Le ministre des Finances, Jim Flaherty, refuse de modifier les projections économiques contenues dans son budget adopté il y a à peine deux semaines même si plusieurs économistes estiment qu'elles sont déjà dépassées.

Joël-Denis Bellavance LA PRESSE

Le ministre Flaherty a passé une partie de la journée à défendre son plan budgétaire, hier, après que le directeur parlementaire du budget, Kevin Page, eut affirmé mercredi devant le comité des finances de la Chambre des communes que les prévisions du gouvernement Harper ne tiennent plus la route.

 

Selon M. Page, l'économie ralentit nettement plus rapidement, de sorte que le déficit des deux prochaines années atteindra au moins neuf milliards de dollars de plus que prévu par le ministre Flaherty. Dans son budget, le ministre prévoit un déficit de 34 milliards en 2009-2010 et de 30 milliards en 2010-2011.

M. Page n'est pas le seul à soutenir que les projections budgétaires d'Ottawa sont déjà obsolètes. L'influent économiste en chef de la Banque TD, Don Drummond, s'est montré plus pessimiste encore que M. Page devant le même comité des finances hier matin. Selon M. Drummond, le déficit sera d'au moins 18 milliards de dollars de plus que les 64 milliards projetés par le gouvernement Harper parce que, selon lui, la récession sera plus profonde et plus longue que prévu.

Mais le ministre Flaherty est demeuré imperturbable hier malgré les doutes émis par les économistes. Dans son budget, M. Flaherty a annoncé des mesures totalisant 40 milliards de dollars pour relancer l'économie canadienne au cours des deux prochaines années.

«Vous allez avoir beaucoup d'opinions différentes des économistes. Aucun d'entre eux n'a vu la récession qui nous frappe. Ils admettent tous cela. Et nous n'allons pas modifier nos plans chaque jour selon ce que dit tel ou tel économiste. Notre préoccupation est de mettre en oeuvre notre plan économique pour créer et maintenir des emplois pour les Canadiens», a affirmé le ministre.

Le premier ministre Stephen Harper a tenu des propos semblables, hier après-midi à Lévis, où il a confirmé en compagnie de son homologue Jean Charest la conclusion de trois ententes pour des programmes d'investissements en infrastructures qui permettront d'injecter 2,3 milliards de dollars au cours des prochains mois dans l'ensemble du Québec.

Aux Communes, hier, les trois partis de l'opposition ont utilisé les doutes émis par les économistes pour attaquer les mesures budgétaires du gouvernement conservateur.

Le critique libéral en matière de finances, John McCallum, a soutenu que les prévisions de M. Flaherty ne sont plus crédibles. «Les prévisions de M. Flaherty ne sont plus crédibles. On devrait les jeter à la poubelle. Il y a peu d'économistes ces jours-ci qui seraient d'accord avec M. Flaherty. Il est trop optimiste, selon ce que la majorité des experts prétendent», a affirmé M. McCallum.

Pour le chef du Bloc québécois, Gilles Duceppe, le gouvernement Harper continue de porter «des lunettes roses» quand il aborde l'économie. Alors qu'il s'appuyait sur les propos de Kevin Page, qui estime que le plan de relance du gouvernement pourrait être insuffisant compte tenu de l'aggravation de la crise économique, le chef bloquiste a réclamé de nouvelles mesures pour soutenir les industries manufacturières et forestières et le milieu culturel, dont Radio-Canada.

Le député néo-démocrate d'Outremont, Thomas Mulcair, a soutenu que les conservateurs ont mal évalué la situation économique depuis le mois d'octobre. «Le gouvernement ment d'une manière complète et constante sur les chiffres depuis le mois de septembre et c'est alarmant parce que, si on ne donne pas aux Canadiens les vrais chiffres, pas pour faire peur aux gens, mais pour adopter les bonnes solutions, on va continuer de jouer à l'autruche et c'est ce que les conservateurs font», a-t-il dit.