Le ministre des Transports Marc Garneau a fait le bonheur des citoyens de Saint-Roch-de-l’Achigan, vendredi, en bloquant le projet de construction de l’aérodrome pour des raisons d’intérêt public.

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

«Ça me satisfait, évidemment», a réagi le maire de cette petite municipalité de Lanaudière, Yves Prud’homme, qui a appris la nouvelle de la bouche du ministre Garneau en matinée. «Nous avons réussi, pas seulement la municipalité, pas seulement les citoyens, mais aussi les élus, la MRC et toutes les villes environnantes, à démontrer que ce projet d’aérodrome allait à l’encontre de l’intérêt public.»

Sébastien Marcil, porte-parole de la Coalition des citoyens contre l’aérodrome, ne pouvait pas être plus content. «Ça va très bien!» s’est-il exclamé au téléphone. Le maire lui a donné un coup de fil à 9h30 pour lui annoncer la nouvelle, après avoir raccroché avec le ministre Garneau. M. Marcil roulait en voiture en direction de Rimouski où il il allait passer le week-end de la fête du Travail. 

«Je me suis mis à trembler, dit-il. C’était dur à croire sur le coup. Puis, je me suis rangé sur le bord de la route et je me suis effondré en larmes. Des larmes de joie. On a vraiment l’impression d’avoir gagné comme David contre Goliath. Depuis le début, on était conscients qu’on avait 95% de chances de se faire imposer l’aérodrome par Ottawa. C’est une victoire pour la démocratie, une victoire pour la raison et une victoire pour Saint-Roch-de-l’Achigan. On jubile!»

M. Marcil pense que le résultat du référendum tenu le 11 août a pesé dans la balance. Dans une proportion de 96%, les citoyens de Saint-Roch-de-l’Achigan avaient dit non à ce projet. Le taux de participation avait atteint 52 %.

Mais la décision finale était entre les mains du ministre Garneau car la loi fédérale sur l’aéronautique a préséance sur toutes les lois provinciales et municipales. 

«Dans le présent cas, des lacunes relevées quant à la consultation entreprise par le promoteur et à la proposition du projet d’aménagement de l’aérodrome, entre autres le manque de clarté quant aux activités anticipées à l’aérodrome et les répercussions sur la collectivité de l’empreinte sonore, confirment le besoin d’intervention au dossier», explique le ministre dans une déclaration.

Le promoteur, Aérodrome SRA, avait déposé son rapport de consultation à Transport Canada le 13 août. Le ministre Garneau avait jusqu’au début du mois de septembre pour faire connaître sa décision. 

«J’ai pris cette décision basée sur l’article 432 de la Loi sur l’aéronautique qui me permet d’intervenir dans l’aménagement d’un aérodrome en cas de risques à la sécurité aérienne ou lorsqu’un tel aménagement n’est pas dans l’intérêt public», précise M. Garneau.

Dans un communiqué émis en après-midi, le promoteur Aérodrome SRA dit vouloir prendre «le temps nécessaire pour évaluer les options disponibles relativement au projet d’aérodrome SRA et pour prendre la meilleure décision dans l’intérêt de toutes les parties intéressées».

Ce projet consistait à transformer en aéroport un énorme terrain agricole de Saint-Roch-de-l’Achigan, en bordure de l’autoroute 25. Il remplaçait celui de Mascouche, qui avait été abandonné au printemps, à la suite d’une entente à l’amiable de 3,1 millions pour la relocalisation de l’aéroport. Les installations de Saint-Roch-de-l’Achigan, si elles avaient vu le jour, auraient pu abriter 150 avions, avec des départs toutes les 10 ou 15 minutes durant l’été, en plus de trois écoles de pilotage et de 75 hangars.