Contesté par la population et les élus, le projet d’aérodrome de Mascouche est mort en mai. Celui de Saint-Roch-de-l’Achigan, tout aussi décrié, connaîtra-t-il le même sort ?

Suzanne Colpron Suzanne Colpron
La Presse

Rien n’est moins sûr.

Un référendum consultatif a lieu dimanche, mais c’est le ministre fédéral des Transports, Marc Garneau, qui a droit de vie ou de mort sur le projet. La loi fédérale sur l’aéronautique a préséance sur toutes les lois provinciales et municipales, même si le futur aérodrome est en zone agricole.

« On ne peut pas scraper 35 hectares de bonne terre agricole », lance Pierre La Salle, préfet de la MRC de Montcalm, qui englobe la municipalité de Saint-Roch-de-l’Achigan, où la colère gronde depuis l’annonce, début juin, de ce projet d’aérodrome privé.

« C’est clair que ce n’est pas acceptable », renchérit Yves Prud’homme, maire de cette municipalité agricole de 5300 âmes, dans Lanaudière, à environ 40 kilomètres de Montréal.

PHOTO DAVID BOILY, LA PRESSE

L’aérodrome de Saint-Roch-de-l’Achigan serait construit sur un immense terrain agricole situé en bordure de l’autoroute 25.

Piloté par quatre promoteurs, dont Yvan Albert, ce projet consiste à transformer un énorme terrain agricole en aéroport, en bordure de l’autoroute 25. Il remplace celui de Mascouche, qui a été abandonné au printemps à la suite d’une entente à l’amiable de 3,1 millions pour la relocalisation de l’aéroport.

Les installations de Saint-Roch-de-l’Achigan pourraient abriter 150 avions, avec des départs toutes les 10 ou 15 minutes durant l’été, en plus de trois écoles de pilotage et de 75 hangars.

Le maire Prud’homme, qui a été chef syndical des policiers de Montréal et de ceux de toute la province, a appris l’existence de ce projet en avril. Une première rencontre avec les promoteurs, qui ont acquis les terrains au coût de 1,6 million, a eu lieu peu de temps après, suivie d’une deuxième avec les membres du conseil municipal. Les citoyens ont ensuite été invités à deux séances d’information, les 20 juin et 11 juillet.

Quelque 200 citoyens étaient attendus le 20 juin. Il en est venu 600. En colère, pour la grande majorité.

Référendum consultatif

« Après la première rencontre, j’ai décidé de tenir un référendum consultatif », dit le maire Prud’homme, opposé au projet depuis le premier jour. « Les promoteurs ne sont pas des gens professionnels. Ils parlent de retombées économiques, de bruit, d’emplacement, mais ils n’ont pas d’études sérieuses. »

« Sur le plan éthique, ils sont hautement questionnables », ajoute le citoyen Sébastien Marcil. Au fil de ses recherches sur l’internet, M. Marcil a découvert des messages mis en ligne par Yvan Albert sur Facebook dans lesquels il incitait les résidants mécontents du bruit des avions à déménager – « à crisser le camp », en fait.

Le vote par anticipation du référendum, auquel 26 % des électeurs ont participé, a eu lieu dimanche dernier. Le vote officiel se tiendra dans trois jours (dimanche), de 8 h à 20 h, et les résultats seront dévoilés en soirée. La question est très claire : « Êtes-vous en faveur de la construction d’un aérodrome à Saint-Roch-de-l’Achigan ? »

« On va respecter l’opinion des citoyens », assure M. Prud’homme.

Bruit des avions

Mais c’est le ministre Marc Garneau qui aura le dernier mot. Jeudi dernier, le maire et une poignée d’élus de Saint-Roch-de-l’Achigan l’ont rencontré pour lui faire part de leur opposition.

« La rencontre devait durer de 15 à 20 minutes, elle en a duré 45, précise M. Prud’homme. On lui a demandé de retarder sa décision après les résultats du référendum, et il a dit oui. »

Alexandre Caron est propriétaire du Camping Horizon, situé à 1,5 km de l’emplacement du futur aérodrome. Si le projet voit le jour, il craint que cela nuise à son commerce à cause du bruit des avions durant la période estivale.

C’est sûr que ça va avoir un impact. Pas cette année, ni même l’an prochain, mais dans quelques années, oui. Les gens partent de la ville pour venir passer l’été ici. Ils ne veulent pas entendre le bruit des avions.

Alexandre Caron, propriétaire du Camping Horizon

Le maire Prud’homme redoute aussi les effets sur la valeur des 135 propriétés situées dans les environs de l’aérodrome.

À Saint-Cuthbert, rappelle-t-il, le propriétaire d’un aérodrome a été condamné à dédommager des citoyens pour la perte de la valeur de leur résidence. La Cour des petites créances avait conclu que les propriétaires de maisons situées près de l’aérodrome subissaient des « inconvénients anormaux de voisinage » et un bruit « excessif ».

Mémoire de 57 pages

Plus de 2000 citoyens ont signé une pétition pour dénoncer ce projet. Plusieurs pancartes ont été déployées aux abords de l’autoroute pour réclamer l’intervention du premier ministre Justin Trudeau. Et des gens, regroupés au sein de la Coalition SRA, ont remis un mémoire de 57 pages au ministre Garneau.

« Valoriser la profession de gestionnaire d’aérodrome et l’industrie aéronautique, c’est refuser ce projet », affirme Sébastien Marcil, qui n’a pas beaucoup dormi depuis l’annonce de ce projet, le 3 juin. 

Le pire, c’est le manque d’éthique des promoteurs.

Sébastien Marcil, citoyen de Saint-Roch-de-l’Achigan

Yvan Albert, qui a créé l’organisme sans but lucratif Aérodrome Saint-Roch-de-l’Achigan (anciennement la Corporation de l’aéroport de Mascouche), a songé à construire son aérodrome à Mirabel, mais son projet a été refusé.

« L’OBNL avec lequel Aéroports de Montréal (ADM) a eu des discussions pour relocaliser des activités de l’aéroport de Mascouche sur le site aéroportuaire de Mirabel n’avait pas les ressources financières requises pour l’aménagement d’un nouveau site, qui aurait inclus notamment la construction de stationnements d’aéronefs, de hangars et de voies de circulation », explique Anne-Sophie Hamel, directrice des relations avec les médias.

Les promoteurs ont déposé leur rapport de consultation à Transports Canada le 5 août. L’avis du ministère est attendu le 5 septembre. Si la décision est positive, le début des travaux est prévu le 9 septembre.

Yvan Albert n’a pas rappelé La Presse.