Sans amertume, Mario Dumont a envoyé aujourd'hui sa lettre de démission comme député de Rivière-du-Loup, un poste qu'il occupe depuis 1994. Pas d'amertume, mais une déception toutefois, lancinante: l'éducation est au Québec dans le même marasme qu'il y a 15 ans.

Mis à jour le 24 févr. 2009
Denis Lessard LA PRESSE

«C'est ce qui me déçoit le plus, ce qui me préoccupe pour l'avenir. C'est l'état désolant de notre système d'éducation, cela va des bâtiments scolaires jusqu'à la qualité de la formation», laisse tomber Dumont dans un entretien accordé à La Presse, hier, une sorte testament politique avant de tirer sa révérence pour l'avenir prévisible.

 

Pas question de dévoiler son point de chute - ce sera dans le secteur privé, à Montréal, se contente-t-il de dire. Il se cherche déjà une maison sur la Rive-Sud. Pas question pour l'instant de vendre la maison familiale de Cacouna - qui appartient aux Dumont depuis plusieurs générations. La vente du condo près de Place-Royale à Québec permettra d'amortir la nouvelle résidence.

Pas question pour lui de retourner à l'Assemblée nationale pour un ultime discours au salon Bleu, des trémolos dans la voix. Dans son parcours de 15 ans en politique active, il a bien rarement laissé transparaître ses émotions, en dépit des coups durs. La photo, intense, publiée par La Presse où il embrasse sa fille avant de monter faire son discours de la défaite, le 8 décembre, restera probablement la seule trace de tristesse qu'il aura laissée.

Sa lettre au président du parti, tout comme au président de l'Assemblée nationale, sera plutôt laconique, prévient-il. «Ce sera quelque chose comme... je pars», ironise-t-il. Dans sa lettre, reçue ce matin par la direction du parti, il confirme qu'il quittera le 6 mars.

La course à sa succession ne l'accapare guère. Orgueilleux, il a sourcillé quand il a vu des reportages laissant entendre que ses députés avaient hâte qu'il sorte du paysage. Le journaliste aura mal compris, conclut-il. En revanche, il n'a pas l'intention de couronner son dauphin. Les députés qui convoitent la direction du parti, «sont tous des gens de qualité», insiste-t-il. Il est difficile de prédire les changements qui surviennent quand un politicien change de fonction, «rappelez-vous Paul Martin qui était un champion aux Finances, mais qui a mal tourné une fois devenu premier ministre», illustre Dumont.

La corde autour du cou

La déconfiture de son parti, la cuisante défaite de décembre après les résultats étonnants de mars 2007 étaient presque prévisibles selon lui. Bombardée opposition officielle du jour au lendemain, l'ADQ était dans la situation la plus vulnérable. D'abord sans contrôle sur l'agenda, elle était condamnée à faire face à des élections au moment choisi par le gouvernement. Puis passée devant le PQ, la jeune formation politique allait faire face à des attentes immenses de la part de la population.

«À chacune de nos interventions, on tentait de réduire les attentes, mais à un moment donné, c'est impossible. Le soir de l'élection en 2007 avec 41 députés, je savais qu'on avait les trois quarts de la corde passée autour du cou», dit-il.

Le chef de l'ADQ bat aussi sa coulpe. Le programme adéquiste en matière d'éducation était adéquat, mais les gens n'en ont rien retenu, tant le débat sur l'abolition des commissions scolaires avait pris de la place. Cette idée «n'était peut-être pas la bonne locomotive, mais nous ne pouvions plus en changer», résume-t-il. Il croit toujours inutile ce palier de décision, qui selon lui dissocie les établissements scolaires de leur communauté.

Les données récentes sur le niveau du décrochage scolaire illustrent à quel point le Québec a pris du retard, insiste-t-il. Le fait que bien des élèves raccrochent par la suite par la voie de l'enseignement aux adultes ne devrait pas satisfaire les décideurs publics.

«Même avec ça, on est dans le peloton de queue. Au surplus, ce passage au secteur des adultes devrait être l'exception, c'est devenu la règle. Or le diplôme n'a plus le même sens, n'est pas garant d'un niveau de culture. Ce n'est pas vrai que tu peux faire un secondaire cinq en deux mois, sans qu'il y ait des conséquences», observe Mario Dumont.

Avec le recul, les problèmes de l'enseignement au Québec semblent dangereusement chroniques. «Quand je suis arrivé à l'Assemblée nationale en 1994, le décrochage scolaire était déjà une priorité. M. Parizeau en parlait encore il y a quelques mois, mais sa sortie n'a pas eu l'impact qu'elle aurait dû avoir», constate aujourd'hui l'adéquiste.

Selon lui, l'opposition entre les secteurs public et privé en éducation est un faux débat. Il n'y a pas de raison que les établissements du secteur public ne puissent se doter des fondations qui viennent appuyer financièrement l'enseignement privé.

 

Voici le texte de cette lettre

Monsieur le Président,

J'annonçais le 9 décembre dernier mon intention de quitter mes fonctions de chef de l'Action démocratique du Québec. J'ai souhaité demeurer en poste pendant quelques semaines afin de permettre à notre organisation d'assurer une transition ordonnée. Je vous annonce donc par la présente ma décision de mettre fin officiellement à mon mandat le 6 mars prochain.

Je vous informe également de mon intention de remettre au président de l'Assemblée nationale ma démission à titre de député de Rivière-du-Loup le même jour, soit le 6 mars.

Je veux exprimer à travers vous ma haute considération et mon admiration pour tous les militants de l'ADQ, de l'exécutif national jusqu'aux bénévoles dans les comtés, pour leur dévouement, leur force de conviction et leur amour du Québec. Je vous souhaite la meilleure des chances dans les étapes qui suivent.