Dans le budget déficitaire qui sera déposé aujourd'hui à l'Assemblée nationale, le gouvernement Charest viendra en aide aux travailleurs licenciés qui veulent se requalifier et aux entreprises pour la mise en place de programmes de formation.

Tommy Chouinard LA PRESSE

Selon ce qu'a appris La Presse, ces deux mesures feront partie d'un plan pour soutenir l'emploi que dévoilera la ministre des Finances, Monique Jérôme-Forget.

 

Dans un discours d'une cinquantaine de minutes, plutôt court, la grande argentière du gouvernement présentera à l'Assemblée nationale les grandes lignes de ce premier budget écrit à l'encre rouge depuis une décennie. Le déficit devrait atteindre environ 4 ou 5 milliards de dollars en raison de la crise économique, selon les économistes de Desjardins et de la Toronto-Dominion.

«Il est clair que les gouvernements souhaitent toujours avoir un budget équilibré. Mais le sens de l'État, le rôle d'un gouvernement, c'est précisément d'intervenir dans l'économie quand l'économie en a besoin. C'est ce que doivent faire tous les gouvernements à l'heure actuelle», a affirmé Monique Jérôme-Forget lors d'une rencontre avec la presse parlementaire dans ses bureaux, en fin d'après-midi hier.

Selon elle, la priorité sera donnée à l'emploi. Le premier ministre Jean Charest tenait le même discours quelques heures plus tôt. «Il y aura dans le budget des mesures de soutien destinées aux travailleurs qui peuvent être affectés par le ralentissement économique», a-t-il indiqué à l'entrée de la réunion hebdomadaire du Conseil des ministres.

Par exemple, Québec entend faire en sorte que les travailleurs licenciés reçoivent, pendant toute leur formation, un revenu égal à celui qu'ils tireraient des prestations de l'assurance-emploi. À l'heure actuelle, en raison de la durée limitée des prestations, des chômeurs perdent leur revenu au moment même où ils complètent une formation.

Le gouvernement fédéral a annoncé des bonifications au programme d'assurance-emploi dans son budget déposé en février. Il a prolongé la durée des prestations pour les chômeurs qui suivent une formation de longue durée (de 45 à 50 semaines), au coût de 500 millions de dollars sur deux ans. Québec veut aller plus loin.

Dans son budget, le gouvernement Charest fera également passer à 75% l'aide financière accordée aux entreprises pour la mise en place de programmes de formation. À l'heure actuelle, Emploi-Québec verse, à certaines conditions, une aide équivalant à 50% des coûts d'un tel programme.

Ces deux mesures faisaient partie des engagements électoraux du Parti libéral. Elles étaient évaluées à 20 millions de dollars par année. Mais l'ensemble du plan pour l'emploi sera plus généreux, a-t-on indiqué à La Presse.

Le budget contiendra inévitablement des compressions en raison de la chute des revenus de l'État. «C'est un budget difficile, a reconnu Monique Jérôme-Forget. Mais c'est un budget qui respecte les valeurs à l'endroit de la santé, de l'éducation et de la famille.» Jean Charest a promis de son côté de «protéger les services».

Au cours de ses consultations sur le budget, Monique Jérôme-Forget a évoqué de possibles hausses de tarifs. Elle a également proposé de suspendre les versements prévus au Fonds des générations, créé en 2006 pour rembourser la dette. Ces contributions devaient s'élever à 822 millions de dollars en 2009-2010, selon les prévisions du ministère des Finances.

Le budget devrait contenir un cadre financier garantissant le retour à l'équilibre budgétaire dans les cinq prochaines années, une obligation prévue à la loi antidéficit de 1996. «Oui, il va y avoir un déficit. Si on entre en déficit, il faut prévoir comment on en sort», a affirmé Jean Charest.

Comme le veut la tradition la veille d'un budget, Monique Jérôme-Forget a accueilli la presse parlementaire dans ses bureaux pour montrer sa nouvelle paire de chaussures, «bien modeste, bien ordinaire». «J'ai acheté des souliers neufs pour faire fonctionner l'économie», a-t-elle dit, réitérant que la priorité sera donnée à l'emploi.