La maison de Béatrice Vachon est l’une des nombreuses propriétés de Sainte-Marie, en Beauce, qui passeront sous le pic des démolisseurs à la suite des inondations du printemps 2019. La femme de 93 ans ne voulait pas la quitter. Elle a passé 67 ans de sa vie au 283, rue Saint-Louis. Elle y a vécu avec son mari. Elle y a vu grandir ses trois enfants.

Mario Girard Mario Girard
La Presse

« Ma mère fut la Gauloise du coin, dit son fils, Louis Gagnon. Elle a attendu au dernier moment avant de partir. Comme elle est très autonome, elle ne voulait pas quitter sa maison. Elle conduit encore sa voiture, elle a son chalet. »

Déchiré d’assister à cette séparation forcée, Louis Gagnon s’est dit qu’il fallait faire un geste symbolique. « Les gens de Sainte-Marie sont blasés de voir autant de démolitions. Le son des pelles mécaniques est devenu un bruit ambiant. Je ne pouvais pas croire que notre maison allait disparaître dans ce contexte, dans l’indifférence. »

Le designer et artiste a alors eu cette idée : inscrire sur les murs de la maison le nom des personnes qui ont y vécu et qui l’ont visitée pendant des décennies : les membres de la famille éloignée, les amis d’enfance de la rue, les voisins, etc.

Il a voulu faire de sa maison d’enfance une installation artistique éphémère.

PHOTO FOURNIE PAR LOUIS GAGNON

Béatrice Vachon

Ma famille et moi avons dressé la liste des noms tous ensemble. Ma mère a fait des recherches. On a réalisé qu’à une époque, les femmes portaient toutes le nom de leur mari. On a tenu à mettre leur véritable nom.

Louis Gagnon

Louis Gagnon a attendu que sa mère quitte la maison avant de réaliser son projet. Vendredi et samedi derniers, aidé par sa sœur, le vice-président du studio Paprika a apposé près de 325 noms sur les murs de sa maison natale grâce à des bandes collantes qu’il avait préparées.

« Les gens du quartier s’arrêtaient, venaient nous parler, raconte-t-il. Ils étaient intrigués. Ça nous a retardés un peu, mais ce furent de beaux moments. »

Depuis dimanche dernier, la maison blanche de la rue Saint-Louis est devenue une véritable attraction. « C’est un feu roulant, dit Louis Gagnon. Plein de gens viennent voir le résultat. Pour moi, c’est une façon de rendre hommage à la maison, mais aussi à la rue, à la ville. »

La maison tatouée de Béatrice Vachon doit, en principe, être démolie ce mercredi. Avec les nombreux souvenirs contenus entre ses murs disparaîtra cette œuvre d’art qui aura existé moins d’une semaine.

Louis Gagnon espère que ce geste artistique procurera un sentiment de bien-être aux gens de Sainte-Marie. « La vie n’est pas facile en ce moment, dit-il. On a besoin de cela. »

Béatrice Vachon vit maintenant dans une résidence de la Beauce. Elle a été très touchée par la démarche de son fils. « La moitié de la ville vit maintenant dans cette résidence, dit Louis Gagnon. Mais elle garde le moral. Elle est heureuse. »