essentiel », martèle-t-il.

Sa municipalité envisage d’utiliser des moyens juridiques pour infirmer la décision. « Keolis Canada reste soumise à un tribunal administratif qu’est la Commission des transports du Québec (CTQ). L’entente de service conclue avec le Ministère prévoit clairement qu’elle doit nous desservir, donc on n’écarte pas la possibilité d’y recourir pour faire appliquer des décisions », assure M. Côté.

Cette entreprise-là n’a jamais hésité à s’adresser à la CTQ par le passé. Je ne vois pas pourquoi on s’en priverait.

Daniel Côté, maire de Gaspé

Le maire de Matane, Jérôme Landry, l’appuie. « Orléans Express a déjà réduit son service depuis la pandémie, mais on n’espérait pas en arriver là. L’annonce nous a surpris. Il faut qu’on puisse maintenir un service, avec le soutien du gouvernement », implore-t-il.

Quelles solutions ?

Le maire Landry rappelle l’existence d’une solution « à moyen terme ». Plusieurs élus du Bas-Saint-Laurent travaillent actuellement sur un projet de transport collectif régional public. « On veut développer un réseau inter-MRC, avec des bus électriques, d’ici environ deux ans. C’est un très beau projet », indique le maire.

Ça n’a pas de bon sens de penser qu’on n’aura plus de liaisons, surtout pour nos étudiants, dont beaucoup sont étrangers et viennent directement à Matane.

Jérôme Landry, maire de Matane

Pour le député péquiste de Matane-Matapédia, Pascal Bérubé, Québec doit réagir rapidement. « La balle est dans le camp du gouvernement. C’est fondamental pour la mobilité des citoyens, mais aussi pour la livraison de colis. Beaucoup d’agriculteurs en dépendent pour envoyer des produits du terroir », dit-il.

« Quand je regarde les montants importants que le gouvernement décaisse depuis le début de la pandémie, je me dis : voici un judicieux investissement qui s’impose », souligne M. Bérubé, en appelant les autorités à se tourner vers les partenaires régionaux pour imaginer une « offre adaptée ». « La solution ne doit pas passer de façon idéologique par l’État », estime-t-il.

Dans une lettre adressée au ministre Bonnardel, le président de la Fédération québécoise des municipalités (FQM), Jacques Demers, a aussi réclamé mercredi une aide d’urgence. « Votre gouvernement a mis en place une intervention d’urgence pour le transport aérien, il est, à notre avis, tout aussi urgent, sinon plus, de faire de même pour le service d’autobus interurbain », écrit-il.