L'opposition péquiste tient le premier ministre Jean Charest personnellement responsable des déboires financiers de la Caisse de dépôt et placement du Québec, et entend bien le forcer à rendre des comptes à la population.

Mis à jour le 20 févr. 2009
Jocelyne Richer LA PRESSE CANADIENNE

Dès le 10 mars, jour de la reprise des travaux à l'Assemblée nationale, l'opposition officielle s'affairera à démontrer que M. Charest est à l'origine du gouffre financier dans lequel se trouve actuellement la Caisse, qui devrait essuyer des pertes importantes cette année, pouvant atteindre 38 milliards $, selon certaines estimations.

Lors d'une entrevue à La Presse Canadienne, le leader parlementaire de l'opposition officielle, Stéphane Bédard, dit que son équipe trépigne d'impatience à l'idée de pouvoir enfin en découdre en Chambre avec le premier ministre, sur cette question.

«On va lui rappeler tous les jours» son rôle personnel dans cette histoire, promet M. Bédard, qui se dit «vraiment déçu» de ne pas pouvoir l'interpeller dès maintenant.

L'opposition péquiste reviendra donc à la charge pour exiger esentiellement deux choses du gouvernement: la tenue d'une commission parlementaire spéciale, chargée de faire toute la lumière sur les risques financiers pris par le direction de la Caisse, de même que le dépôt d'un projet de loi, visant à revoir son mandat pour y inclure explicitement le développement économique.

Très attendus, les résultats financiers officiels de la Caisse seront rendus publics la semaine prochaine. On saura alors s'il est vrai que l'institution a perdu plus de 25 pour cent des 155,4 milliards $ qui étaient dans ses coffres au début de 2008, ce qui serait la pire performance de son histoire.

«Si le premier ministre pense qu'il est capable de ne pas faire de déclaration sur la Caisse de dépôt, je pense qu'il se met un doigt dans l'oeil», dit M. Bédard, qui semble l'attendre de pied ferme.

Cette question mérite l'attention des parlementaires, selon lui, car elle touche de près tous les Québécois, qui pourraient devoir assumer avant longtemps des hausses de tarifs, conséquence directe des lourdes pertes affichées par la Caisse.

«Je ne sais pas comment on va se relever de ça», se demande-t-il, inquiet du trou béant laissé dans le bas de laine des Québécois.

En 2004, le premier ministre Charest avait modifié par voie législative le mandat de la Caisse, de manière à recentrer ses activités sur la recherche de rendement, laissant de côté le volet de développement économique.

Or, cinq ans plus tard, les résultats sont loin d'être probants, soutient M. Bédard.

«On n'a pas eu les rendements, et en plus, le mandat de développement économique, on ne l'a pas exécuté. Ce qui fait qu'on a le pire des deux mondes actuellement, à cause du premier ministre, à cause de Charest, et c'est lui qui en porte la responsabilité!», assure M. Bédard, qui mènera la charge en Chambre aux côtés de la chef de l'opposition officielle, Pauline Marois.

Jusqu'à maintenant, le gouvernement a toujours refusé la convocation d'une commission parlementaire spéciale sur la Caisse, sous prétexte que ses dirigeants doivent de toute façon défiler devant les parlementaires, lors de l'étude annuelle des crédits en avril.

Mais c'est loin d'être suffisant, aux yeux de l'opposition, qui veut convoquer tous ceux qui pourraient expliquer pourquoi l'institution a pris autant de risques avec l'épargne des Québécois.

Même si le gouvernement entame à peine son mandat, M. Bédard juge qu'il est déjà «complètement essoufflé» et que le premier ministre Charest «n'a pas l'étoffe d'un leader».

En deux mois, sur fond de crise économique, «le gouvernement a fait la preuve qu'il est complètement dépassé par les événements», selon lui.

Parmi les autre sujets qui retiendront l'attention de l'opposition officielle au cours de la prochaine session, notons l'augmentation du nombre de séjours prolongés dans les corridors des hôpitaux et la hausse constante du nombre de jeunes décrocheurs.

Sur la question du décrochage scolaire, le PQ veut aussi la tenue d'une commission parlementaire, en vue d'amener le gouvernement à adopter un véritable plan d'action.

Pour ce qui est des séjours prolongés en salle d'urgence, la position du ministre Yves Bolduc, qui consiste à ne plus fixer de cible de réduction, ni d'échéancier, elle va carrément «à l'encontre de toute bonne gestion», fait valoir le député de Chicoutimi.

L'opposition veut par ailleurs interpeller le gouvernement sur les dépassements de coûts de divers projets, comme le chantier de la rue Notre-Dame à Montréal, la salle de l'Orchestre symphonique de Montréal (OSM) et le CHUM, notamment.