La ministre des Transports, Julie Boulet, se contredit au sujet des coûts estimés du projet de modernisation de la rue Notre-Dame qui ont explosé depuis l'annonce du projet en novembre 2007.

Mis à jour le 20 févr. 2009
Tommy Chouinard LA PRESSE

Mercredi, alors que La Presse révélait que les coûts prévus de construction sont passés de 750 millions à 1,5 milliard de dollars, Mme Boulet a déploré que l'estimation des coûts fournie par ses fonctionnaires à l'automne 2007 ne prévoyait pas de «contigences», aucun coussin en cas d'imprévu.

 

Or, lors de l'annonce en grande pompe du projet le 20 novembre 2007, la ministre tenait un tout autre discours. Elle se disait confiante d'éviter les dépassements de coûts puisque l'estimation comprenait une «marge de manoeuvre» afin de couvrir des dépenses inattendues.

«Dans le budget de 750 millions, il y a de 20 à 25% de contingence qui est budgété, donc on a une marge de manoeuvre, mais il y a toujours des imprévus dans ce style de projet», avait-elle affirmé en conférence de presse. Bref, selon ses dires, entre 150 et 187,5 millions avaient été prévus pour couvrir d'éventuels dépassements de coûts.

De son côté, lors de la même conférence de presse, le ministre du Développement économique et parrain de la métropole, Raymond Bachand, assurait que «malgré le scepticisme, c'est un projet bien attaché».

Mercredi dernier, en des termes à peine voilés, Julie Boulet a jeté le blâme en bonne partie sur ses fonctionnaires pour les dépassements de coûts. «Dorénavant, quand on va annoncer des grands chantiers, il faudra prévoir des contingences qui répondent à l'état d'avancement des dossiers», a-t-elle affirmé.

Hier, son attaché de presse, Sylvain Lévesque, a affirmé «après vérifications» que l'estimation des coûts de 750 millions ne prévoyait aucun coussin pour les imprévus. «Il n'y avait pas de contingence dans le projet de la rue Notre-Dame», a-t-il dit. Informé des déclarations de la ministre de novembre 2007, M. Lévesque a répondu que «s'il y a une correction à faire, on va la faire».

De son côté, le ministère des Transports confirme qu'une marge de manoeuvre avait été prévue, mais il refuse de la chiffrer. Certains avancent que 13% des 750 millions étaient destinés à couvrir d'éventuels dépassements de coûts.

Quoi qu'il en soit, la facture projetée s'élève maintenant à 1,5 milliard de dollars. Et le projet de la rue Notre-Dame retourne encore une fois sur la planche à dessin.

Le projet n'était pas aussi «bien attaché» que le prétendait le ministre Raymond Bachand. Son budget a été annoncé avant même la tenue des consultations publiques de la Ville de Montréal. Au terme des audiences, la ministre Julie Boulet et le vice-président du comité exécutif de la métropole, André Lavallée, ont annoncé une série de «bonifications» au projet. Le budget, lui, n'a pas été revu à la hausse. Le communiqué diffusé le 8 mai 2008, qui décrit les bonifications, se contente de rappeler que l'investissement est de 750 millions de dollars.

Ce n'est pas tout. Contrairement à la pratique habituelle, le gouvernement Charest a fixé le budget d'un grand chantier avant même d'avoir obtenu les résultats d'études importantes sur le sol.

Ces études - des forages qui ont été achevés l'automne dernier - ont réservé de «grosses surprises». Les responsables du projet ont dû modifier les plans. Ils ont dû prévoir la construction de murs de soutènement plus imposants et l'installation de pieux, notamment dans le secteur du boulevard Pie-IX, afin d'assurer la solidité de l'ouvrage.

Une évaluation sans indexation

De l'aveu même du ministère des Transports, le budget d'un projet n'est habituellement fixé qu'après les études sur le sol.

L'estimation de 750 millions avait été faite en 2006, au moins un an avant l'annonce du projet. Le gouvernement Charest le savait au moment de faire la conférence de presse en novembre 2007.

L'évaluation ne prévoyait pas les coûts d'indexation, alors que la fin des travaux étaient prévus en 2014. L'inflation dans le secteur de la construction a atteint 10% au cours des deux dernières années, notamment en raison de la hausse du prix de l'acier d'armature et du béton bitumineux.

Les honoraires professionnels versés aux firmes impliquées dans le projet sont quant à eux calculés en fonction du coût global du projet. Si ce dernier augmente de 10% par exemple, les honoraires grimpent aussi de 10%, selon les explications du ministère des Transports.