Après un ministre du Patrimoine canadien qui ne connaît ni Félix Leclerc, ni Atom Egoyan, ni Guy Laliberté, voilà que le ministre des Sciences et Technologies, Gary Goodyear, maintient l'ambiguïté sur sa position quant à la théorie de l'évolution.

Malorie Beauchemin LA PRESSE

En entrevue au quotidien Globe and Mail, hier, le ministre Goodyear, à qui le milieu scientifique reproche des compressions dans les budgets de recherche, a refusé de dire s'il croyait en la théorie de l'évolution de Charles Darwin.

 

«Je ne répondrai pas à cette question. Je suis chrétien et je ne crois pas que ce soit approprié de poser une question sur ma religion», a dit M. Goodyear, chiropraticien de formation, député conservateur depuis 2004, nommé ministre d'État pour les Sciences et Technologies en octobre 2008.

En fin d'après-midi, hier, le ministre Goodyear a tenté en rajuster le tir. En entrevue au réseau CTV, il a indiqué que oui, il croyait à l'évolution, avant d'ajouter: «Nous évoluons, chaque jour, chaque décennie; l'intensité du soleil, les espadrilles, les talons hauts, nous évoluons face à notre environnement», laissant une ambiguïté quant à sa position sur la théorie de Charles Darwin. Il a par ailleurs répété qu'il considérait que la question n'était pas «pertinente» et qu'il était dévoué aux sciences et technologies.

Déclaration inquiétante, mais peu surprenante pour le député du Bloc québécois de Joliette, Pierre Paquette. «Les conservateurs ne veulent pas admettre qu'au plan scientifique, c'est la théorie actuellement qui explique le mieux l'évolution des espèces sur la planète. Ça, ça crée un malaise, estime M. Paquette. Provenant du ministre des Sciences et des Technologies, c'est encore plus inquiétant, cette forme de dogmatisme.»

Le député bloquiste rappelle que les conservateurs ont bloqué à la Chambre des communes l'adoption d'une motion, début mars, qui soulignait le 200e anniversaire de naissance de Charles Darwin. Selon M. Paquette, plusieurs députés conservateurs mettent sur un pied d'égalité la théorie de l'évolution et le créationnisme.

S'il critique vivement la politique des conservateurs en matière de recherche scientifique, le député libéral et ancien astronaute Marc Garneau estime qu'il est actuellement impossible de faire un lien entre les réductions de budget dans le financement de la science et les croyances religieuses des membres du gouvernement.

«Sans doute qu'il y a des créationnistes dans ce gouvernement. Il y en a peut-être dans d'autres partis. Il faut respecter les croyances des individus tant que ça ne nuit pas à la politique du pays», soutient M. Garneau, qui s'est toutefois étonné des déclarations du ministre Goodyear.

«Si c'est le cas qu'il ne croit pas à l'évolution, je suis perplexe parce que la réalité scientifique est évidente», a-t-il souligné.

Pour le politologue de l'Université de Sherbrooke, Jean Herman Guay, les déclarations ambiguës du ministre Goodyear témoignent d'un héritage conservateur «enraciné dans la pensée religieuse» qui provient du «vieux fond réformiste», très présent dans les troupes de Stephen Harper.

«C'est un peu renversant de voir que ce fond très conservateur qu'on retrouve chez les républicains américains soit assez présent, et pas uniquement chez les militants, mais chez les ministres canadiens», s'étonne toutefois M. Guay.

«S'il fallait que ça affecte l'attribution des contrats ou l'attribution des programmes de recherches, ça serait dangereux», met-il en garde.

Dimanche dernier, un autre ministre conservateur s'est attiré des critiques dans la Belle Province. Près de 1,2 million de téléspectateurs de la populaire émission Tout le monde en parle ont pu constater que le ministre du Patrimoine canadien, James Moore, avait une connaissance pour le moins limitée du milieu culturel québécois, voire canadien.

Interrogé par l'animateur Guy A. Lepage, le ministre Moore a été incapable d'identifier l'auteur-compositeur-interprète Félix Leclerc, le metteur en scène Robert Lepage, la chef d'antenne de Radio-Canada, Céline Galipeau, le fondateur du Cirque du Soleil, Guy Laliberté, ou même le cinéaste anglophone Atom Egoyan.