L'ancien premier ministre Jacques Parizeau dénonce sans hésiter le choix de Michael Sabia comme président de la Caisse de dépôt et placement.

Denis Lessard LA PRESSE

L'ancien chef péquiste, qui était l'un des instigateurs de la Caisse dans les années 60, croit que le premier ministre Charest «aura, j'espère, à payer un prix politique sérieux» pour ce qui est advenu de cette institution québécoise. Émule de la haute fonction publique fédérale, M. Sabia est un choix qui a comblé d'aise tous les stratèges anglophones de l'époque Mulroney, selon lui.

Devant un parterre d'économistes réunis en congrès à Québec, il a relevé l'indifférence manifestée par M. Sabia, lors de l'annonce de sa nomination, quant à une vente éventuelle de Bombardier à des intérêts étrangers. «Si cela arrive, cela ferait tout un trou à Montréal», observe M. Parizeau, fier des interventions de la Caisse pour maintenir Domtar puis Vidéotron sous le contrôle d'intérêts québécois.

Il n'a pas été tendre envers la décision de la Caisse de se lancer dans les papiers commerciaux. Il ne peut comprendre que des membres du conseil d'administration soutiennent n'avoir rien su de ces transactions risquées. En 2005, la Banque du Canada avait lancé une mise en garde non équivoque à l'endroit de ces produits, que Moody's ou Standard and Poors ne voulaient pas évaluer, rappelle-t-il. «Je trouve que cela commence à demander une commission d'enquête», a-t-il laissé tomber avant de se raviser en point de presse; il faudra d'abord passer par la commission parlementaire, un exercice où il souhaiterait être invité.

On a voulu gérer la Caisse comme une entreprise privée, déplore-t-il en s'insurgeant du fait que le gouvernement n'ait plus de représentant sur le conseil de la Caisse, bien qu'il en soit le seul actionnaire.

Sur le mandat d'Henri-Paul Rousseau, il salue l'apport de l'ex-banquier dans ses premières années après sa nomination en 2002. M. Rousseau avait compris qu'il fallait rapidement remettre la Caisse sur la voie des rendements intéressants pour secouer la torpeur d'une organisation malmenée par les problèmes de Vidéotron, l'éclatement de la bulle technologique et le scandale de Montréal Mode.

En revanche, quand l'institution sous M. Rousseau s'est lancée dans des investissements plus «magistraux» à l'étranger - dans les aéroports de Londres notamment - «la Caisse a perdu les pédales», a soutenu M. Parizeau. C'était l'époque où la Caisse avait étiqueté ses investissements au Québec comme des «investissements de proximité», a-t-il dit, cinglant.